‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 33 sur 56 · IRIS · texte numérisé non relu

IRIS

Ëmp. d' Autriche. . .

France

Portugal

Italie. . ,

Grèce el I, Ioniennes. 1832 10,000

Turquie d'Europe. .

Total. . .

1 sur 153

En récapitulant ces nombres dont nous pourrions donner les détails, on trouve qu'il y a :

51i,000 ministres catholiques. 37 sur 100 codes.

1 lô,000 — des cultes protestai) !s. s — ml) 230,000 — durilegree. 1S — 100

510,000 — de l'Islamisme. 37 — 100

Ces chiffres nous apprennent que les prêtres catholiques forment plus d'un tiers de la totalité des ecclésiastiques de l'Europe. Les ministres musulmans, qui remplissent en même lemps les fonctions d'hommes de loi, sont presque dans la même proportion. L'église grecque constitue un fi p de toute la classe sacerdotale; et les communions protestantes réunies en composent seulement un 12"

D'autres fails slnlisliques, dignes de l'intérêt, des historiens et des philosophes, sortent pareillement de ces chiffres.

1° Le nombre des ecclésiastiques vicie considérablement dans les diverses parties de l'Europe. Parmi les pays chrétiens, il y en a qui, proportionnellement h leur population, ont 22 fois autant de prêtres que d'autres pays, oit cependant la religion ne fleurit pas moins.

2° Les contrées qui pnssèdenl le plus grand nomlire d'ecclésiastiques sont d'ahord ceux où règne l'Islamisme; ensuite ceux où le Catholicisme a perpétué les institutions monastiques et conservé à l'Eglise ses anciennes richesses; enfin, les pays où domine aujourd'hui la religion grecque.

3" Les États qui ont, au contraire, le clergé le moins nombreux, sont ceux dont les peuples ont embrassé le protestantisme : l'Allemagne, la Suéde,

la >'or wége, une partie de l'Autriche, (1rs l'avs-llas et des Iles Britanniques.

4" Il est hi/arre qui! ee soient les pays dont le culte offre le plus de dissideneeavec le Catholicisme, , qui aient, comme lui, le nombre le plus grand d'ecclésiastiques, parcxemplc l'Islamisme cl la religion grecque; tandis que le protestai i Usine, qui eu est

son culte que d'un nombre de ministres six fois ou même dix fois moindre.

5° Enelierchatil comment se partagent, seloa les ilillerenls cultes, la totalité des ecclésiast iques existant maintenant en Europe, on trouve les termes numériques ci-après :

1 15 millions de catholiques, qui forment un peu plus de la moitié des habitants de notre continent , ont 515,000 prêtres. C'est un ministre pour 224 personnes.

45 millions de protestants, qui sont loin d'égaler le quart de la population de. l'Europe , ont 1 1 5,000 ministres, ou un seulement pour 400 personnes.

44 millions de chrétiens grecs, qui font aussi moins d'un quart de la population européenne , ont 230,000 ministres, ou un sur 180 individus.

Enfin, 5 millions de musulmans, qui n'excèdent pas la 42 e partie des habitants de notre continent, ont 5 1 0,000 prêtres ou moines ; ce qui fait tout au moins un imau ou un derviche sur 10 sectateurs de Mahomet.

281 KT.ÉMEFiTS Iffi STATISTIQUE.

fi" Ainsi, li* clergé musulman est 22 fois aussi nombreux que !<■ clergé catholique, eu égard à la po pu la ti on. Le clergé grée. est plus considérable presque d'un quart; mais le clergé protestant, pris en masse, sans distinction de pays, et comparé au clergé catholique , est moitié moins nombreux relativement à la quantité de chrétiens qu'il

7" Cependant, le Catholicisme qui était, il y a .123 ans, le culte unique et exclusif de l'Europe, et dont l'Eglise prenait le litre d'universelle, n'est professé maintenant que par la moitié de la population de ce continent; et son clergé excède à peine le tiers du nombre total des ministres existant dans cette partie du globe. Ce n'est jias seulement, comme on pourrait le croire, la réformation qui l'a fait descendre à ces proportions inférieures. C'est non moins encore les progrés immenses de la domination russe pendant le dernier siècle, et l'agrandissement de l'église grecque favorisée parles vastes conquêtes des czars et par l'étonnante multijilieiitiiui de leurs sujets.

