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NUTRITION 61 le bord externe (côté de l'écorce) est plus dense, plus coloré que le bord interne (côté de la moelle).

On peut donc exactement savoir l'âge d’un arbre, en comptant les couches ligneuses de la base du tronc. On pourrait aussi arriver à la même détermination, en fendant la tige dans sa longueur ; car on devrait retrouver, de cette manière, la série de couches dont on voit les cercles sur la tranche du bois. Mais, comme les fibres vues dans leur longueur sont difficiles à distinguer, la détermination serait moins sûre.

Nous avons vu qu'en même temps qu'il se forme une couche de bois, il se produit une couche de fibres corticales ; on devrait donc retrouver dans ‘écorce une succession de zônes pareilles à celles qu'on voit dans le bois. Cette série de couches corticales existe en effet, mais pendant peu d'années. Le grossissement du bois et l'application successive de couches nouvelles à l’intérieur de l'écorce font que les fibres formées les premières sont peu à peu repoussées à l'extérieur ; les couches cellulaires, subéreuses, et l'épiderme qui les recouvraient, distendus par cette force intérieure, prennent une apparence rugueuse, s'écaillent et tombent par parcelles ou par larges plaques. Les fibres corticales,

-situées immédiatement au-dessous, subissent plus

tard le même sort; de sorte que les couches li-

gneuses vont en se superposant toujours, tandis que celles de l'écorce se détruisent au dehors au

fur et à mesure qu'elles se produisent au dedans.

Si l'exposé des lois de la croissance des bois est suffisamment clair, le lecteur peut, dès à présent, en déduire toutes ses conséquences pratiques. Ainsi, il comprendra sans peine comment une empreinte apposée sur un arbre, pourvu qu'elle atteigne le bois, sera recouverte par toutes les couches ligneuses qui se produiront postérieurement. Si, au contraire, l'empreinte n'attaque que l'écorce, elle se dilatera comme celle-ci, deviendra rugueuse, et finira par disparaitre avec les couches sur lesquelles elle a été apposée.

Pour donner une idée aussi nette que possible de la structure d'un arbre, nous représentons ci-contre

la coupe d'une tige de trois ans, fendue par son milieu dans toute sa longueur (fig. 13).

Fig. 13. — Tige d'un arbre de 3 ans, — Section longitudinale Au centre, le canal médullaire que recouvrent les couches* annuelles du tissu ligneux,

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On voit que cette tige est formée de trois troncons, placés bout à bout, Chacun d'eux est la pousse d'une année. Les branches latérales, dont on voit la base, sont exactement composées comme le tronçon né en mème temps qu'elles, et chacune peut ètre considérée comme un nouvel axe d'où naîtront d'autres branches, qui donneront à l'arbre sa forme caractéristique. Si toutes les feuilles devenaient l’origine d'un bourgeon, et si tous les bourgeons se développaient, la ramification suivrait une loi très régulière, et tous les arbres de même espèce seraient identiques; mais l'avortement des bourgeons réguliers, la naissance de bourgeons adventifs, modifient cette ramification de manière à la rendre différente pour chaque individu, tout en conservant à tous ceux d'une même espèce une physionomie particulière, qui constitue le port de l'arbre.

Chaque printemps voit se reproduire les phénomènes que nous avons décrits. La sève s'élève, elle donne naissance à une production de bourgeons; la ge et ses ramifications s'allongent ; puis les feuilles naissent, entrent en fonctions, la sève s'élabore, descend et forme de nouveaux tissus, qui grossissent la tige et prolongent les racines.

Dans les premières années, alors que les lis- Sus sont encore Jeunes, l'ascension de la sève se

fait par la moelle, par les fibres, par les vaisseaux, par tout le végétal en un mot; mais au bout d'une période plus ou moins longue, suivant les essences, tous ces petits canaux s'engorgent, les matériaux charriés par la sève se déposent dans les fibres et rendent leurs cloisons de plus en plus épaisses. La partie centrale de l'arbre se solidifie ainsi peu à peu et finit par former ce cercle de couleur, souvent foncée, qu'on nomme le cœur du bois.

C'est alors par l'aubier, c'est-à-dire par la portion encore jeune, que s'opère l'ascension de la sève, et comme c'est entre l'aubier et l'écorce que s'applique chaque année la couche nouvelle de cambium, le cœur ne participe plus à la vie de l'arbre, laquelle se trouve tout entière reportée à sa circonférence.

