‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 31 sur 56 · I7SR · texte numérisé non relu

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Ainsi qne plus est grand le nombre des voleurs, plus les vols sont multipliés, il y a certainement un rapport proportionnel entre le nombre des céLiimtaires et celui des enfants naturels et des enfants trouvés. A Lisbonne, de 1815 à 1819, en présence du célibat monastique le plus étendu, les deux cinquièmes des enfants naissaient hors le mariage. A Mayence, de 1825 à 1828, sous l'influence du célibat militaire d'une forte garnison, la moitié des enfants nés annuellement étaient illégitimes.

On voit, par ces aperçus rapides, que les causes qui multipliaient autrefois les enfants naturels, ne le cédaient, en rien à celles qui agissent sur les sociétés modernes ; cl qu'il n'y a nul fondement à prétendre que c'est un effet de la démoralisation du temps et du pays. Les bâtards, comme on les appelait alors , occupaient une si grande place dans tontes les populations soumises au joug de la féodalité, que, dans chacune des 400 coutumes qui tenaient lieu, en France, de Code civil, on retrouve une foule de dispositions tendantes à assurer la propriété de leurs biens, au roi ou au seigneur, au détriment de leurs héritiers naturels. Si leur nombre et leurs dépouilles n'eussent pas été considérables , ou n'eût pas pris tant de soins à établir cette injuste législation.

Il est très -vrai semblable que la seule différence entre les temps anciens et les nôtres, c'est que jadis on ignorait le nombre des enfants naturels, tandis

qu'on le sait en France ai re précision, depuis l'institution des iviiisl ces <lr l'état civil.

Les célibataires n'étant point recherchés comme jadis à Home, pour le crime de refuser des citoyens à la patrie, on n'établit pas séparément leur nombre, dans les recensements, et ils y sont confondus, sous les titres de non-mariés, avec les enfants des deux sexes. En cherchant à les en séparer, on trouve qu'il y en a plus de sept millions ou environ un tiers de la population adulte.

Les individus non-mariés paraissent être maintenant plus nombreux qu'autrefois. On en comptait, en 178!), 18 pour cent habitants, et aujourd'hui 55. Ce dernier terme a très-peu varié depuis le commencement du siècle. 11 est plus élevé dans quelques autres pays; et par exemple eu Danemark, l'année 18.14 offrait le terme de G2 à 100, et eu Angleterre celui de GO. .En général, celte classe comprend chez nous plus de la moitié de la population.

Celle des gens mariés des deux sexes en renferme un grand tiers ou même deux cinquièmes. On supposait, en 1790. qu'elle était de i(i pour cent habitants; elle est à présent de moins de 30 comparativement au même terme; ce qui fait une différence considérable, se rapprochant de 25 pour cent, et montrant un avantage proportionnel pour notre temps.

le veuvage laisse dans la viduité, un plus grand nombre de personnes qu'on ne l'imagine communémeut; il n'y a pas inoins, en France, de 2,358,000 veufs et veuv es, ou presque 7 sur 100 habitant*.

'2(i-i ÉLÉMENTS DE STATISTIQUE.

Cette proportion est invariable, et n'est pas éloignée de eelle des pays voisins. Mais, il faut remarquer que les deux, éléments qui forment ce terme, sont fort inégaux. Les veuves sont en bien plus grand nombre que les veufs, sans doute à cause de la difficulté qu'elles trouvent à se remarier. Il y a toujours en France deux veuves pour un veuf, et en Angleterre il y en a quatre et plus.

En résumé, on peut admettre que sur 5 habitants d'un pays i[ y a un eouple d'époux.

Les enfants, les célibataires, les veufs et les veuves forment trois cinquièmes de la population.

Il y a, dans le i clivage, deux fois plus de femmes que d'hommes.

