‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 32 sur 56 · TS · texte numérisé non relu

TS

France. . . 1500 1

Ainsi la diminution du nombre des nobles, proportionnellement à la population, a été :

En Suède, d'un sixième en 57 ans; Saxe, de moitié en 39 ans; Russie, d'un sixième en f!7 ans; Allemagne, de moitié en 3 J ans ; Pologne, des quatre cinquièmes en 0!) ans ;

Espagne, de près de moitié en 34 ans ; Venise ,do dix-huit dix-neuvièmes en 207 ans; Angleterre, de plus de moitié, de I(IN(! à 141, en 3 1 5 ans ;

— de moitié, de 1401 à 1688, en

287 ans;

— des deux sixièmes, de 1688 à

1811, en 123 ans; En France, d'environ moitié, de 1 500 à 1 700, en 200 ans;

— de beaucoup plus de moitié, de 1 700

à 1757, eu 57 ans;

— d'un cinquième, de 1757 a 1788, en

31 ans.

Au total :

En Angleterre, de I40f à 1811, de 47,500 nobles en 4 10 ans.

En France, de 150(1 à 1788, de 200,000 nobles en 288 ans.

Le corps de la noblesse qui était, en Europe, il y a <i0 ans, de cinq millions et demi de personnes, ou d'un sur 30 habitants, n'est plus que d'environ 3, 700,000 ou un sur 57 personnes. 11 a donc éprouvé une diminution, absolue d'un tiers, et une diminution relative a la population, de près de moitié.

On peut admettre, par une approximation vraisemblable, qu'il y a 340 ans les nobles de l'Europe, c'est-à-dire les barons, les chevaliers, les écuj ers et tous les gentilshommes d'autres titres, formaient avec leur famille le quart de la population du eon-

tinent. D'autres calculs permettent de croire qu'un second (|u;irl était formé par le clergé régulier et séculier, et par les bourgeois des villes. Le reste, s'cleiant à tu moitié de la population, consistait eu serfs , hommes de corps, paysans et autres classes assujetties a la servitude. C'est ce qui explique comment les insurrections des Jacques , des Pastoureaux et autres levées en masse des campagnes, étaient si facilement comprimées par la nombreuse gendarmerie que pouvait rassembler la noblesse.

Les causes du déclin d'une puissance si longtemps formidable aux peuples et aux rois, méritent d'être énumerées; les unes sont physiologiques, les autres économiques ou éventuelles.

Les révolutions violentes ne sont pas la seule puissance qui attaque les castes héréditaires; il en est une autre qui les mine sourdement, et les dé trait plus sûrement. C'est l'extinction naturelle des familles par l'excédant des décès sur les naissances, phénomène unique dans la race humaine, et qui semble un châtiment infligé par la Providence éternelle, en punition de l'orgueil et de l'abus du pouvoir. Cinquante maisons patriciennes seulement s'étaient conservées, lorsque la République romaine fut engloutie dans l'Empire 1 . Quand le Statlioudcrat fut établi, il ne restait en Hollande que quatre ou cinq familles nobles, et dans la province de Zélande, l'ordre équestre était entièrement

1 Beay* A'HèI. lib. S5, c. 73.

ch. x. — , faits sociaux constatés. 273 éteint. A Venise, le nombre des nobles, chefs de famille, était d'abord de 2,000. En 1775, il était réduit à 15.10 et en 1785 ù 1262. A Berne, sur 487 familles possédant les droits de la haute-bourgeoisie, entre 1583 et 1G54, il s'en éteignit 379 en l'espace de deux siècles. Jji i'rauce, les'" 0,000 familles nobles, qui existaient en l'an 1500, n'étaient plus qu'au nombre de 3,000 en 1735, et, en deux siècles et. demi, une seule sur 23 avait échappé à la destruction. Il était reconnu cjue les neuf

des substitutions. Enfui, des 700 barons qui suivirent Gui 11 au me- le- Conquérant en Angleterre, il ne restait, au témoignage de Hume, eu I775, au bout de 710 ans, qu'une seule famille, celle de d'Arc; , dont le lord Holdcrncss était le dernier et unique héritier.

