‹ Éléments de statistique; principes généraux de cette science, sa classification, sa méthode, ses opérations, ses divers degrès de certitude, ses erreurs et ses progrès; avec son application à la constatation des faits naturels, sociaux et politiques, historiques et contemporainsChapitre 15 sur 72 · O, OU · texte numérisé non relu

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2° Diminution progressive tlu nombre des naissances, proportionnellement au degré de civilisation des époques et des contrées.

Les variations du rapport des naissances à la population n'existent pas seulement entre des pays différents; elles ont encore lieu dans la même contrée, dans la même ville, à des époques diverses, selon les changements qu'éprouve l'économie civile et domestique des populations.

Le nombre des naissances, comparé, dans chaque pays, à celui des habitants était, ainsi qu'il suit, à des époques anciennes et récentes, d'après les documents publics.

Naiss. Habit.

IMnîcc ITahit iiaiss. iiaijii.

en 1810,

— 1 sur 28 en 1827.

en 1768,

— 1 — 60 en 1829.

en 1800,

— l — 2b en l82o.

— 1 — 34.50en 1832.

en 1742,

— i — 61 en io27.

en 1700,

— 1 — 27 en 1832.

en 1757,

— 1 — 33 en 1828.

l de 1688 1 à 1726,

|- 1-36 |de'8U I 1 à 1821.

Ainsi la fécondité de la population a diminué :

En Allemagne, d'un treizième en \ 7 ans ;

En Suède, d'un neuvième en 64 ans;

En Russie, d'un huitième en 28 ans;

En Espagne, d'un sixième en 30 ans;

En Danemark, de près d'un quart en 82 ans;

En Prusse, d'un tiers en 132 ans;

En France, d'un tiers en 71 ans;

Et en Angleterre, de deux septièmes en un siècle.

La progression qu'offrent ces variations, manifeste que la civilisation tend à restreindre la fécondité naturelle des peuples; car, en les observant avec soin, on acquiert la preuve que généralement le nombre des naissances s'amoindrit, et qu'il diminue d'autant plus que le perfectionnement de l'État social devient plus grand.

C'est là peut-être l'origine de l'ascendant des peuples nouveaux et barbares, sur les vieilles sociétés civilisées ; et la destruction de l'Empire romain s'explique peut-être mieux, par la diminution progressive des populations ita-

liennes, et par la pullulation des hommes, dans les pays sauvages du nord de l'Europe et de l'Asie, que par ramollissement des mœurs et les causes morales auxquelles on l'attribue communément.

Ce qui se passe, de nos jours et sous nos yeux, donne à cette conjecture, le caractère de la probabilité. Dans l'Empire russe 57 millions d'habitants produisent annuellement, au moins, 2,280,000 enfants, tandis qu'une population égale n'en donne que 1,630,000 en France et dans les lies Britanniques réunies.

La différence monte à 650,000 enfants, chaque année, ou 21 millions et demi par génération d'hommes.

Sans doute, la cause même qui provoque , parmi les populations Slaves, cette fécondité tellement prodigieuse qu'un douzième des femmes sont perpétuellement à l'état de grossesse, cette cause, disons-nous, détruit une partie de ses propres effets; et un nombre immense d'enfants, qui, dans des pays, où la civilisation les eût entourés de plus de soins fructueux, fussent parvenus à la virilité, périssent presque en naissant, ou du moins ne peuvent atteindre la fin de leur première année. Mais, ceux qui échappent forment encore une si grande multitude que la différence entre les naissances et les décès ajoute annuellement 980,000 individus à la population, tandis qu'en France et dans les Iles Britanniques cet excédant n'est dans les deux pays réunis, que de 448,000, ou considérablement moins de moitié. D'où il suit, que dans l'hypothèse où cet état de choses se prolongerait, il ne faut pas quatre ans et demi , aux populations russes, pour obtenir de leur seul accroissement annuel un million de soldats, en

sus du nombre qu'elles pouvaient fournir, pour égaler les forces militaires de la Grande-Bretagne et de la France.

Cette grande et rapide multiplication des hommes, dans les régions du globe, qui n'appartiennent point à l'Empire de la civilisation, nous révèle la cause première de ces irruptions des barbares du Nord, qu'on voit périodiquement dans l'histoire ancienne et moderne, abandonner leur pays natal, pour envahir les plus belles et les plus riches contrées de l'Europe et de l'Asie.