L'état civil des personnes varie, selon les époques, tant dans le nomhre-que dans la proportion des classes qui composent la population ; il diffère même selon les conditions sociales. Suivant les recherches de Nicander , en Suède , c'est parmi les bourgeois que se fait le plus grand nombre de mariages , et parmi les nobles qu'il y en a le moins, l'ius les rangs sont élevés, et plus est considérable le nombre des personnes qui restent dans le veuvage. On compte en Suède un veuf sur '20 nobles, taudis que cette proportion se réduit à un sur :t i paysans. Il y a une veuve sur 7 femmes nobles, et une pour douze paysannes. Si les affections de la famille font, le bonheur de la vie, il y a d'autant moins de chance d'être heureux qu'on appartient à un rang plus élevé.

En comparant a deux époques fort différent es l'état du veuvage des deux sexes dans la ville de Paris, nous trouvons les chiffres suivants :

Veufs. Veuics. Tut al.

180(i I sur iOhab. 1 sur 14 I sur 10.3 1811 I — GO — I — 17 1 — 13.:.

11 s'ensuit que le veuvage est bien, moindre h Paris qu'il ne l'était il y a 40 ans, et qu'il a diminué d'un tiers, sans doute par l'effet d'une plus grande aisanee domestique.

IV. — Les conditions sociales partagent la société en une multitude de castes, d'ordres, de classes, de rangs superposés, ipii fondent leur supérioriié sur le pouvoir , la propriété, la tradition , la richesse, la science, et tous les autres avantages réels ou fictifs dont il est possible de se préva-

L'inégalité parmi les hommes remonte aux première jours du monde ; il y avait déjà des grands avant le déluge, et même ils s'emparaient des filles dn peuple quand elles étaient belles ', ce qui donne une date de quarante-huit siècles ii l'origine du droit féodal du seigneur. Dès lors, la sociélé, qui venait de naître, était dh isée par castes distinctes, héréditaires et séparées, savoir : les bergers, qui descendaient d'Abel; les laboureurs attachés à la glèbe, en punition du crime de Cain, leur aïeul; et les industriels, dont le plus renommé fut Tubal ■

1 Cen*-f, vi, 1 rl S.

(«in. Ces derniers étaient probablement des esclaves, car on ne peut douter qu'il n'y en eut, dons ces temps, puisque Ts'oc eu parle comme d'une chose légale et commune, dans sa malédictiou contre son petit-fils Chanaau". Si l'on joint àcette hiérarchie primitive, le sacerdoce, qu'exerçaient les chefs de famille, ou reconnaît que, presqu'au sortir de l'Éden, l'espèce humaine était déjà soumise au même ordre social, qui a régi les peuples anciens et modernes jusqu'à nos jours. 11 a fallu la révolution de 1789, pour renverser cette institution antédiluvienne, détruire le privilège des castes et hriser le terrible joug de l'esclavage. Ce sera la gloire immortelle de la France d'avoir abattu cette vieille forteresse où s'abritaient les tyrannies , qui ont opprimé les hommes pendant plus de 4,000 ans.

Kous ne ferons pas, ici, l'histoire des castes qui ont arrêté si longtemps l'essor des peuples vers de meilleures destinées ; mais nous établirons par des termes numériques, quelle est l'étendue des effets d'une révolution, qui change progressivement l'organisation de noire vieille société, et qui déplace la richesse territoriale et la puissance publique, dans tous les États de l'Europe, quel que soitleur gouvernement. Cette révolution imminente s'opère principalement : par le déeroissement plus ou moins rapide du nombre des membres de la no-

blesse et du clergé, et par la perte des anciens pri- Tiléges de ces corps, ainsi que par la diminution de leurs Liens foueiers.

1° — La TioiiLEssÉ, qui a régné mille ans sur la société européenne, a perdu sa toute- puissance, dans sa lutte contre le génie du 5 vin' siècle dont la révolution française n'est que la manifestation. Cependant elle forme encore, maigrit ses pertes immenses, un corps riche et nombreux. II y a plus de trois millions de nobles des deux sexes ou un sur (10 habitants, dans les États de l'Europe principaux et secondaires; dans ceux du i\ord, au nombre de buit seulement, il y en a un sur 32 personnes, et un sur 67, dans les Élats du Midi. On compte, par approximation :

