CH. VI. — ORGANISATION
rieur, lors de nos recensements généraux. Or, tout le monde sait que les obstacles se multiplient proportionnellement aux masses cnumcrres. et s'augmentent selon l'étendue des surfaces sur lesquelles la population esl dispersée. On ne saurait donccomparer en rien les iHItienltés et le mérite (lu dénom-
portaner et les obstacles du recensement général d'un grand Empire, dont le territoire excède cinquante-trois millions d'hectares , et dont les habitants dépassent trente-cinq millions.
Et pourtant, de toutes les investigations majeures de la Statistique, celle du recensement de la population est la moindre ; car, c'est la mieux connue, la mieux préparée et celle que facilitent davantage les autres opérations administratives. Aussi les contrées dont la civilisation est la plus reculée, la Transylvanie, la Bessarabie ont des recensements comme la France et l'Angleterre ; et ce n'est pas le travail qu'il faut produire, pour prouver l'excellence de la Statistique d'un pays. 1 .es explorations capitales, celles qui témoignent, à la fois-; de la puissance d'organisation d'un Klat et du «'le laborieux des Statisticiens, ce sont les Statistiques de l'agriculture et de l'industrie., VAi bien! il n'y a rien de semblable dans les pays où des commissions sont chargées des travaux statistiques; non pas assurément parce qu'elles manquent île la capacité nécessaire pour les bien faire, mais parce que les froissements, qui résultent de la complication des
I2fi ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.
machines-, m diminuent la puissance. La Belgique qui recommence , pour la quatrième fois, sa Statistique , serait maintenant à soit dixième volume, si, en 1832, M. Queielet eût été chargé seul de son exécution.
Tout ce luxe d'organisation est entièrement superflu quand on ne veut pas faire de ces préparatifs ostensibles, une affaire d'apparat et une œuvre de popularité seienti tique. Il y a un pays qui, tous les deux ans, fait, pour rétablissement de sa Statistique, une grandi' manifestation gouvernementale, ut qui n'en possède pus le premier chiffre; il en est à sa troisième commission royale qu'il paie, parfois, au delà de 100,000 francs par an, et iln'en est pas plus avancé. L'intérêt quenous Importons, et dont nous lui avons donné bien des témoignages, uous fait craindre qu'il se passe encore un demi-siècle sans qu'il réussisse à rien.
Cependant, linlons-nous de le dire, instituer une Statistique générale et l'exécuter sont des transactions simples et faciles dans notre siècle de civilisation. Consultés souvent sur les moyens d'y réussir, nous avons répondu h peu près comme il suit :
Pour rechercher les faits sociaux, qui constituent l' Economie d'un pays, et qu'on exprime analytiquement par des nombres, il faut : un gouvernement fort, qui n'appréhende aucune vérité, et qui, dans un chiffre révélant un abus, ne découvre pas, comme nos anciens Parlements et la Restauration, des chiffres séditieux ; —des hommes d'État éclairés
<:H. VI. — ORGANISATION, 127 lït bienveillants; et, grâce à 1 » ion ! malgré lis animositespolitiqiies.il en existe onrorcmèmc eu Espagne; — des Préfets ou gouverneurs de provinces exerçant une heureuse influence sur les populations confiées à leurssoins, et sachant s'en servirdans l'intérêt îles sciences et du pays; — un Statisticien expérimente, doué de l'amour du travail et d'une persévérance à toute épreuve, et secondé par quelques calculateurs habitues dés longtemps il une exactitude et à une application constantes; — une correspondance dont l'expédition, la signature, l'envoi, et s'il se peut les réponses ne souffrent point de retard : il y a des exemples, anciens il est vrai, de lettres qui mettaient sis semaines à traverser une cour, et qui souvent encore s'égaraient en route; — un article de budget, qui assigne des frais d'impression; ces frais montent, en France, à environ '24,000 francs, pour un volume grand in - h" fie cinq cents pages de tableaux numériques; ec qui, pour un tirage de deux mille exemplaires, porte la valeur de chacun de ceux-ci à 12 francs, ou environ 2G pour cent de moins qu'un roman au prix marchand; — enfin, une observance stricte et sans relilche des principes généraux exposés dans cet ouvrage, et une exécution rigoureuse de toutes les opérations qui y sont détaillées.
En voyant limitées à si peu les conditions de l'accomplisse ment de cette tâche, si l'on doutait qu'elles dussent être efficaces, on pourrait s'en convaincre par l'exemple de la Statistique générale de
la France, qui, soumise à l'adoption et à la pratique journalière de ces moyens d'osée uti on, est arrivée, d'année en année, à la publieation de ses parties les plus importantes, et à l'achèvement de son onzième volume.
On a demandé souvent, dans plusieurs pays voisins, occupés de la même entreprise, comment et par quelle opération on était parvenu, en France, à obtenir ce succès, surtout après l'avoir vu faillir trois fois, en l'espace d'un siècle, lorsque de hien plus grands avantages semblaient le garantir. Nous venons d'exposer sans réserve toutes les opérations qui ont été faites, et chacun des moyens qui ont été employés. Nous serions heureux que leur usage, adopté dans les pays où la Statistique trouve des obstacles, put contribuer à les aplanir, et que les Gouvernements, qui hésitent à entreprendre cette tache , dans la persuasion qu'elle est dispendieuse et hérissée de dilliciillés, fussent convaincus, par cet exposé fidèle, qu'il n'en est rien quand on repousse Us organisations complexes et fit eh euses et lorsqu'on va .droit au but par la ligne la plus courte, qui est en même temps la meilleure.