f,cs causes éventuelles, qui ont eu pour effet de diminuer ainsi le nombre des nobles, sont principalement : les croisades qui en firent périr une multitude et ruinèrent la plupart des autres; les établissements européens ilaus les deux fndes, qui ne furent pas moins meurtriers ; en Angleterre , les guerres eh iles entre les maisons d' York et de Lancastre; en France, les guerres de religion, et en Italie, celles entre les Guelfes et les Gibelins; l'ascendant du commerce dans la Lombardie; la politique de Louis XI et de Hichelieu ; l 'émancipation de la Suisse et des Pays-Ras, et surtout la prépondérance de l'industrie, qui a créé de nouvelles ri-

chrsses et multiplié les propriétaires, flans d'autrea elasselqucla noblesse, qui jadis les renfermait tous. L'action de cette dernière cause continue maintenant d'agir dans foute l'Europe, avec une activité redoublée; elle lend ;i diminuer de (dus en plus le nombre des nobles, dans les pars où. ils eonservent,

L'effet économique de cette diminution est de reverser, après une possession séculaire, les biens immenses, que possédait le corps de la noblesse, dans la niasse des propriétés communes de chaque pays. Voici un inventaire de ces biens, borné aux fiefs ou terres inaliénables et privilégiées, exemptes de tout impôt et autres charges publiques, et appartenant ù la noblesse et parfois au haut-clergé, aux époques ci après indiquées :

Suède,

80,205 fiefs.

Danemark ,

Russie d'Europe,

Pologne

Hongrie,

Bohême,

Autriche, Tjrol,

Bavière,

Saxe,

Jlecklembourg,

Allemagne,

2,000 fiefs

Silésie,

Suisse,

Angleterre

1 ii'iT

Espagne,

Si

Portugal, Itoy. de Naplcs,

ftardaigne,

37fi

Turquie d'Europe,

12,578 fieftmfflt.

Plusieurs parties de l'Allemagne et dû l'Italie ayant échappe il ces reelierelies , on peut admettre qu'il existait, en Europe, plus de 1 ,500,001) fiefs, supposant sept millions et demi de nobles , possesseurs de biens territoriaux privilégiés. Or, un tableau détaillé de la noblesse qui existe maintenant, ne s'élève qu'à 3,700,000 personnes; il y a donc une réduction de plus de moilié, dans le nombre des possesseurs de biens féodaux, même en supposant que toute la noblesse actuelle conserve des proprié lés leiTitorialcs, hypothèse fort éloignée de la vérité.

Les fiefs avaient une étendue immense : ceux de la Bavière occupaient (i iK lieues carrées, ou le tiers du territoire; ceux du Mec kl em bourg comprenaient 110 Heurs carrées, ou la moitié du pays. En 1818, les 21t terres féodales du i;rand duché de ISadc avaient 2511 lieues carrées, faisant le tiers des propriétés; celtes de la Sicile avaient, eu 180!),

270 ÉLÉBUSKIS 1IE STATISTIQUE.

16.") lieues carrées , cm presque les deux tiers îles biens territoriaux ; celles du royaume de Jiaplcs ont 2,992 lieûes carrées, ou les trois quarts du territoire. Chacune des propriétés nobles de la Russie d'Europe a, en terme moyen, 1000 hectares de surface. Lu Angleterre, après la conquête, les 34,100 fiefs nobles avaient 3,5i0 lieues carrées; les 28,1 15 fiefs ecclésiastiques 2,930, et les domaines royaux 155. lin l'olugiic, les terres féodales du second ordre ont 2 à 3,000 hectares; celles du premier en ont 12 à 16,000. Les terres de la couronne comprenaient quatre millions d'hectares, ou un tiers du royaume. En France, l'étendue de chacun des anciens liefs était primitivement d'environ 750 hectares on plus d'un tiers de lieue, y compris les friches et les bois, qui en formaient les trois quarts.

