POPULATION DES ETATS DE L'EUROPE EN
N«sd ord.
Lpoques.
États.
Nombre
Rapp. parti
d'habitants.
sur 1,000.
Russie d'Europe (1 ). . .
Pologne et Finlande. . .
Gr. Bretagne et Irlande.
Allemagne prop. dite. .
Autriche, sans l'Ilal. (2) ,
1 0,Ol;U,UUU
Italie, avec la Lombard.
Nous diviserons les pays énumérés, dans ce tableau, en deux catégories : d'abord ceux qui ont agrandi leurs territoires et leurs populations par des conquêtes ou des usurpations, indépendamment de l'accroissement naturel de leurs habitants par l'excédant annuel des naissances sur les décès, et ensuite les pays qui doivent uniquement à cet excédant l'augmentation de leurs populations.
(1) 56,660,000, exclusivement aux domaines hors de l'Europe. [î] Avec l'Italie autrichienne, 36,950,000 habitants.
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Lorsquen jetant un coup d'œil sur la société actuelle, nous y découvrons des fortunes subites, colossales et mal acquises, nous sommes tentés de douter de l'intervention du ciel dans les affaires d'ici-bas. Qu'est-ce donc, quand il s'agit de la destinée de vingt à trente millions d'hommes, qui ont vu périr leur illustre et malheureuse patrie, et qui perdent à la fois leurs lois, leurs institutions, leurs libertés civiles et politiques, et jusqu'à leur nom national ?
Au milieu du dernier siècle, il y avait parmi les premiers peuples de l'Europe une race vigoureuse, intrépide, dévouée, qui servait de boulevard à la chrétienté contre les invasions des Turcs, et qui avait sauvé de la dévastation la capitale de l'Autriche, près de tomber en leurs mains. Cette race habitait un vaste pays nommé la Pologne. Il faut en garder le souvenir, car elle est un terrible exemple des malheurs que produisent les discordes civiles et les trahisons. Sa triste destinée nous apprend à quel sort la France était réservée, si les mêmes ennemis, secondés par les mêmes auxiliaires, avaient triomphé, en 1792, des jeunes armées de la République.
Voici, en quelques chiffres, quel fut ce déplorable événement accompli en face de la France et de l'Angleterre, gouvernées alors, l'une par Louis XV, le Sardanapale de l'Europe moderne, l'autre par Georges III, roi dont la vie alternait entre l'imbécillité et la folie.
En 1772, trois souverains qui passaient pour réformateurs, bienfaisants et même philosophes : Frédéric II, roi
DE LA POPILATION DE LEUROPE. 4$8
de Prusse, Joseph, empereur d'Allemagne, et Catherine II, impératrice de Russie, conclurent un traité secret pour attaquer de toutes parts la Pologne, la démembrer et partager ses provinces et ses populations. Les deux puissances qui seules pouvaient s'opposer à l'accomplissement de ce pacte s'entre-déchiraient alors, et sacrifiaient à des intérêts d'outre-mer, l'avenir des peuples de l'Europe, menacés dans leur indépendance et leurs libertés.
Le premier partage ne put engloutir tout l'immense territoire de la Pologne; il en fallut un second en 1793, suivi, en 1795, d'autres usurpations. L'Angleterre n'était occupée, dans ce temps, que d'étouffer la révolution française, qui ayant assez à faire de se défendre contre les coalitions qu'elle lui suscitait, ne put empêcher le peuple polonais de périr. Les événements firent voir ce que devait produire ce désastre. Bientôt nos armées rencontrèrent celles de la Russie partout : en Hollande, aux îles Ioniennes, en Italie, en Suisse, et ensuite sur les champs de bataille de l'Allemagne, de la Prusse, de l'Autriche, et jusqu'aux barrières de Paris.
Le partage de la Pologne donna les territoires, dont l'étendue est ci-après exprimée, à chacune des puissances qui s'étaient liguées pour sa ruine :
Prusse 13,500,000 hect. 6,833 1. carr. 19 sur 100
Autriche... 16,600,000 — 8,402 — 2! — Russie 43,600,000 — 22,074 — 60 —
Totaux. . 73,700,000 hect. 37,309 1. carr. 100
Ainsi, par ce pacte, la Prusse acquit environ un cinquième de la Pologne et agrandit son territoire d'une
province, le grand-duché de Posen, égale au quart de la France, et peuplée de plus d'un million d'habitants. Des transactions où l'adresse diplomatique tint lieu du génie de la guerre, lui valurent bien plus que toutes les victoires de Louis XIV n'avaient apporté à la France.
L'Autriche eut au même prix la Gallicie et la Boukovine, beaucoup plus étendues que l'Angleterre et peuplées d'environ cinq millions d'habitants comme la Belgique ou la Suède avec la Norwége.
Enfin la Russie se paya elle-même par une triple part montant aux trois cinquièmes du territoire de la Pologne.
Les pays qu'elle envahit successivement, égalent en étendue la Grande-Bretagne ou la Turquie d'Europe, et deux fois le territoire de l'Allemagne proprement dite.
Bien d'autres annexions ont eu lieu depuis aux dépens des États les plus faibles et au profit des plus forts. Nous les rappellerons brièvement pour montrer comment trois puissances ont doublé et triplé leurs populations en joignant à l'accroissement naturel des habitants de leurs anciens territoires celui qui appartient à leurs nouvelles acquisitions. Il importe de distinguer, dans leur prodigieuse fortune, la part qu'elles peuvent revendiquer légitimement.
1° Au premier rang de ces puissances, et s'élevant audessus de toutes les autres, est la Russie. Sa population s'est augmentée, en 64 ans, de 33 millions ou presque 440 pour 100, proportion prodigieuse et vraiment effrayante, qui relègue parmi les mythes les plus fabuleux le système d'équilibre européen. En y joignant ses domaines d'Asie et d'Amérique, au lieu de 56 millions et
demi d'habitants, il faudrait lui en donner 65, c'est-à-dire plus d'un quart de la population totale de l'Europe.
Le tableau suivant indiquera quels succès a obtenus la Russie de ses armes et de sa politique pendant une période de quatre siècles, qui a suffi pour transformer une horde d'Asiatiques en une puissance formidable pour l'Europe.