‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 18 sur 56 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Certitude des Faits ataliaUquet.

On sait que, parmi les travaux les plus difficiles de l'esprit humain, on doit mettre au premier rang, la recherche de la vérité, et qu'il faut les plus grands efforts pour découvrir la réalité des choses, et pour éviter de se laisser abuser par l'erreur ou la déception.

La Statistique , qui a pour but la découverte et la constatation d'une multitude de vérités utiles, importantes , essentielles, souvent inédites , et de nature et d'origine très-diverses, doit donc être l'une des sciences dont les opérations rencontrent le plus d'obstacles. Elle n'arrive à la certitude, comme l'histoire et souvent même la justice , que par des premes écrites; mais elle a, sur l'une el l'autre , un avantage qu'elle doit au langage des chiffres , c'est de pouvoir, avant d'admettre les faite, les vérifier par le calcul, qui fournit presque toujours des moyens de contrôle nombreux et assurés. Cependant, il s'en faut bien que le degré de certitude des faits statistiques soit, ainsi qu'on l'imagine communément, le même pour tous ; il

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varie, comme celui des témoignas hislur-iqucs et judiciaires dont la valeur change à l'infini; il dépend d'abord de la source où les chiffres ont été puises, et ensuite de la nature des matières qu'ils expriment et qui sont plus ou moius susceptibles d'être soumises ù un calcul exact , et de donner des ternies rigoureux ou seulement des termes approximatifs.

Considérés d'après leur origine, les chiffres de la Statistique sont de trois sortes : ils sont ofliciels, compilés, ou ils proviennent de sources particulières.

Les chiffres officiels remontent il l'autorité publique, qui seule a pu les recueillir, par de grandes investigations dont l'initiative lui appartieut. Tels sont ceux du cadastre, des recensements, des mouvements de la population , de la Statistique agricole et industrielle, de l' administration publique, du commerce, etc. Il faut, pour de si vastes travaux, l'action puissante et centralisée du tiouvemement, jointe à une organisation sociale , qui les protège et les favorise. I.ouis X IV et Tïapoléon ont échoué dans leur exécution , parce que le pajs n'était pas préparé ù leur entreprise. Le même motif empêche l'Angleterre d'avoir une Statistique agricole, et rend inutile l'habileté de ses t lïotls pour atteindre ce but. Deux conditions sont nécessaires aux chiffres officiels pour mériter tonte confiance. Ils est essentiel qu'ils soient élaborés par des hommes expérimentes et consciencieux ; et il leur faut, pour

échapper à tout soupçon, être publiés avant les discussions publiques auxquelles ils doivent servit 1 . Rien ne les décrie davantage que d'être préparés pour une occasion ; ils perdent alors leur caractère historique et risquent de descendre jusqu'à celui des documents apocryphes.

Dans notre temps, où la défiance du pouvoir est poussée ii l'extrême, il n'est pas superflu délimiter la Statistique officielle h des chiffres seulement, sans aucune déduction de leurs conséquences. Otle réserve est, sans doute, lâcheuse . puisqu'elle prive le pays de commentaires essentiels , qu'elle home l'usage de la Statisfiqne h un petit nombre d'adeptes, et que l'intérêt des publications, ou même leur utilité pratique en est considérablement diminué. Hais aussi l'autorité ne s'engage -t -elle pas dans des interprétations et îles assertions, qui , quoique fondées, n'en pourraient pas moins être inopportunes ou indiscrètes. D'ailleurs les chiffres séparés de toute explication, n'en conservent que mieux leur indépendance et gardent bien plus sûrement., à l'abri de leur caractère mystérieux, le trésor de la vérité. Toutefois l'esprit du temps peut être à cet égard utilement consulté.