8° Si l'on en excepte la Turquie où le nombre des ministres du culte n'a souffert aucune diminution, le clergé de l'Europe a subi, depuis un demi-siècle, le décroisse ment le plus grand et le plus rapide dans le nombre de ses membres. Kn voici un aperçu succinct d'après les documents ofticiels. On comptait :

CH. X. — FAITS KOCIAIV CONSTATÉS. 285 «UtiutiqiK,

A Rome en 17G0 1 sur lOhab. 1825 1 sur 2G,

En Portugal 1788 1 — 15 — 1819 1 — 91.

En Bavière. . .... 1787 I — 22 — 18J5 1 — 510.

En Saxe 17S8 1 — 26 — 1814 1 — 600.

En Sicile 1737 1 — 28 — 1888 1 — 40.

Dans le r. de Naples. 1793 1 — 47 — 1826 1 — 127.

En Italie 1788 1 — 43 — 1828 1 — 200.

En Espagne 1800 1 — 50 — 1827 1 — 90.

En France 1762 1 — 52 — 1829 1 — 280.

En Suisse 1790 I — 103cath, 1827 1 — 312.

En Angleterre 1G88 1 —105 — 1821 1 — 350.

En Russie 1782 I —134 grec. 1815 1 — 109

En Danemark. . . , I80O 1 —700 — 1830 1 —1350.

En Suède 1700 1 —Û30 — I82S I — 175.

Ainsi , la diminution du nombre des eccli'siasli ques, proportionnellement à la population, a été de nos jours, ainsi qu'il suit, dans les principaux États de l'Forope :

A Home, en 65 ans, de trois cinquièmes;

En Portugal, en 31 ans, de einq sixièmes;

En Bavière, en 28 ans, de 22 vingt- troisièmes ;

Eu Saxe, en 26 ans, de 22 vingt-troisièmes;

En Sicile, en 51 ans, de plus de moitié;

Bans le royaume de Saples , en 37 ans , de plus de trois cinquièmes ;

En Italie , en 40 ans , des quatre cinquièmes ;

En Espagne, en 26 ans, de près de moitié;

En France, en 67 ans, de plus des quatre cinquièmes;

En Suisse, eu 37 ans, d'un tiers;

En Angleterre* en 133 ans, de près des deux

En Russie, en 33 ans, de beaucoup plus d'un tiers;

Tin Danemark, en 20 ans, de moitié et au delà; En Suède, en GO ans, d'un tiers;

10" la diminution absolue du clergé a été ainsi qu'il suit :

A Home, en 05 ans, de 10,530 ecclésiastiques séculiers ou réguliers;

En Portugal, en 31 ans, de 192,000; En Bavière, en 28 ans, de 35,025 ; En Saxe, en 20 ans, de 31,201 ; v En Italie, en 40 ans, de 275,000, dont 54,825 en 33 ans, dans le royaume de Naples, exclusivement à la Sicile ;

En Espagne, en 26 ans, de 53,000; En France, en 67 ans, de 298,000 ; En Suisse, en 37 ans , de 1 ,600 ; En Angleterre, en 133 ans, de 20,500; En Danemark, en 20 ans, de 1,124.

1 1° Au total , dans dix États de l'Europe chrétienne, et par un terme moyen en chacun d'eux, pendant une période de 42 ans, le clergé des différentes communions catholique, anglicane et protestante, a diminué, à très-peu près, des deux tiers. Il s'élevait, en 1788, dans ces dix États réunis , à 1,154,500 ecclésiastiques ; il n'en compte pas au-

jourd'hui , dans l'ensemble de ces mêmes pays , plus de 53(1,700. ïl a donc éprouve une perte de 917,700 ministres séculiers on réguliers en l'espace de moins d'un demi-siècle.

12° Si l'on joignait à ces nombres la diminution du clergé en Autriche, en Suède, dans nue partie de l'Allemagne, en Prusse et dans les Pays-Bas, on trouverait qu'il y a 50 ans l'Europe complaît. 1 1 à 1 .•200,000 ecclésiastiques 'le l*^ 1 * qu'aujourd'hui, ce qui élevait la classe sacerdotale au delà de deux millions et demi de ministres en fonctions, ou le double du nombre total qui en existe à présent.

