‹ Éléments de statistiqueChapitre 9 sur 80 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

C'est dans les Aventures de Télémaque (l), par la bouche de Mentor s'adressant à Idoménée, roi de Salente, et aussi dans ses admirables Directions pour la conscience d'un roi (2), que Fénelon a exprimé tout l'intérêt qu'oflrait pour lui le dénombrement des hommes et des richesses, dans un pays bien gouverné. C'est dans la Dîme royale que Vauban, après avoir démontré la nécessité d'appuyer toute l'action du gouvernement sur des dénombrements complets et fréquents, a exposé, dans le plus grand détail, la méthode selon laquelle ces dénombrements devraient être opérés. « De tous ceux à qui le dénombrement des peuples peut être utile, ditil (3), il n'y en a point à qui il le soit davantage qu'au roi même, puisque... son premier et principal intérêt est celui de la conservation de ses peuples et de leur accroissement et que le

(*) V. liv. XII.

(2) Art. 1, § 9.

(3j La Dîme royale, petite édition Guillaumin, ch. X, p. 175- 189. « C'était un statisticien merveilleux pour son époque, dit Léon Say, en parlant de Vauban, car les renseignements étaient alors difficiles à recueillir. Un très grand nombre des données statistiques de Vauban peuvent résister à la critique qu'on a pu en faire de nos jours ». Voy. Les solutions démocratiques de la question des impôts, I, p. 81.

HISTOIRE DES DOCTRINES SUR LA STATISTIQUE io

moyen d'empêcher leur dépérissement est de les connaître et d'en savoir le nombre... de savoir comme ils se conduisent, les nouveautés qui s'introduisent parmi eux; ce qui fait leur pauvreté et leur richesse, de quoi ils subsistent et font commerce, les sciences, arts et métiers qu'on professe parmi eux et ceux qui leur manquent. Tout cela ne se peut savoir que par des revues souvent répétées... du moins tous les ans une fois ». Pourquoi faut-il que les observations si justes de cet esprit si clairvoyant et si généreux soient restées sans effet et que la monarchie française ait toujours préféré aux clartés de la statistique l'obscurité et le mystère qui caractérisèrent jusqu'au bout son administration trop souvent arbitraire et incohérente !

12. Comme Vauban, comme Fénelon et Bodin, l'abbé de Saint-Pierre a vu dans les dénombrements l'instrument nécessaire d'une bonne administration de la chose publique.

Mais il est allé plus loin qu'eux. Il y a vu également une méthode d'observation des faits sociaux, méthode pouvant et devant servir à

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