‹ Éléments de statistiqueChapitre 18 sur 80 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

impossible ici, nous semble-t-il, ce n'est pas la statistique, c'est la détermination et la qualification des actes. Que cette détermination soit faite et la statistique devient possible. Estce que l'Institut ne dresse pas, chaque année, en vue de les récompenser, une statistique au moins partielle des actes de dévouement et de courage, c'est-à-dire des bonnes actions? Puisqu'on fait la statistique du crime, pourquoi ne ferait-on pas celle de la vertu? Parce que, dira-t-on, les crimes sont comptés grâce à la répression pénale dont ils sont l'objet, tandis qu'aucune loi ne prescrit le relevé des actes vertueux. En est-on bien sûr? N'avons-nous pas le moyen de compter de nombreuses bonnes actions, en relevant toutes les libéralités aux établissements de bienfaisance, en relevant les dépôts opérés dans les Caisses d'épargne, les versements faits dans les Caisses d'assurance ou les Sociétés de secours mutuel?

L'expérience démontre, d'ailleurs, que la statistique de certains faits devient relativement facile à un moment donné, après avoir été jugée longtemps impossible. Ainsi en est-il de la statistique de la population que personne n'eût

DÉFINITION ET OBJET DE LA STATISTIQUE

osé entreprendre sous le règne de Louis XVI, qui fut jugée possible en 1791 et qui fut opérée dix ans après. Ceux qui se permettent de réclamer aujourd'hui, en France, le recensement périodique des capitaux et des revenus des particuliers, s'exposent à être traités de « grands inquisiteurs » ('). Or, ce recensement est dressé depuis longtemps, en Allemagne, dans un intérêt fiscal et, aux Etats-Unis, dans un intérêt purement statistique. Et il est tellement désirable, au point de vue purement statistique bien entendu, qu'il finira bien par être fait aussi dans notre pays. Nous en dirons autant de la statistique des faits religieux ou des faits philologiques ou linguistiques qui, pour n'être pas faite aujourd'hui, n'est certainement pas impossible.

Quant à l'utilité des dénombrements, elle est loin d'être la même pour toutes les catégories de faits sociaux. Très grande et incontestable pour quelques-unes, elle est très faible et très douteuse pour d'autres. Tel fait semble aujourd'hui indifférent. Il est parfaitement inutile de

(1) Vj, Y Economiste français, 21 novembre 1903 (article de M. de Foville sur la IXe session de L'Institut international de statistique tenue à Berlin en septembre 1903).

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