Pour enfanter cès événements désastreux, qui plongent les peuples policés dans des siècles d'ignorance et d'abrutissement, il a suffi que les Scythes, les Huns, les Tartares aient eu, comme les Slaves aujourd'hui, 40,000 naissances et 25,000 décès par million d'individus, tandis que les peuples subjugués n'avaient sur le même nombre d'habitants qu'une reproduction annuelle de 29,400 enfants, et une mortalité de 20,840 personnes. En sorte que, pour eux, l'accroissement de la population n'était, comme maintenant pour la France et l'Angleterre réunies, que d'environ 8,560 individus par million d'habitants, au lieu de s'élever à 15,000, comme chez les peuples, où la fécondité n'est point limitée par les exigences d'une haute civilisation.

L'immensité des effets, qui résultent de cette différence peut être appréciée, quand on constate par le calcul, que dans les pays de l'Europe parvenus à un État social perfectionné comme la France et les Iles Britanniques, l'accroissement de la population est tout au plus d'un individu sur 118, ce qui nécessiterait, pour doubler le nombre actuel des habitants, une longue période de 83 ans, tandis que dans l'Empire russe, l'accroissement annuel étant

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d'un individu sur 66, ce terme suppose que la population peut doubler en 45 ans.

Mais ces périodes de doublement sont purement hypothétiques; car elles impliquent que les rapports des naissances et des décès à la population demeurent stationnâmes, tandis qu'en réalité, ils varient perpétuellement et changent plus ou moins vite selon que les progrès de la société sont plus ou moins rapides.

L'effet et la cause sont tellement liés l'un à l'autre, qu'on peut admettre comme très-probable, que ces rapports sont à peu près invariables, chez les peuples de la Zone torride et de la Zone glaciale, qui semblent condamnés par leur climat ou plutôt par leur origine à vivre dans une éternelle enfance. On croit trouver la preuve de ce fait, lorsqu'en parcourant les annales du globe, on ne voit, dans aucun temps, certaines races polaires ou équatoriales, par exemple : les Esquimaux, les Nègres, les Australiens s'accroître progressivement et déborder en torrent impétueux sur les autres peuples du monde, comme les populations exubérantes de l'Asie et de l'Europe, habitant les régions septentrionales de la zone tempérée.

C'est uniquement à ces populations barbares, que s'applique avec justesse le système de Malthus ; car leurs transmigrations immenses ont bien réellement pour cause primitive l'accroissement de leur masse dans une proportion qui dépasse celle de l'augmentation de leurs moyens de subsistance. Mais, ce système manque de vérité, quand on en fait l'application aux peuples civilisés; puisque chez eux la fécondité diminue en raison des progrès de l'État

social, tandis que les ressources alimentaires sont étendues et multipliées par tous les moyens que donne l'intelligence publique et qu'agrandissent chaque jour les sciences et les arts.

Une exploration des naissances de la France, pendant une longue période, complétera les recherches que nous venons d'exposer. Elle embrasse quatre-vingts ans et s'appuie sur deux séries de documents officiels les plus authentiques que possède la science, sur ce sujet important.

3° Statistique des naissances en France 9 à la fin du dix-huitième siècle et depuis le commencement du dix-neuvième.

Cette partie importante des mouvements de la population est mieux connue en France qu'ailleurs, parce que les actes civils comprennent les enfants nés dans toutes les communions, sans distinction de cultes, et que Fagroupement de notre population est si considérable que chaque année voit près d'un million de nouveaux nés.

Dans le midi de l'Europe, la constatation des naissances étant abandonnée aux sacristies, les enfants des dissidents ne peuvent être enregistrés avec ceux qui appartiennent au culte dominant, et ils sont tenus en dehors de la population, comfrie des fruits de l'hérésie. C'est seulement depuis quelques années que l'Angleterre, tranchant dans lë vif des prétentions de l'Eglise anglicane, lui a retiré la constatation des naissances, des décès et des mariages, et a constitué pour leur enregistrement, une administration civile générale, fort bien organisée.

Nous exposerons dans les pages suivantes : 1° Quel était le nombre annuel des naissances en France avant la révolution, et quels étaient leurs rapports avec la population ;

2o Combien de naissances ont eu lieu depuis le commencement du siècle.

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