13° Le mariage des prêtres admis par l'Islamisme , la religion grecque et plusieurs communions protestantes ,* augmentait la caste sacerdotale de 6 à 800,000 individus, et la portait au cinquantième de la population entière de l'Europe , e'est-à-dirc au triple de ce qu'elle est maintenant.

14° La plus grande partie, ou pour être plus exact, la presque totalité de ces pertes a été éprouvée par le clergé catholique. Le nombre de ses ministres a diminué, eu 50 ans, dans six Jitats de l'Europe, de S55,000 prêtres, moines ou religieuses. De 1,265,000 il est tombé à .110,000, demeurant fort au-dessous d'un tiers seulement de ce qu'il était autrefois , et ne laissant qu'un seul ministre où l'on en comptait trois il y a un demi-siècle.

15° Les événements qui ont réduit ainsi le nombre immense d'ecclésiastiques dont se formait autrefois, en Kuropc, le clergé de toutes les

288 KLKMK.VrS i>K STATISTIQUE.

communions chrétiennes sont principalement :

La réforme de Luther et de Calvin au commencement du svi c siècle;

L'établissement de l'église anglicane par Henri VIII;

L'incorporation des terres des couvents et des églises au domaine de la couronne de Suède, prescrite en 1 537 par la diète du royaume, sous le règne de Gustave Vasa ;

La confiscation des biens des évèques et des églises, ordonnée, eu 1536, par les États généraux de Danemark, et l'application de leurs revenus à des objets d'utilité générale , tels qu'hôpitaux, écoles, etc.

La suppression des ordres monastiques en Angleterre par Henri VIII, en Autriche et dans les Pajs-lîas par Joseph II , en Toscane par Léopold, en Siiésie par l'Yédérie II, et en Russie par Catherine II , qui ota au clergé grec 400,000 serfs qu'il possédai! ;

L'abolition de l'ordre des Jésuites, en 1759 en Portugal en 1 702, en France, et dans toutela chrétienté en 1773, par le pape Clément XIV, Ganganelli;

Enfin, la résolution française et son inllueuec en Allemagne, eu Belgique et daus toute l'Italie.

En considérant la noblesse et le clergé comme des corps politiques qui ont partagé avec les rois , pendant tout le raojen âge, la puissance sociale, et qui souvent l'ont exercée entièrement, on se dc-

mande quand on les voit décroître rapidement en puissance et en nombre, si ces deux classes liées si longtemps aux. intérêts publies, ne sont pas un élément nécessaire de l'organisation civile et politique des Ktats de l'Europe, et si leur intervention dans le gouvernement des nations, n'est pas une garantie essentielle à la conservation du repos des |>cuples, ii l'empire salutaire des sentiments religieux et même au maintien de la royauté.

Les témoignages de l'histoire résolvent complètement ces doutes.

Us montrent comme une nécessité des temps d'ignorance et d'anarchie ces deux classes d'élite , dominant le pays pour le servir; l'une cultivant les lettres et les sciences, près de l'autel, qui était alors le seul lieu inviolable, distribuant des aumônes et des consolations aux affligés, et s'elforçant d'adoucir, par la parole de Dieu, les passions cupides et truelles qui gouvernaient alors le monde; l'autre forte , intrépide, riche et habile , seule capable de résister à des oppresseurs et de défendre l'indépendance nationale, au champ de mai et sur le champ de bataille, fi niée au Ciel, ees nécessités îles siècles de barbavie sont inconnues depuis longtemps eu Europe; les coinniissauces humaines n'ont plus besoin de l'abri d'un cloître pour se développer ; l'innocence n'est plus réduite à chercher un refuge dans le sanctuaire; et la conscription est une meilleure garantie de la défense du pays que les chevaliers bardés de fer si aisément v aincus à Crécy ,

par 1rs archers anglais, à la Jlassoure par 1rs Sarrasins, et à ('■ranson par 1rs paysans Suisses.

Mais peut-être la puisuniii'C de its grands corps

civiles el reliai t'uses, et re pousse -t-cl le leurs effets fuucsies. Les enseignements de l'histoire sont loin de confirmer telle opinion commune. I .es pays tle l'Europe (]ui oui. répudie !r i'allioli<'isuu' el ébranlé l'immense édifiée de l'Eglise romaine, sont pre.cisément mm où le clergé et la noblesse étaient les plus nombreux, les [ilus riches et les plus puissauts, l' Angleterre et l'Allemagne, qui comptaient un ecclésiastique sur 40 liahitanls et un noble sur 00. En France, lorsque la monarchie s'écroula, il y avait 150,000 noMes et 316,000 prêtres ou moines, possédant ensemble. 5,-261 lieues carrées de domaines, et (100 millions de revenus dégrevés d'impôts el égalant la moitié du produit net de la masse entière des biens fonciers du royaume.