En Espagne 732,000 nobles I sur 12habl

Pologne 280,000 — I — 12 —

Prusse 9110,000 — 1 — 13 —

Autriche 031,000 -

Portugal 72,300 -

Hussied'Eur. 000,000 -

Italie 100,000 — 1 — 200 —

Suède 10,000 — I — 25,"» —

Allemagne 32,000 — I — 300 —

Danemark 5,000 - Iles Iïritanniq. 15,020

II n'y a point de noblesse en .\or«ége, eu Suisse et en Grèce. En France, en Belgique, en Prusse, en Italie, la noblesse est purement honorilique, et a

2118 Ér.KMKKTS DE STATISTIQUE.

cessé d'être féodale, privilégiée, etendchorsdudroit commun, Eu perdant en France l'hérédité dans la chambre des pairs , elle a même cessé d'èlrc politique.

On voit que le nombre des nobles \arie. considérablement; il est 118 fois aussi grand en Espagne , en Pologne et en Prusse que dans les Iles Britanniques; il y a quatre fois autant de nobles en Portugal qu'en Italie, et sis fois autant qu'en Allemagne, proportionnelle ment à la population.

Partout ee corps est d'origine militaire , et descend d'une race qui a dû an succès de ses armes sa supériorité sur les autres habitants du pays, et la possession des biens territoriaux qui l'enrichissent. C'est sur les droits de la guerre, sur la conquête et sur l'asservissement des populations que fut fondée d'abord la puissance de la noblesse dans les différentes parties de l'Europe. L'ancienne noblesse française se rattachait aux conquêtes des Frauks; celle d'Espagne, à l'invasion de la Péninsule par les Visigoths; celle de Russie et de Pologne, aux irruptions des Slaves; enlin, celle d' Angleterre descend des chevaliers normands, compagnons de Guillaume de Normandie. Les émirs, qui forment en Turquie une sorte de noblesse d'environ 350,0(10 honniics, ont la prétention d'être du sang de Mahomet. Ils sont en partie propriétaires des Zaimes et des Timariots , liefs militaires érigés lors de la destruction de l'empire grec.

T.es révolutions ont rassemblé dans le même ter-

CH. \. — FAITS SOCIAUX CONSTATÉS. 26!) ritoire plusieurs noblesses d'origines différentes, tandis que, d'un autre côté, plusieurs pays ont la mémo noblesse. Ainsi, la noblesse germanique est la souche de la moitié des noblesses de 1" .Europe ; elle s'étend en Allemagne, en Prusse, et dans une partie de l'Autriche, de la liussie et de la France. La plus nombreuse après elle est la noblesse slave, qui compte plus d'un million d'individus. On doit considérer ces races, ou du moins une grande partie d'entre elles, comme existant plutôt historiquement que phvsiologiquemcnt. Plus les peuples auxquels elles appartiennent se sont tenus éloignés de la civilisation, et plus l'orgueil du sang les a conservées sans mélanges. Les nobles lar tares, les émirs, les magnats, les boyards, les gentilshommes bretons, et les chefs des clans écossais ont manifestement, de nos jours, le même type que dans les temps les plus reculés. En créant des intérêts contraires à la distinction des castes, la civilisation tend à diminuer à la fois la pureté des races nobles et le nombre des individus qui les composent. Au rapport de Montgaillard, Chérin, le généalogiste officiel de la France, déclarait publiquement qu'il y avait tout au plus 300 familles pouvant prouver leur noblesse par titres authentiques, et faisant remonter leur ascendance jusqu'au viv' siècle. Sur quinze à seize mille familles nohles, il admettait, en 1738, qu'il y en avait :

1,500, ou un dixième seulement, provenant de l'état militaire;

■27» lîljîMTÏVrS I1E STATISTIQUE.

8,000, ou la moitié, anoblies par des charges achetées;

0,000, ou deux cinquièmes, sorties de la roture par des lettres d'anoblissement vendues ou accordées.

Quant à la diminution du nombre de ia noblesse, elle est très-grande et très-rapide. Les faits numériques (pie voici, pris à des sources authentiques, permettent de fixer les idées à cet égard. On comptait :

hib.

•bât.

Suède, .eu 1760 1 noble sur

230 en 1817 1

sur

Sa\e. . . . 1775 1

Russie. . . 1782 1

fi»

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