Les chiffres compilés par des auteurs quelconques dans les documents officiels, exigent deux conditions de crédibilité, qui leur sont absolument nécessaires : l'une est la citation précise des papiers d'État qui les ont fournis, à l'effet qu'on puisse, au besoin , les éelaircir ou les vérifier; l'autre est le nom de celui

qui eu a fait l'emprunt, afin d'apprécier le degré de confiance qui lui est dû. Vouloir s'affranchir de ces conditions, c'est substituer h des témoignages décisifs, une opinion isolée, et réduire des preuves indubitables à des assertions sans valeur. On dirait volontiers, en voyant la répugnance que quelques auteurs ont à citer les sources de leurs chiffres, qu'ils prétendent s'attribuer, devant le public, les travaux qui les ont recueillis, constatés et élaborés. Comment méconnaissent- ils ce que tout le monde sait? C'est qu'il n'est, pas eu leur pouvoir de faire un recensement, une exploration cadastrale, un inventaire agricole ou industriel; et que toute l'autorité du Gouvernement, toute la puissance de la centralisation sont nécessaires pour y réussir. Personne n'ignore donc, que, n'ayant pu former ces chiffres de toutes pièces, il faut bien qu'ils les aient compilés; et laisser supposer qu'il en est autrement, n'est pas un procédé qui puisse écarter la défiance.

Le nom de celui qui produit, dans une publication, des faits numériques, est une nécessité non moins impérieuse. Articuler des chiffres, qui expriment parfois les plus grands intérêts du pavs, c'est porter un témoignage, et il n'y en a point qui puisse être anonyme. Chacun doit garder la responsabilité de ses assertions, et leur donner la garantie de son nom, de sa position sociale et de sa réputation. Un caractère hautement reconnu d'impartialité et d'indépendance inspire de la confiance dans les calculs de l'auteur. Au contraire, les chiffres de Statisticiens

habiles sont repousses comme suspects, dès qu'an leur suppose, a lort ou à raison, quelque biais politique ou personnel, un intérêt quelconque, soit un système médical ou financier, soi! un chemin de fer ou une table de mortalité , ou le projet de recommander quelque prohibition commerciale. En général, il convient de n'admettre les chiffres de ces Statisticiens qu'avec beaucoup de réserve, comme on le fait dans les coure d'assises, h l'égard des lémoins dont l'intérêt rend les paroles douteuses.

Les chiffres d'une origine particulière sont ceux relevés immédiatement, sans l'intervention de l'autorité puhlique : les sujets qu'ils traitent ont nécessairement une médiocre étendue, et l'on ne peut espérer d'en tirer des résultats généraux. Cependant, ils sont dignes d'occuper les savants loisirs d'hommes placés favorablement pour s'en occuper; telles sont des Statistiques communales , des observations météorologiques, tics cotes de hauteurs barométriques ou Irigonom étriqués, la détermination de la pente des rivières, celle du nombre des voitures et des passagers sur une route, des recherches numériques dans les hôpitaux, dans les registres de l'état civil, etc. Ces objets, qui échappent aux grandes investigations otlieielles, méritent d'être encouragés, et on doit en attendre une foule de notions curieuses , intéressantes , qui, de plus, auraient le mérite d'être nouvelles. Il est presque superflu de remarquer que ces travaux ont aussi besoin de la garantie d'une indication précise de

leur source, des moyens employés pour les exécuter, et du nom de leurs auteurs.

Par une singulière confusion, qui prouve co m bien sont encore obscures les idées qu'où se fail de la Statistique, même parmi tes personnes éclairées, on suppose que toutes les catégories de faits numériques doivent avoir uu pareil degré de certitude , et que cette certitude doit Être semblable a celle des nombres abstraits d'une opération arithmétique. C'est une grande erreur, car il n'est nullement dans la nature des choses qu'il en soit

La Statistique n'agit ni sur des quantités imaginaires, ni suc des unités identiques; elle prend ses éléments tels qu'ils sont dans la nature et dans la société, diversifiés à l'infini; elle les associe d'après leur caractère prédominant, qui, le plus souvent, est leur seule ressemblance entre eux. Quelle disparité n'y a-t-il pas entre chacune des unités qu'elle rassemble dans ses nombres collectifs '.' Kl le siijqiutc la population en faisant une masse de tous les habitants ; mais, l'un est un vieillard décrépit, l'autre, un enfant au berceau; celui-ci est l'honneur de l'humanité, eelui-là est un pervers, a qui la justice n'a laissé que la vie. Elle calcule les recolles, en unissant tous les départements; mais.

peu de seigle ; taudis qu'un peu plus loin, les guérets sont couverts des plus riches moissons. Il y a, entre uu département et un autre, autant de di-

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