Cette partie centrale, devenue inactive, n'a plus d'autre destination que de soutenir le végétal ; c'est un support sur lequel viennent s'appuyer les générations successives de bourgeons, support qui peut disparaître en partie sans entrainer leur mort. On voit, en effet, des arbres vivre, pendant des siècles, alors que leur tronc est entièrement creux.

Pendant que la tige du jeune arbre, dont nous avons suivi l’évolution, s'accroît en longueur et en grosseur, ses racines s'allongent par la formation constante de nouveaux tissus à leur extrémité, et

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NUTRITION 69 grossissent par l'application successive des couches ligneuses qui continuent celles de la tige. Lorsque les radicelles ont enlevé au sol ambiant les substances solubles qui entrent dans la composition de la sève, elles s'allongent pour atteindre un sol nouveau, elles s'enfoncent pour rechercher dans les couches profondes l'eau dont elles ont un besoin d'autant plus énergique que l'arbre grandit davantage. L'accroissement de l'arbre est d'autant plus prompt, qu'ila plus de feuilles ; aussi la surface des zones concentriques, qui en sont la mesure, va-t-elle en augmentant avec l'âge.

Au premier aspect, cela semble contredit par l'examen de la section d'un vieil arbre, car on voit souvent les couches les plus extérieures avoir une épaisseur très faible si on les compareauxmoyennes. Mais il ne faut pas considérer seulement l'épaisseur de la couche pour en déduire le volume de l'accroissement ; il faut tenir compte de la longueur

de cette zone. Or ceîte longueur va en augmentant

à mesure que la zone s'éloigne du centre. Ainsi, on peut dire, d'une manière générale, qu'un arbre

s'accroît toujours tant qu'il vit. On pourrait ajouter

que son accroissementirait toujours en augmentant, si des influences, que nous allons indiquer, ne venaient l arrèter.

Dans les premières années de leur existence, les L D

arbres de nos climats ont, en général, une végétation assez lente. Il s'écoule trois ou quatre ans avant qu'ils commencent à croître avec vigueur, mais lorsqu'ils ont passé cette première période sans éprouver d'accidents sérieux, ils entrent dans une phase d'activité qui se manifeste par un développement considérable en hauteur.

La force de la végétation se porte principalement vers le haut de la tige, qui s’augmente chaque année de la longueur du bourgeon terminal: Les branches latérales s'aceroissent aussi, mais comme la sève est appelée plus énergiquement vers le sommet, qui est mieux exposé aux rayons du soleil, leur développement n'est pas aussi actif. Il arrive un moment où les branches inférieures, privées de l'accès de la lumière par celles .qui les dominent, s'étiolent et imeurent, L'arbre qui, dans sa jeunesse, était ramifié dès la base, se dégarnit alors, et sa tige prineipale, qui porte le nom de fronc, prend la forme d'un cylindre plus ou moins irrégulier.

Cette marche de l'accroissement des arbres est facile à constater dans toutes les espèces de notre climat, mais c'est chez les résineux qu'elle se mani= feste avec le plus de clarté, à cause de la grande régularité de leur ramification.

Si l'on considère, en effet, un jeune épicéa, on le voit prendre, à l'âge de 4 ou 5 ans, une forme

- | NUTRITION 67 conique, déterminée par les verticillés de branches, se raccourcissant successivement du pied de l'arbre jusqu'à la base du bourgeon terminal, Vers 25 ou 30 ans, les branches basses commencent à s'étioler ; une pousse annuelle, qui a souvent 1 mètre et plus,

accroit chäque année la longueur de la tige; à

mesure qu'elle s'élève, les branches inférieures se

dessèchent, tombent, et le tronc se dégarnit. Vers l'âge de 60 à 80 ans, l’épicéa a acquis presque toute. sa hauteur; le jet terminal ne s'accroît plus que de quelques centimètres ; mais, en revanche, les branches latérales les plus élevées s'étalent horizontalement et forment, au sommet d'une tige haute de

2 et 30 mètres, une touffe qui donne aux vieux

épicéas un aspect entièrement différent de celui

qu'ils ont dans leur jeunesse.

