‹ Éléments de statistique comprenant les principes généraux de cette science et un aperçu historique de ses progrèsChapitre 9 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mftbode île lu Stalhtlque.

La recherehc de la vérité est toujours difficile et l>arfois sans succès. Parcourez l'histoire : dans combien d'erreurs n'est-elle pas tombée? Examinez les sciences : combien, pour un vrai progrès, font-elles de faux systèmes? Ouvre/, les annales de la justice : combien u'j t-mucrez-vous pas de funeste méprises? Lu Statistique est soumise, comme toutes les icumvs humaines, à cette fatalité. Aussi son premier mérite est-il l'exactitude, la sincérité, la certitude des faits que ses chiffres d'ans mettent. Elle peut l'obtenir, ce mérite, quand ses travaux sont faits avec conscience, et réglés par un jugement droit. Hais é'Ilc est encore dominée par une autre nécessite rigoureuse. C'est la lucidité de l'exécution. Cette qualité, sans laquelle toutes les autres sont inutiles, ou ne doit point l'espérer si l'on n'est aide, secouru, protégé par la méthode; il faut que ce soit elle qui serve de guide à travers le dédale des chiffres, la complication des matières et l 'énorme extension des matériaux.

Il serait su péril u de le dissimuler : dans nos pays les plus éclairés de l'Europe occidentale, oïi la moi-

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tic di' la population ne sait ni lire ni écrire , rt où la plus firainJe partie «le l'autre ne le sait qu'inipailiiitement , un livre de chiffres ne trouve que ]>cu de personnes qui le eomprennont , quelque lucide qu'il puisse être. 11 n'en trouve point s'il est confus, obscur, désordonné , et s'il faut y eherelier longtemps le terme numérique qu'on lui demande. Les ouvrages de Statistique sont destinés aux Hommes d'Ktat, au\ hommes d'affaires dont la vie est trop occupée pour leur permettre d'éclairer eux-mêmes di s calculs informes. Il faut donc, pour qu'elle remplisse son objet, qu'une Statistique soit, dans toutes ses parties, facile à concevoir; qu'elle puisse servir à tous ceux qui ont besoin de la consulter, et. qu'elle ne soit pas faite exclusivement en vue des savants. Il faut qu'elle réponde proinptement et catégoriquement aux questions qu'on lui adresse, et qu'elle le fasse de manière a satisfaire mu qui ne veulent connaître qu'un simple fait, et puis encore ceux qui veulent le connaître environné de tousses détails, et des témoignages par lesquels la preuve en est acquise.

On ne peut atteindre ce but que par l'adoption d'une méthode régulière, rationnelle, choisie, qui soit tour à tour synthétique et analytique, qui coordonne, agroupe et di vise alternativement les faits numériques, et les expose lumineusement dans l'ordre naturel de la plus grande liaison e\istant entre les idées, les personnes et les choses. Cette participation importante de la logique, nous explique com-

qu'un statisticien très-médiocre , puisqu'il faut , a\ant tout, pour s'élever jusqu'aux hauteurs de la science, la première de toutes les capacités intellectuelles: ud esprit juste et pénétrant.

11 ne faut pas croire que la méthode borne son influence aux formes dont elle revêt un sujet. Quand la logique est introduite dans une science, elle en corrige les aberrations. C'est ce qui advient à la Ktatistique, et lui donne, de nos jours, une existence nouvelle. Autrefois, marchant au hasard, elle s'appuyait sur la méthode d'inductions, qui l 'égarait dans le vaste champ des conjectures. Elle a renoncé maintenant à suivre ce guide infidèle; et ce ne sont pins que quelques esprits rétifs qui s'obstinent à s'en servir.

La méthode naturelle, qu'on pourrait, nommer Mflkede a" Exposition, est la seule qui soit digue de l'avenir promis à la Statistique. Elle csl trèssimple; et c'est pourquoi elle n'a prévalu qu'après les autres. On a fait de la lEotauique pendan! deux mille ans, avant d'arriver à la méthode que nous devons à Jussieu. Cette méthode consiste, pour la Statistique, à enregistrer, dans un ordre régulier, tous les faits numériques qui constituent les élcmeuls d'un sujet quelconque. Ainsi, lorsqu'il s'agit des établissements de bienfaisance ou de ceux de répression, on prend pour unité les malades ou les détenus de chaque hôpital ou de chaque prison, et l'on fait l'histoire de leur destinée, en suivant

de mois on mois, d'année en année , la situation et

l'ant-il entreprendre la tache épineuse d'une Statistique de l'industrie? chaque manufacture , eliaque exploitation devient une unité absolue. Les matières premières, les produits fabriques, leurs quantités, leurs valeurs, le nombre des ouvriers, leurs salaires , les machines et tontes les parties du mobilier de l'établissement sont énumérés d'abord en détail ; et ee n'est que postérieurement qu'en groupant les chiffres ainsi posés, on en forme des tableaux collectifs par localités et suivant la nature des produits.

Sans doute, cette méthode d'ex position exige de longs développements, qui peinent paraître oiseux à beaucoup de personnes; niais elle a eel avantage immense que chacun peut apprécier la rectitude des éléments, procéder a leur vérification, refaire les calculs d'ensemble, el s'assurer de l'exactitude de toutes les opérations. La Statistique exécutée de cette manière est véritablement expérimentale; elle met sous les veux du public les témoignages complets de ses assertions; elle ne procèile point par inductions, comme on le faisait jadis; elle associe chacun au travail de ses supputations dont l'unique objet est de combiner, sans les altérer le moindrement, les chiffres primitifs.

Dans un seul cas. la Statistique est obligée de renoncer à ce système d'exposition complète des éléments de ses calculs. C'est lorsque leur abondance

est si grande qu'elle met obstacle à leur publication. Mai» ce n'est là qu'une exception bornée à la Statistique agricole des grands États de l'Europe, ceux qui ont, comme la France, trente a quarante mille

resserrer d'aussi nombreux documents, que ceux fournis ]>ar tant de localités, car ils formeraient pour la France une bibliothèque de 250 volumes in-quarto, de .100 pages chacun. Afin de les limiter à des proportions convenables, on décompose, chiffre par chiffre, les tableaux des communes, afin d'en former des tableaux d'arrondissements ou de districts, divises par nature de produits.

Ainsi, les chiffres des .17,300 communes du royaume, ont été réduits, dans la Statistique agricole de ce pays, de façon à représenter ceux des :S(i.1 arrondissements; et les 1,3 12,000 nombres primitifs , qu'ils contenaient , ont été transformés en 13,176, qui ont les mêmes valeurs. (ta d'autres termes, le travail étant trop vaste pour être usuel , on en a changé l'échelle, qui, de mille a été réduite » 10(1 environ. Mais chaque chose a gardé son intégrité, représente la même image, cl conduit id en tiquemeut aux mêmes résultats. L'expression seule est restreinte, afin de pouvoir entrer dans un cadre mieux approprié à l'utilité publique.

Il y a dans la méthode d'exposition, nous de\ons l'avouer, un très-grave inconvénient : c'est d'exiger sur chaque sujet une exploration approfondie et d'une telle étendue, qu'il faut, pour v réussir, l>eau-

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