].a noblesse anglaise, encore plus riche et plus poissante, n'a pas mieux garanti le Icône qu'elle environne. De 1(166 jusqu'à nos jours, eu l'espace de moins de huit siècles, l' Aiiglcicrre a change huit fois de dynasties; elle a passé successii émeut sous le sceptre des rois Normands, des Plantage-nets, des Lan castres, des Ytirks, dcsTudors, des Stuarts, de Cromwell et de Guillaume d'Orange. Chacune de ces dynasties a été imposée par la violence, et n'a pas duré trois générations. L'aristocratie et l'Église n'ont pas eu le pouvoir d'eu prolonger la

durée; et cependant aucun corps politique n'a jamais possédé aillant de trésors, ni exercé une action souveraine aussi grande sur la soeiété.

En Turquie, où les Emirs, 1rs /aïms, les Timariots forment la 'M)" partie de la population, et le clergé la 20", sur 37 monarques qui ont régné depuis Otman, JS seulement sont morts naturellement; neuf ont été déposés et ont péri par le poison, le poignard on le lacet.

Les peuples ne sont pas mieux défendus que les rois par l'aristocratie et le sacerdoce. I,a Hongrie et

et la plus intrépide, et le clergé politique le plus

joui; étnniniT. et n'auront bientôt plus de nom que dans l'histoire. L' .Espagne a été conquise de nos jours, malgré ses 800,000 iiobïes et ses 200,000 piètres, seuls possesseurs de toutes les terres fertiles de la Péninsule ; et, si l'invasion a été rcpuussée par une guerre nationale, ceux qui ont soutenu la lutte avec tant de courage et de persévérance n'étaient pas des hidalgos ; c'étaient des contrebandiers, des muletiers, des ganleurs de troupeaux et de pauvres cures de vi liage.

lin résumé, il en est de ces hautes castes privilégiées, comme des autres institutions des temps de barbarie, qui suivirent, an moyen âge, l'invasion et l'asservissement de l'Europe par les races scvthiuues; elles appartiennent à un ordre de choses qui n'est plus, et qui ne renaîtra jamais.

392 ÉLÉMESTS DE STATISTIQUE.

3" — Les propiiiétaibes. Dans les sociétés libres el éclairée*, la propriété et riiitelligriice sont les Uases du Pouvoir public, et le gage exigé pour y participer. Chez les Athéniens, ce peuple qui s'est immortalisé par toutes les supériorités humaines, il fallait être censitaire et orateur pour posséder les droits de citoyen, et pour les exercer dans toute leur plénitude ii la tribune de l'Agora. En France, c'est aux mêmes conditions qu'on obtient aujourd'hui lus mêmes avantages. On pourrait même dire qu'autrefois si la noblesse et le clergé formaient seuls les assemblées nationales, c'était parce que, maîtres de toute la terre du pays, ils en représentaient la propriété. Quand les communes furent admises, en 1 302, aux États généraux, elles y furent les mandataires de la petite propriété des villes, de même que les députes des Universités y représentèrent l'intelligence. C'est encore à ce litre qu'elles siègent dans le Parlement britannique et dans les États des contrées d'Allemagne.

On voit que les immunités des propriétaires fonciers çt même celles accordées à la science, sont loin d'être des innovations; mais jadis la concentration de tous les biens territoriaux et leur possession immobilisée dans les deux classes privilégiées rendaient illusoire toute autre représentation que la leur, et pendant mille ans, les intérêts de la noblesse et du clergé furent les seuls qui purent prévaloir.

Cette cause, que la révolution a détruite en

France et dans les pavs ou noire influence a modifié la société, continue d'agir, dans la plus fraude partie de l'Europe, avec divers degrés de puissance, qu'on peut mesurer, dans le tahleau suivant, par l'étendue de la quote-part de propriété revenant à chaque habitant.

N.âopn)- Rippwtlili Émudunp- ■e. prMura. pop iiliiiuii. proiifluliw.

IS 120.000 1 sur 84 ^ 260

Suède et Korwège ' ■

Page 1