Ce que nous avons précédemment dit de l’action

des rayons solaires donne l'explication de toutes les

S anomalies que présente la croissance des arbres. Il

suffit, en effet, de se rappeler que l'assimilation se

è fait toujours sous l'influence de la lumière, pour comprendre que le développement de la tige ou des

- branches doit toujours se produire du côté d'où elle arrive, Quand, par une cause quelconque, l'accès de la lumière est intercepté, l'assimilation cesse, et | 2 partant l'accroissement.

C'est pour cela que les arbres dominés s’étiolent et

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meurent. C'est encore pour la mème cause que les arbres en massif s'élèvent beaucoup plus haut que ceux qui poussent isolément. L'ombrage des bran-

ches supérieures, qui met obstacle au passage des

rayons du soleil, fait dépérir peu à peu les branches basses, et les tiges sont toujours sollicitées à s’élever pour atteindre la couche baignée de lumière.

Dans les arbres isolés, au contraire, la lumière arrive de tous les côtés; les branches latérales prennent un grand développement et se couvrent d'un feuillage abondant.

Cette ramification puissante empêche la pousse terminale de devenir prépondérante. Aussi voit-on, le plus souvent, les arbres plantés dans ces conditions avoir un tronc peu élevé, mais gros, des branches nombreuses, fortes, et une forme arrondie tout à fait différente de celle des arbres de mème espèce venus en massif, Ces derniers, en effet, ont des branches peu volumineuses, s'étalant à l'extrémité d'une tige très élevée et relativement grèle.

L'art forestier repose en partie sur la connaissance des lois de l'accroissement des arbres, il est donc très essentiel de se rendre bien compte des divers organes qui concourent à cette fonction. Les détails dans lesquels nous sommes entré sur l'assimilation par les feuilles, la formation successive des

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couches ligneuses, l'absorption par les racines, doivent suffire pour faire comprendre que, si les racines sont nécessaires pour fournir à la plante l'eau dont elle a besoin, les feuilles sont indispensables pour puiser dans l'air le charbon qui formera les cellules, les fibres et les vaisseaux dont est composé tout végétal. Il faut donc qu'il y ait, entre les organes d'absorption (racines) et ceux d’assimilation (feuilles), une corrélation naturelle que l'art doit chercher à produire et à conserver, afin d'obtenir, dans un espace et dans un temps donnés, la formation de la quantité la plus grande possible de matières ligneuses ; ce qui est le but de la culture forestière.

La vie d'un arbre se compose de trois périodes, dont la durée est variable suivant les essences et les conditions locales.

La première, celle de la jeunesse, se manifeste à l'extérieur par la tendance de la tige à s'élever. Pendant cette période, le feuillage est abondant, l'écorce est lisse et saine, les jeunes pousses sont longues et droites. La deuxième période est celle de la maturité. Pendant sa durée, l'arbre cesse peu à peu de croître en hauteur, mais son accroissement en grosseur ne subit pas de ralentissement. Les branches prennent un grand développement, le feuillage reste vigoureux, l'écorce est encore saine,

mais elle devient rugueuse ; l'arbre prend une tête arrondie.

A cette période succède celle de la décrépitude, qui se termine par la chute de l'arbre. La décrépitude se manifeste d'abord par le desséchement de l'extrémité supérieure de la tige, qui ne reçoit plus assez de sève pour continuer à s'élever. Les branches du sommet meurent les unes après les autres et tombent, les chicots restés adhérents à la tige se décomposent. Les eaux pluviales, qui coulent le long de la tige et des branches, retenues par ces chicots devenus spongieux, s'infiltrent entre l'écorce et le bois, désorganisent les tissus et occasionnent ces suintements noirâtres qui se prolongent jusqu'à la base du tronc.

En même temps, les couches centrales les plus anciennes subissent une décomposition lente produite par les réactions chimiques des substances dont elles sont formées. Cette décomposition commence au centre et à la base du tronc, La partie qu'on nomme le cœxr du bois change de couleur, prend un aspect terreux, et l'on voit se former au pied de l'arbre des ouvertures par lesquelles s'échappe un liquide noirâtre. Ces ouvertures laissent voir dans l'intérieur du tronc de grandes cavités pleines d'une poussière brune, qui n'est autre chose que le résidu de la décomposition du tissu ligneux.

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