CHAPITRE PREMIER
Après s'être tout d'abord presque exclusivement occupés d'en démontrer l'utilité gouvernementale, les théoriciens de la Statistique se sont de plus en plus attachés à caractériser son rôle et à mesurer son utilité en tant que mode d'observation mis au service des diverses sciences dont la matière se prête au dénombrement. Ils n'ont jamais cessé d'étudier et l'organisation des services publics chargés d'établir la Statistique et les méthodes qui doivent présider à son établissement et les procédés à l'aide desquels on peut le mieux exprimer et utiliser les résultats des dénombrements. Leurs études sur ces divers sujets et même leurs controverses parfois très vives ont été certainement fécondes. Nous n'en dirons pas autant de celles, heureusement un peu abandonnées aujourd'hui, qui ont porté sur le mot statistique, sur la notion de la chose qu'il sert à désigner, sur la question de savoir si la Statistique mérite ou non le titre de Science ou celui de Méthode. Elles ont absorbé, en pure perte, beaucoup de temps et beaucoup d'efforts dont il eût été facile de faire un meilleur emploi.
En ce qui concerne l'utilisation de la Siatis-
tique, il convient de noter tout spécialement le rôle très important que les mathématiciens ont joué à toutes les époques. Habitués à manier les nombres, ils ne pouvaient manquer de s'intéresser à un mode d'observation qui mesure tout par des nombres. Ce sont des mathématiciens qui, depuis Pascal et Fermât jusqu'à Poisson, Herschel, Cournot et Quételet en passant par Halley, Deparcieux, Laplace, Joseph Fourier, ont formulé les règles fondamentales de l'application du calcul des probabilités aux données de la Statistique et qui ont notamment constitué la théorie des grands nombres. Ce sont aussi des mathématiciens qui ont été les auteurs de presque toutes les tables de mortalité publiées en Europe, depuis le milieu du xvii6 siècle jusqu'à nos jours, ces tables dont la formation est, suivant le mot de Cournot (Exposition de la théorie des chances et des probabilités), « le travail le plus difficile et comme le chef d'œuvre de la Statistique ».