CHAPITRE III
cas, soit les craintes mal fondées, soit les espérances illusoires que provoquent fréquemment certains phénomènes accidentels.
C'est en matière d'assurances soit contre la mort, soit contre les accidents ou les maladies que l'emploi des moyennes a donné les plus admirables résultats. Il y a longtemps que l'expérience a fait éclater l'erreur profonde que commettait Moreau de Jonnès, quand il manifestait le plus complet dédain pour « les calculateurs qui imaginèrent, vers le milieu du xviif siècle, de demander aux registres des sacristies le secret de la vie de chacun » (*). L'aléa subsiste encore pour le particulier isolé demandant au contrat d'assurance et recevant de lui la sécurité qu'il recherche. Mais, grâce aux moyennes, il disparaît tout à fait pour la compagnie ou l'institution qui peut assurer un 2^rand nombre de personnes.
31. Certaines catégories de phénomènes sociaux ne peuvent même guère s'exprimer que par des moyennes. Telles sont la densité de la
(*) V. Eléments de statistique, 2e édiL, p. 101-112.
DONNÉES FOURNIES PAR LA STATISTIQUE
population, la natalité, la nuptialité, la mortalité (4).
32. Quand on dit que la densité de la population française est de 73 habitants par kilomètre carré, on fait usage d'une moyenne. Le chiffre de 73 est celui que Ton obtiendrait si les 536.400 kilomètres carrés formant la surface de notre territoire étaient également peuplés. Il n'y a probablement pas un seul kilomètre carré possédant juste 73 habitants. C'est cependant par ce nombre seulement, jouant ici le rôle de coefficient, que l'on peut mesurer le rapport existant entre la population de la France et son territoire, et surtout comparer utilement le chiffre de notre population au chiffre de la population de pays différents.
33. De même pour la nuptialité, la natalité et la mortalité. Quand on dit qu'il y a eu, en France, en Tannée 1900, pour 1.000 habitants,
(*) Pour plus de développements sur ces applications des moyennes, on ne peut que renvoyer aux trois volumes du grand traité de démographie de M. Levasseur, La Population française, 1889-1892, 3 vol. in-8.