CHAPITRE IV
LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE
37. La statistique appliquée aux phénomènes sociaux peut remplir une quadruple fonction.
38. A. — Elle concourt à la constitution et au développement des sciences dont ces phénomènes sont l'objet.
Tout le monde admet aujourd'hui que les phénomènes sociaux sont soumis à des lois et que ces lois peuvent être découvertes, ce qui est précisément le but, la fin de la science. On peut discuter sur le degré d'avancement de la science sociale et des diverses branches que Ton distingue en elle, telles que la science de la morale, la science politique, ou même l'économie politique. Mais on ne peut plus contester leur existence.
LES FONCTIONS DE LA STATISTIQUE
D'autre part, personne, parmi ceux qui s'adonnent à elles, n'ose se réclamer des conceptions a priori dont l'ancienne métaphysique avait habitué les esprits à se contenter. Personne ne refuse à l'observation patiente et scrupuleuse des faits la place éminente qui lui appartient dans l'élaboration de la science sociale, qu'il s'agisse de fournir à l'esprit comme la matière première de toute généralisation, ou qu'il s'agisse de lui faciliter le contrôle des premières conclusions obtenues ou des hypothèses provisoirement acceptées.
Or, l'un des modes les plus efficaces de l'observation des faits est leur dénombrement, c'est-à-dire la statistique. Et c'est pourquoi la statistique est devenue, depuis longtemps, pour les économistes, et tend, tous les jours, à devenir de plus en plus, pour les sociologues, pour les moralistes, pour les juristes eux-mêmes, un auxiliaire indispensable dans leurs recherches scientifiques.
Les mathématiciens, ces maîtres des nombres, aiment à répéter que : les nombres régissent le monde, mmidum vegunt numeri* Cela n'est point. Les nombres sont des créa-