‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 30 sur 56 · U VIEILLESSE, DKI'UIS SOIXANTE AI\S · texte numérisé non relu

U VIEILLESSE, DKI'UIS SOIXANTE AI\S

Paris, 1 wcillardsur 1) 50 habitants.

France, 1 — 12 15 —

Suède, » - 12 40 —

fcone, 1 - 12 m -

Iles Britanniques, 1 — 13 70 —

Londres, 1 — 18 20 -

Irlande, 1 — 211 20 —

Les résultats suivants sortent de ces chiffres : En Irlande existe le plus grand nombre d"enfanls eu égard à la population , et en France le moindre nombre, 11 y a deux enfants sur cinq habitants, dans le premier de tes pa\s. et dans le second, deux sur six.

Eu A n giclent' et eu Ecosse, les enfants sont ' pi'csqu' également multiplies; ils le sont moins ((u'en

CH. -ï. FAITS SUCIAL\ CONSTATÉS. 253

Irlande , mais beaucoup plus qu'en t'rancc et en Siu'do, où la proporliim est a peu pivs lit même.

La différence la plus considérable existe entre Londres et Paris; dans la première de ces capitales trois enfants correspondent a neuf ou di\ habitants, et daos la seconde à sept seulement. L'usage d'élever les enfants a lu campagne est sans doute l'origine de cette disparité.

Les classes qui forment le milieu de la vie sont plus nombreuses en France et en Suéde que daus les Iles Jlritanniqnes . ce qu'il faut attribuer à la vie maritime et à la vie industrielle, qui ont une plus grande mortabté.

La vieillesse est presque semblable en France, en F.eosse et en Suéde, niais elle est moindre en Angleterre et surtout en Irlande, oii une vie de souffrance et de misère ne permet pas une longue existence. Les vieillards sont moitié plus nombreux à Paris qu'à Londres. On n'en compte qu'un seul daiis cette dernière ville sur 18 habitants, tandis que dans la première il y en a deux. La métropole de l'Angleterre est une ville d'affaires, d'activité, de mouvement ; elle convient mal au vieil âge. Paris est, au contraire, un asile où chacun peut suivre ses sjoiits et se livrer, à son gré , au repos , ii l'étude ou aux plaisirs.

On suppose qu'eu France il y a, par approximation :

1 1 ,333,000 enfants jusqu'il 1 à ans ou un liera de la population.

20,060,000 personnes des deux, sexes jusqu'il (iO ans; fi sur 10.

2,607,000 vieillards ou un 12".

En admettant ces chiffres avec toute reserve, on timvequel'enfauceestpresqueégaleà Iti moitié delà classe du milieu de la vie. Sur I.'! personnes des deux sexes.il v a i enfants, S imli\ iilusdaus la pin: i ludo de l'existence et un vieillard seulement. Lu levée en niasse de la population mâle, de IC ans a 60, sans disline tion, s'élève à dix millions ; mais il y a une correction d'un vingtième pour l'excédant des femmes, et une antre d'un dixième pour les individus qui ne sont pas propres au service militaire. C'est une défalcation de 1, 300,000, qui laisse neuf millions et demi pour la défense du territoire. C'est. plus d'un quart de la population totale, proportion, qui existait déjà chez les peuples de la Gaule , du temps de Jules César.

III. — L'état civil nius pehsovses divise les populations en catégories dont l'appréciation sociale est fort différente. Le mariage est l'origine de ces diversités; sous sou régime, les enfants qui naissent sou! légitimes; eu dehors, ils sont naturels; sous son autorité vivent les gens mariés des deux sexes ; en dehors les célibataires ; et, lorsque ses liens sont rompus, il t'ait encore surgir deux nouvelles classes : celles des veufs et des veuves. La propriété, la morale, le bien oublie sont intéressés à la connaissance statistique de ces subdivisions légales de la société. iNous les cnumçrcrons rapidement.

les enfants nés sous ]a protection du mariage, forment la grande masse de ceux tjui, chaque année, renouvellent la population. II y en a maintenant 929 sur 1,000 naissances. J^ri 35 ans, depuis le commencement du siècle, eeile proportion avait été, sur 33 millions de naissances de <)3f> sur 1,000. Cnnséquemmeut la moyenne de cette longue période donne un rapport un peu plus tort (pie celui existant aujourd'hui. Itepuis plusieurs aimées, malgré l'accroissement progressif de la population, le nombre des enfants légitimes varie faiblement, ce qui l'atténue quand on le compare au chiffre des recensements. 11 y a eu :

En 1801, une uaissanci: légitime sur 31. 35 liabit.

