‹ Éléments de statistiqueChapitre 4 sur 80 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

usage à partir de la fin du vm° siècle, sont des documents de statistique d'un très grand intérêt.

3. C'est peut-être dans les temps modernes, c'est du XVe à la fin du xviii0 siècle, que la statistique est restée, en France du moins, dans le plus misérable état. Même à l'époque où la monarchie exerçait, sur toute la surface du royaume, un pouvoir incontesté, elle ne parvint jamais à se donner l'instrument nécessaire d'une bonne administration, à savoir la statistique bien faite des éléments principaux de la vie nationale. Elle ne connaissait pas la surface du pays et le chiffre de ses habitants lui échappait entièrement, faute de recensements généraux de la population et en l'absence de registres bien tenus des naissances et des décès (*). Sa gestion financière était pleine de défauts. Mais le plus

(*) On sait qu'un recensement par feux fut exécuté dans toute la France de 1304 à 1328, Le nombre présumé des habitants par feux élait de 4 1/2 ou 5 (V. Levasseur, La population française, t. I, p. 152 et s.). Mais ce recensement, aux résultais si contestables, est le seul qui ait été fait jusqu'en 1801. On ne peut pas donner ce nom aux relevés des intendants pour les années 1698, 1699 et 1700. Tous les chiffres assignés à la population française, entre le xive et le xixe siècle, sont le produit d'évaluations toujours incertaines et de conjectures plus ou moins arbitraires.

grave de tous peut-être était l'absence à peu près complète de tout ce qui aurait constitué une statistique de nature à fournir soit aux contribuables, soit aux Chambres des comptes, soit au roi lui-même et à ses ministres, des indications exactes sur les charges et les ressources de l'Etat. La statistique financière, si nécessaire pourtant et relativement si facile, était aussi insuffisante que la statistique des industries ou que celle de la population.

4. De grands ministres, tels que Sully ('), Colbert (2), Louvois au xvne siècle, Turgot et Necker (3) au xvme, désireux de tenter quelques

(') Sully avait créé un Cabinet complet de politique et de finance qui devait être, dans la mesure possible à l'époque, un véritable bureau de statistique.

(2) Le premier, en 1670, Colbert essaya de faire dresser et publier, d'après les registres imposés aux curés des paroisses par l'ordonnance de Villers-Cotteret (1539), un relevé des naissances, mariages et décès pour la ville de Paris. A ce relevé, imprimé et publié tous les mois, devaient être ajoutés quelques renseignements sur les maladies régnantes, sur le nombre des personnes admises dans les bôpitaux, sur le prix et le poids des principaux objets de consommation. On peut dire que le grand service de statistique municipale que Paris possède aujourd'hui a ses origines dans la création de Colbert.

(3) On trouve dans le tome III de Y Administration des finan-

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