CHAPITRE PREMIER
réformes indispensables, essayèrent plus d'une lois de s'éclairer par des enquêtes sérieuses et par de véritables dénombrements. Leurs efforts restèrent à peu près vains. Ils n'aboutirent jamais qu'à des résultats limités, fragmentaires et insuffisants. Les célèbres mémoires des intendants (1697-1700) ne sont pas, à vrai dire, des documents de statistique. Ce sont de simples descriptions ou monographies administratives, sans précision et sans uniformité, appuyées sur des chiffres dont presque aucun n'était fourni par un véritable dénombrement.
5. C'est aux grandes assemblées de la Révolution que revient l'honneur d'avoir compris la nécessité de la statistique et d'avoir sérieusement essayé de réaliser les vues profondes de Vauban et de l'abbé de Saint-Pierre, celles de Necker, de Lavoisier et de Lagrange. C'est à elles que nous devons les recensements généraux et périodiques de la population, l'établis-
ces de la France (1784) (ch. XXVIII, p. 355-362), un passage fort intéressant dans lequel Necker expose un véritable programme de statistique en réclamant la création d'un « bureau général de recherches et de renseignements ».
sèment des registres de l'état civil, et les premières tentatives d'évaluation sérieuse du revenu agricole de la France. Comment en eût-il été autrement ? Aucune des réformes votées ou préparées par elles touchant notre organisation financière, administrative, judiciaire, ne pouvait s'opérer ni même se concevoir sans le secours de la statistique. La création du premier bureau de statistique (') qui ait existé en France remonte à 1795, et fut l'œuvre de François de Neufchâteau, alors ministre de l'intérieur.
6. Renforcé en 1801 par Chaptal, ce bureau fut chargé de diriger l'opération du recensement général de la population (2) et il reçut la
(') Il convient toutefois de citer le « bureau des subsistances » remontant à une ordonnance du 4 janvier 1716, avec la double mission de s'occuper des approvisionnements du roi et de dresser les états des prix des denrées. Ce bureau, dont le rôle fut très important sous la Révolution et sous le régime de l'échelle mobile, était, dans la mesure très limitée de son objet spécial, un véritable bureau de statistique.
(2) Le premier recensement général de la population avait été ordonné et imposé aux corps municipaux par la loi du 22 juillet 1791. Mais cette loi resta sans effet, de môme que les décrets postérieurs du 20 août 1793 et du 2 octobre 1795. C'est seulement en 1801 que cette vaste et difficile opération put s'accomplir pour la première fois, sous la direction des minis-