‹ Éléments de statistique; principes généraux de cette science, sa classification, sa méthode, ses opérations, ses divers degrès de certitude, ses erreurs et ses progrès; avec son application à la constatation des faits naturels, sociaux et politiques, historiques et contemporainsChapitre 27 sur 72 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LES MARIAGES

Un grand événement de l'existence humaine, est celui qu'on est convenu d'appeler : le plus beau jour de la vie. Il est inutile de dire que c'est le mariage.

Sans agir directement sur la population , comme les naissances et les décès, il a pourtant une grande influence sur elle, puisqu'il constitue la famille, donne aux femmes un protecteur, et aux enfants le soutien de leur faiblesse. Toutefois, et malgré le sceau de la religion et de la société, c'est un acte qu'on a toujours traité fort légèrement. Les rois Mérowingiens et Karlowingiens avaient, sans faute; une demi-douzaine de femmes légitimes, contemporaines, iion compris les autres. Les princes de la troisième dynastie étaient plus réservés ; au lieu de les prendre ensemble, ils divorçaient pour les avoir successivement; mais alors le Saint-Siège intervenait, fulminait contre les unions nouvelles, maudissait les époux, les séparait et mettait le royaume en interdit, c'est-à-dire, sans sacremënts, sans sépulture, et hors la lbi de l'Église et de Dieu. Les mariages de nos rois attirèrent les foudres papales sur la France sept ou huit fois.

LES MARIAGES. 207

Quand la révolution survint, ce fut autre chose. On introduisit la liberté dans le mariage, et comme de raison, la licence se mit en son lieu et place. L'abus du divorce devint si grand, qu'il fallut de nouveau river les fers des époux; et depuis un demi-siècle rien? si ce n'est beaucoup d'argent et de scandale, ne peut les désunir.

On ne saurait méconnaître que jadis la foi conjugale n'était pas mieux gardée, si, du moins, nous en jugeons par les rois. Il n'en est guère, excepté saint Louis et Louis- Philippe, qui n'aient vécu dans l'adultère; et il y en a, comme François Ier et Louis XV, dont on ne peut compter les méfaits conjugaux, tant ils ont été nombreux. On conçoit bien que la cour suivait l'exemple du prince, et la ville l'exemple de la cour.

Il est intéressant de savoir, par des chiffres certains, si les mariages ont diminué de nombre pendant les grandes vicissitudes de notre temps, et s'il y a quelque fondement à l'opinion qui attribue à la corruption du siècle, le décroissement des unions conjugales. Le tableau suivant donnera la solution de ces questions.

NOMBRE DES MARIAGES EN FRANCE, ET LEUR PROPORTION A LA POPULATION MOYENNE, DE 1770 A 1850.

Périodes.

Population

Moy. des mariages

Proportion

moyenne.

annuels.

à la population.

sur 123 habit,

Périodes. Population Moy. des mariages Proportion

moyenne. annuels. à la population.

sur 128 habit.

Avant la révolution de 1770 à 1784, les mariages et les naissances s'élevaient à des nombres très-grands proportionnément à la population, mais les décès les surpassaient encore, et laissaient vacantes des places d'époux et de pères. Il y avait en moyenne un mariage sur 107 habitants. C'est un terme extrême.

De 1800 à 1815, presque tous les hommes d'âge viril étant à l'armée, il n'y eut qu'un mariage sur 134 personnes.

La paix établit une proportion d'un sur 128 à 122.

En 50 ans il s'est fait 12,400,000 mariages, sur une population moyenne de 31,473,000 habitants. A raison de 250,000 par an, c'en est un sur 126,000 personnes.

De 1800 à 1826, il y a eu : 5,620,840 mariages ; Et de 1826 à 1850, — 6,778,771 —

Pendant la première période, la population moyenne était de 29,161,000 habitants, et pendant la seconde de 33,823,000. Pendant Tune, il y eut un mariage sur 135 personnes et pendant l'autre un sur 124; différence d'un douzième attribuable aux effets de la guerre et à ceux de la paix. C'est évidemment une influence éventuelle et temporaire.

LES MARIAGES. 2G9

Une décadence inorale eût agi durablement.

Le nombre des divorces, prononcés légalement, pendant les 15 premières années de ce siècle, fut ainsi qu'il suit, d'après les tableaux de dénombrement, par département, déposés aux archives de l'État.

1802 133 divorces.

An XIV, lOOj. 4G —

1809 19G divorces.

En 15 ans et trois mois, il y eut 5,794 divorces, ce qui fait année moyenne 386; mais si Ton écartait Tan XI, ce nombre serait réduit à moins de 220. En effet, par des causes qui nous échappent, il y eut, de 1802 à 1803, un nombre extraordinaire de divorces. Le seul département de la Loire en compta 815, celui de Seine-et-Oise 129, et la Seine-Inférieure 104. Les autres années n'offrirent rien de semblable.

Les départements où les divorces étaient les plus multipliés, sont ceux ci-après. En 15 ans, il y en eut :

Dans la Seine 1,719

Dans la Seine-Inférieure 249

Dans le Bas-Rhin 204

Dans le Rhône 178

La proportion des divorces au nombre des gens mariés

nous fournit un résultat inédit , et contradictoire aux idées qu'on a communément sur ce sujet.

Il y avait, en 4801, 10 millions de personnes mariées, et en 1821, 11,207,000; ce qui fait pour la première époque., 5 millions de mariages alors existants, et pour la seconde 5,600,000. La moyenne des 15 années ne faisant monter qu'à 377, ie nombre des divorces, il s'ensuit qu'il y en avait un seulement sur environ 14,000 mariages, ou plutôt un sur 26,000, si l'on élimine l'année 1803, dont le chiffre est suspect, et si l'on réduit à 200, la moyenne annuelle.

Il est évident qu'un acte aussi exceptionnel ne peut avoir aucune influence sur les mœurs publiques d'un pays.

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