Hais, bien peu de temps après rétablissement, de la féodalité , dans chaque pays , les nohl. s les plus puissants parvinrent à avoir plusieurs fiefs et ne tardèrent pas à en réunir un grand nombre , en dépossédant les plus faibles d'entr'eux. En Angleterre , sous la dynastie normande, le comte de Hortaigne avait 963 manoirs, et nous trouvons dans le Domcsday-iîook que les propriétés territoriales du roi .se composaient de 1 422 liefs, avec G8 forêts et 781 parcs.

Eu France , le comte de Champagne avait , l'an 1200, 1800 liefs ; le duc d'Orléans en avait 1 109 ; le comte de Toulouse avait pour vassaux 1 1 0 cl' a-

- OH- -\. — FAITS SOCIAUX COTlSTATfc. 277

telaics et , de plus , 50 villes et 60 bourgs , dont les habitants lui devaient le service militaire. Matthieu l'àris «lit qui' le» Templiers avaient 9,000 manoirs , les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, 19,000, et les chevaliers de Rhodes, 30,000. On conçoit qu'il dût y avoir des nobles extrêmement pauvres, dès qu'il y en eut d'extrêmement riches ; et les chroniques les signalent par leurs surnoms, tels que Gauthier-sans-Avoir, Olivier -sans -Terre , Gérardsans-Argent.

les événements qui contribuèrent le plus puissamment à diminuer les richesses territoriales de la noblesse «'t n la dépouiller de ses privilèges, sont, en grande partie , eeux qui ont fait décroître le nombre des individus de cette classe ; nous devons cependant y ajouter ceux-ci :

En Suède, la loi adoptée, en 1718, qui rend les terres nobles aliénables ;

En Danemark, les ordonnances de 1701 et 1792, qui accordent aux paysans des domaines royaux , les terres qu'ils cultivaient, et qui donnent des avantages considérables aux propriétaires nobles, qui consentiraient à morceler leurs iiefs, et à les vendre en détail aus laboureurs.

En Russie, l'édit de 1801, assurant aux paysans de la couronne le droit d'acquérir des terres , ce qui était auparavant le partage e\elui-ii des nobles.

En Prusse , l'égalité des charges publiques , qui sont réparties depuis 1800, sans distinction de castes.

En France, l'abolition de la féodalité et de tout privilège nobiliaire.

En Suisse et en ,\onvége , la suppression complète de l'ordre de la noblesse.

Dans la haute Italie et dans la plupart dos \m\ s réunis on attachés a la France , pendant la période impériale <m auparavant, la des tract ion des privilèges politiques, territoriaux et financiers de la noblesse, qui est réduite à dos titres honorifiques.

Enfin, eu Grèce, la confiscation des fiefs militaires des Turcs qui a élé dlrrhiée, ut les dîmes féodales abolies.

Dans les contrées orientales de l'Europe, en Russie, en Hongrie, eu Pologne, la noblesse a conserve , dans leur intégrité , ses biens territoriaux et ses anciens prhiJégcs; mais elle a été dépouillée par la couronne de toute sa puissance politique. Dans un seul pays, l'Angleterre, elle a gardé son pouvoir aristocratique et ses domaines dont elle a même augmenté l'étendue. Après la conquête, chaque fief de che\a!ier était de quatre bides déterres, ou 162 hectares. En 1800, le ministre Pitt estima que l'Angleterre et le pays de Galles, ne contenaient , exclusivement aux maisons , que 32, 000 propi'iétés territoriales, toutes possédées par la noblesse , à bien peu d'exceptions près. Ce nombre donne à chacune de ees terres une surface de 500 hectares, et suppose seulement quatre propriétaires par lieue carrée. Ainsi les nobles anglais sont moitié inoins nombreux qu'au temps de

Guilbmme-le-Conquérant, mais leurs Mens sont trois fois aussi vastes.

