POPULATION DES ETATS DE L'EUROPE EN
No» d'ordre.
Nombre
Rapport partiel
d'habitants.
au total général
un
58me
un
un
un
Grande-Bretagne et Irlande.
un
un
un
un
un
Autriche, avec les Pays-Bas.
un
un
un
Italie
un
un
Total 144,561 ,000 habil.
Ce tableau est formé de chiffres officiels ou authentiques publiés, il y a 64 ans, soit par les gouvernements, soit par les statisticiens les plus renommés.
On est fort surpris d'apprendre par ces témoignages qu'alors l'Europe était si mal peuplée qu'elle n'avait pas plus de 336 habitants par lieue carrée moyenne, ce qui attribuait à chacun d'eux près de 600 ares. .
On ne comptait, en calculant les nombres partiels de chacune des contrées du continent et de ses îles, qu'une population totale de 144 millions et démi, répartie entre quinze Etats principaux. On conçoit que, dans des limites si étroites, les armées les plus considérables fussent seulement de 30 à 40,000 hommes, et que les puissances orientales éprouvassent perpétuellement la crainte de l'invasion des Turcs.
Au premier rang des États de l'Europe était la France qui possédait près de 25 millions d'habitants. Depuis Louis XIV sa population s'était augmentée d'un quart, et cependant, sur quatre personnes qu'elle a maintenant, elle n'en avait alors que trois ; chacune participait à une étendue de terre plus grande de 33 pour 100 qu'aujourd'hui, et pourtant la population n'en tirait aucun avantage, puisqu'elle était affamée la moitié du temps.
Il est vrai que cette situation était également celle des autres parties de l'Europe. Les trois royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, qui forment une puissance dont aujourd'hui la richesse, la population et la prépondérance sont si grandes, n'avaient que 775 habitants par lieue carrée de leur territoire. Ils en ont aujourd'hui 1,750, et dans ces belles îles a eu lieu en 60 ans, le doublement de leur population, grâce à l'influence bienfaisante de l'agriculture, de l'industrie et d'un commerce sans pareil dans l'histoire du monde. Le nombre de leurs habitants a gagné 130 sur 100; et un pays, qui ne valait guère plus que les Deux-Siciles, s'est élevé au premier rang des puissances civilisées par l'activité. Inintelligence et le courage <l(- ses populations.
L'Empire russe qui n'avait pas plus de 2-4 millions d'habitants en 1788, c'est-à-dire une population moindre que celle qu'avait alors la France, a presque triplé cette masse d'hommes, en l'espace de 60 ans, par ses conquêtes, ses alliances et l'habileté de sa diplomatie.
L'Autriche jointe aux Pays-Bas n'avait que 19 millions et demi d'habitants, sous le règne de Joseph II ; elle en aurait eu plus de 28, si l'Allemagne s'était ralliée tout entière à son empire; mais une grande partie des princes de cette confédération féodale étaient ses adversaires naturels, et s'appuyaient sur la France.
La Prusse ne tenait que le neuvième rang parmi les États de l'Europe; elle n'avait que le quart de la population de nos provinces.
La Russie, l'Autriche et la Prusse avaient ensemble 50 millions d'habitants en 1788 ; elles en comptent à présent 110,545,000 ou beaucoup plus du double. Ces puissances ont gagné 60 millions par leur accroissement naturel et surtout par l'invasion des pays limitrophes de leur territoire. Eu suivant cet exemple, la France devrait avoir une population de 50 millions; et les conquêtes de la République et de l'Empire, qui avaient réuni 42 millions d'habitants, étaient encore loin de leur compte.
A l'époque que retracent ces aperçus, la Pologne, quoique abaissée et réduite, existait encore. Le Danemark possédait la Norwège qui devait devenir un jour la compensation de la Finlande, enlevée à la Suède par la Russie. Enfin la Turquie combattait encore avec courage, et quelquefois avec bonheur, pour défendre son territoire contre l'Autriche et l'Empire russe, séparés ou réunis. Ses peu*
pies se souvenaient encore du chemin de Vienne et de Moscou.
Un demi-siècle seulement a passé sur cet état de choses ; et l'Europe de 1788 a cessé complètement d'exister.
Le royaume de Pologne, cette barrière opposée jadis aux irruptions des Turcs, et des Slaves, a disparu de la carte des pays indépendants.
La Turquie a perdu ses provinces orientales d'Europe et une partie considérable de celles d'Asie.
La Suède s'est accrue de la Norwége; mais en lui enlevant la Finlande, ses ennemis se sont avancés jusqu'en face de sa capitale, et Stockholm est bloquée par Sweaborg comme Constantinople l'était, il y a peu de temps, par Sébastopol.
L'Allemagne est enclavée entre les armées prussiennes et autrichiennes et enlacée dans les mariages de ses souverains.
Les annexions, qui ont agrandi l'Autriche et la Prusse aux dépens de la Pologne, de la Saxe, de l'Allemagne, de la Turquie, de l'Italie et de la France, ont doublé la population de ces deux puissances, et l'ont accrue de 26 millions à 54.
La France après avoir embrassé, dans son territoire agrandi, plus de 42 millions d'habitants, est rentrée dans ses anciennes limites qui même ont été ébréchées.
Le tableau suivant va montrer l'Europe, telle que l'ont faite les événements accumulés depuis 1788, en l'espace de 64 ans. Les chiffres, dont il est formé, appartiennent tous, la Turquie exceptée, à des dénombrements officiels pleinement dignes de foi.