Ainsi en l'espace d'une génération, le nombre des enfauls légitimes, comparé a la population, a diminué d'un sixième. Ce changement considérable a trois causes , établies par le calcul : 1 0 L'atténuation de la fécondité des IVimnes mariées; 2" la diminution du nombre des mariages eu égard à la population; 3° l'accroissement du nombre des enfants naturels. L'importance de ces vicissilndcs

* ï cuuipris les enfants mort-nés , toninie rox époques précédentes.

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sociales exigerait un examen spécial, auquel nous nous livrerons ailleurs.

Les enfants nés hors du mariage étant comparés au nombre des naissances annuelles , ou trouve qu'il y en a il peu près autant en France, en Suède, dans ïes Pays-Bas, en Norwége, en Bavière, en Hanovre , en Prusse , etc. Ils sont plus multipliés en Danemark , en Sa\e, dans le Wurtemberg , en Bohème, dans l'arehiduché d'Autriche et même eu Islande , sous le cercle polaire. Il y en a moins en Italie, ce qui s'explique par le jeune âge auquel les lilles sont mariées. En Angleterre, on a constaté, en 1842, la naissance d'un enfant naturel sur 1 5 naissances totales; et en France, à la même époque, le rapport d'un à 14. 10. D'où il suit que le nombre des enfants, nés en France hors du mariage, n'a rien d'extraordinaire, ainsi qu'on le suppose, sans prendre connaissance des faits numériques ; et qu'au contraire il est semblable à celui qu'offrent des pays qui , comme la Norwége, n'en jouissent pas moins de la réputation d'une grande moralité.

Suivant quelques censeurs du temps où nous vivons, le nombre des enfants naturels serait l'expression mathématique de la corruption (les sociétés modernes. Cette opinion s'accorde mal avec les tëmoiLïit;iL.'cs de la Statistique. Si l'on mesure par la proportion des naissances, la place que tiennent ces enfants dans la société, on trouve qu'en réunissant dix pays parvenus à une haute civilisation et

peuples de 68 millions d'habitants, il n'y a pas inoins, dans ce nombre, de 5,070,000 personnes nées en dehors du mariage, on un 1 2°.

On ne saurait, avec vraisemblance, attribuer au libertinage une si grande masse d'hommes, car l'expérience de tous les siècles et de tous les pays nous enseigne que la débauche est frappée de stérilité. Les courtisanes de la Grèce n'avaient point d'enfants; parmi les filles d'honneur dont Catherine de Médicis faisaient servir les faveurs à des intrigues politiques, une seule dc\ int mère ; les trois à (|ualre mille filles publiques, qui existent à Paris, ne sont pas plus fécondes ; et il faut bien qu'il en soitainsià Londres, puisque dans cette capitale, où l'on compte, dit-on , 80,000 prostituées, il y eut seulement, en 1830, 934 naissances d'enfants illégitimes, nombre égalant tout au plus le 30" des naissances totales.

Ce sont donc d'autres causes que l'immoralité des sociétés, qui multiplient les enfants naturels. Eu cherchant à les découvrir, on est bientôt convaincu qu'elles sont heaucoup plus compliquées et plus profondément enracinées qu'on ne le suppose. Ce sont principalement :

1° Les mariages tardifs, qui remplacent dans une grande partie de I Kurripc, les unions précures d'autrefois, et qui, laissant au célibat l'âge des passions, lui permettent de remplacer, par des enfants naturels, les enfants légitimes dont il prive la société;

2" Les difficultés, les délais, les di: penses qu'entraîne avec lui un double mariage civil et religieux , et qui en font, pour beaucoup de gens, un objet d'ennui, île répugnance et d'effroi;

3° Les exigences d'une civilisation avancée, qui, iiK'll;inl le luxe au rang des besoins, condamnent au célibat, parmi les classes supérieures, toute lille qui n'a pas de dot, tout homme qui n'a pas de position sociale;

4" Laconeentral ion de la population dans lesgrandes villes, où les deux sexes vivent dans une indépendance dont le danger n'est diminué ni par la surveillance des familles , ni par la crainte du public.

Les chiffres suivants expriment l'action de cette dernière cause , en montrant comparativement quelle est la proportion des naissances d'enfants naturels, aux naissances totales annuelles, dans les villes et dans les campagnes.

NAISSANCES D'eNRANTS NATURELS.

Dans les tilles. Dans le* campagnes

Pays-Bas, 1824, 1 sur 8. I sur 18.