A ces exceptions pri s, In noblesse ancienne, issue des temps féodaux , a périclité pnrtout et rapidement, surtout pendant le dernier siècle. 1,11e est cependant ilaus eliaijue fltnt, et même en France, malgré la conliscation des biens des émigrés , la classe la plus riche en propriétés territoriales; ce qui lui assure un grand ascendant politique, quand ce genre de propriété donne exclusivement les droits civils. Mais la perte irréparable de ses dimes seigneuriales et de ses exemptions d'impôts , la destruction de ses \>m iléges, comme caste gouvernementale, la réduction de ses biens fonciers par l'effet, des révolutions et leur démembrement par l'introduction de l'égalité du partage des héritages, la diminution gradative du nombre de ses membres, et s'il faut le dire, la vie de loisir, adoptée par ses meilleurs rejetons, au lieu de prendre part à l'activité du siècle , tout annonce que la noblesse féodale est une institution dont la ruine est inévitable et prochaine , dans tous les États de l'Europe, où elle a résisté jusqu'à ce jour à tant de causes de destruction.

2° — Le clehcê, considéré dans sa généralité , sans distinction d'églises, continue, de nos jours, dans une grande partie de l' Europe, d'Être le. premier corps de l'État. Ce haut rang lui est donné par la sainteté de ses fonctions, l'antique tradition de sa suprématie , sa richesse territoriale et dans

quelques pars, les vestiges de son ancienne puissatice politique. Il possédait encore, il y a seulement (10 ans, le tiers ou même la moitié «les propriétés foncières; il partageai! autrefois avec, la noblesse lit soineraineté féodale, et régissait au même titre d'immenses domaines, peuplés d'une multitude de serfs; il siégeait à la plus haute place, dans nos Ktals généraux, ait Parlement d'Angleterre, a la Diète de Pologne et à celle de l'empire d'Allemagne, au\ rortès d'Espagne, et dans toute les autres assemblées représentatives du pais ; enfin, il donnait aux rois leurs premiers ministres, eeu\ qui, comme Hielielieu et Mazariu , ne quittaient le pouvoir qu'avec la vie.

L'omnipotence du clergé avait pour base et pour appui la multitude de ses institutions et de ses ministres. Beausobre a calculé qu'au milieu du xvf siècle, l'Église romaine avait seule , en Europe, '288,000 paroisses et 44,00» couvents. Un témoin oculaire du concile de Constance rapporte qu'il était composé de 18,000 prélats ou théologiens. Dans le concile de Latran, qui, en 1139, déclara que les dîmes étaient de droit divin ,'il n'y avait pas moins de 1,000 évèques; et l'éiêqiie JLecamus écrivait à Belley, au milieu du s vif siècle, qu'alors l'Église romaine renfermait 600,000 moines répartis entre !)8 ordres, dotés ou mendiants. ...

En France, l'abbé de Saint-Pierre exprimait le nombre des ecclésiastiques, en 17.V7, par les chiffres suivants :

CH. X. — FAITS SOCI.UX cowrvus

Clergé séculier 50,000 curés

(S0,000 autres prêtres Clergé régulier 100,000 moines

100,000 religieuses Total 300,000 I

Nous sommes assurément bien loin de cette époque. Cependant, il ne faut pas eroire, comme on l'assure, que le clergé soit réduit en Europe, à des nomhres minimes; il n'en est ainsi que relativement à ceus auxquels il s'élevait jadis. Le tableau suivant permettra d'en juger.

100,000 200,000 sur 67 habitants.

Suède et Norv ège. .

priés

1 sur 600 hab.

Russie el Pologne . .

Iles Britanniques.. .

Hollande et Belgique.

Allemagne prap. dite.

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