CHAPITRE PREMIER
l'élaboration de ce qu'il appelait la Science politique. « Nous avons grand intérêt, dit-il, à inoir dans cette science un grand nombre de démonstrations. Or nous ne pouvons les avoir solides qu'en réduisant toutes les preuves à la simple arithmétique fondée sur les dénombrements » (').
Quant à l'organisation des dénombrements, il a émis un certain nombre d'idées qui suffiraient à prouver quelle erreur profonde commettent ceux qui ne voient en lui qu'un pur utopiste. Comme Vauban, il réclamait des recensements annuels; mais il se contentait sagement de publications quinquennales et il laissait aux divers ministères le soin d'y procéder. 11 se bornait à réclamer l'intervention de son Académie politique, « pour diriger et obtenir des différents bureaux des divers ministères » les dénombrements indispensables, prévoyant ainsi et préparant peut-être la mesure qui a été prise, dans tous les pays civilisés, au cours du xixe siècle, quand on y a institué, à côté des
(*) V. le Mémoire sur Y Utilité des dénombrements, dans les œuvres complètes, édition de Rotterdam et Paris, 1733, IV, p. 235-246.
services publics chargés d'opérer les dénombrements, des organes consultatifs et centralisateurs, tels que Commissions centrales et Conseils supérieurs de statistique.
13. Le grand mouvement d'idées du xvme siècle ne pouvait manquer d'être favorable aux partisans des dénombrements. Parmi les philosophes, parmi les financiers, les économistes, parmi les savants surtout c'était à qui ferait le plus fréquent usage des chiffres, des calculs, comme on disait alors. Tout le monde s'accordait à y voir un élément supérieur d'information et de raisonnement. Ainsi s'expliquent le grand nombre et le grand succès des ouvrages de statistique publiés, à cette époque, par des érudits plus ou moins qualifiés, habiles à remplacer par leurs évaluations personnelles les
(1) On peut ciler, entre autres, Kerseboom, Deparcieux, Fauteur, en France, de la première table de mortalité (1746), Wargentin, Buiïon, Gondorcet, Lavoisier, Lagrange. C'est grâce à ces savants, continuant l'œuvre commencée par Huyghens, de Witt, Halley, les Bernoulli, que furent définitivement étendues aux phénomènes sociaux, les applications si importantes du Calcul des probabilités dont Pascal et Fermât avaient fait comme une branche distincte des mathématiques.