Suède, 1821, 1—6. 1 — 18.

Ainsi la différence est du douhle au triple.

5° Le rapprochement intime ou la promiscuité, que produisent forcément, entre les deux sexes, les travaux des manufactures. En voici les effets :

NAISSANCES D'eKFAHTS NATUBEXS, EN ANGLETEB RE. Dans les comtes monufact. Dans Ii'S ranili 1 .- airriculi;».

Lancastre 1 sur 13. Bedford I sur 30.

Stafford 1 — 17. Hertford I — 28.

Yurck.W.B. 1 — 18. Corunall I — 32.

La différence est du double au triple.

naissances «' enfants naturels; en france, en 1835.

Dans les départ, manufact. Dans les départ, agricoles.

Khône 1 sur 6. 2. Vendée I sur 27. 5- Seine inf. 1 — 7. G. Morbihan 1 — 30. 5.

Nord 1 —10.2. Ille-et-Vilainc 1 — .32.

La différence est du quadruple , mais elle est augmentée par la concentration de la population dans les villes de premier ordre.

<i u L'affaiblissement du sentiment populaire, qui faisait vénérer autrefois le mariage comme un acte essentiellement religieux, tandis qu'il est rangé très-souvent aujourd'hui parmi les conv entions sociales dont In sanction légale peut être différée ou négligée.

7° Le célibat militaire auquel est. astreint, dans toute l'Europe, un homme sur ,">(), on même, connue eu Prusse et en Russie, sur 3i> ou 30. L'enfance et la vieillesse augmentent cette proportion de moitié; et les armées permanentes, entretenues pendant la

■ifiO l'xÉMEM-S DT. STATISTIQUE.

paix actuelle, imposent à un 25 e et jusqu'à un 1 1' de la population civile, l'obligation <le s'abstenir du mariage.

Sans doute, uue partie de ces causes a nue origine rccciile ; niais il ne faudrait pas en induire,

pour vanter le passé aux dépens du présent, que jadis le nombre des enfants nés hors le mariage élaii beaucoup plus borné, \ dél'aul des émises qui appartiennent à la civilisation moderne, il en existait d'autres , résultant de l'état dans lequel était alors la société ;

1" L'esclavage, qui, dans l'antiquité, livrait aux maîtres la chasteté des femmes qu'ils avaient acquises par héritage, à prix d'argent ou par le droit du plus fort. On n'en peut douter en voyant Alexandre et Scipion exaltés pour leur continence et leur vertu, parce qu'ils n'avaient pas violé, l'un les femmes de Darius, et l'autre, la jeune espagnole que la fortune de la guerre axait rendue sa prisonnière, c'est-à-dire son esclave.

2* lia servitude du moyen âge, qui avait les mêmes effets, et qui faisait naître également en dehors du mariage une multitude d'enfants. Le viol n'était puni alors que d'une manière illusoire, quand une fille dans l'esclavage en était la victime. D'après la loi salique on le rachetait pour (5 sols, tandis qu'il fallait en payer 62, ou le quadruple, quand la femme était libre. La loi Bavaroise n'exigeait que i sols de celui qui avait fait violence à la

fille d'un serf. Cette amende s'élevait à 40, ou à une valeur décuple quand c'était la fille d'un homme libre. D'après les lois des Franks, on ne payait pas davantage pour avoir violé une esclave que pour avoir touché la main seulement de toute autre femme.

3° Les guerres barbares qui ne cessaient de désoler IKnnqie, cl qui étaient constamment accompa<iné<s pur le rapt, dans la marche des troupes ii travers les campagnes, dans le saccagement des villes , et jusque dans la violation des sanctuaires par des sectes ennemies. Lorsqu'au xvi' siècle la Béforme appela les femmes à des mœurs plus sévères que celles du temps, les chefs des armées catholiques se complurent , dans toutes les occasions de la guerre civile , à les livrer à la brutalité de leurs soldats. I.e duc de Montpensier, dit Brantôme (t. m, p. 3<M), ne permettait pas qu'une seule de ses prisonnières fut épargnée.

4" Le célihat clérical et monastique, dont l'influence était, encore fort puissante, il y a 60 ou 80 ans. La proportion des individus soumis à des vœux était alors, ainsi qu'il suit, à la population totale et au nombre des adultes :

A Home. .

1760 i sur 10 habitants.

1 sur 5 adulte;

En Portugal.

En Sicile. . .

En Espagne. .

F.n France .

[fi fi 7 1—74 —

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