‹ Éléments de sylvicultureChapitre 30 sur 68 · F'ORLNTU NUE LT TER · texte numérisé non relu

F'ORLNTU NUE LT TER

TAILLIS GEAR À © s'écartent peu à peu, il se développe à leur base des racines qui se relient directement à leurs tiges ; ils acquièrent ainsi une existence propre et deviennent presque indépendants de la souche mère, qui peut disparaitre sans entraîner leur perte. La vie des jets qui ont cru sur des étocs élevés estau contraire tou- Jours surbordonnée à celle de la souche. Il y a done toutavantage à adopter un mode d'abatage qui assure une durée presque indéfinie aux taillis. Malgré ses avantages, la coupe rez-terre ne peut être pratiquée partout. Dans les bois mouilleux, où l'eau couvre le pied des arbres au printemps, les souches ne produiraient pas de rejets, et seraient exposées à périr si leur section se trouvait au-dessous du niveau de l'eau. Dans les sols ainsi exposés aux inondations, il faut donc conserver des souches plus hautes que dans les terrains secs.

Les chènes verts ou yeuses des climats méridionaux, qui croissent ordinairement sur des collines calcaires très arides, demandent à être exploités entre deux terres ; il en est de même des essences qui drageonnent facilement.

Les hètres, au contraire, paraissent donner plus aisément des rejets, lorsque l'on tranche dans le jeune bois. Cette essence repousse difficilement de souche dans certaines régions de France, et lorsqu'on la traite en taillis, il faut avoir égard aux ha-

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bitudes locales, sous peine de compromettre la régénération. — La conservation des brins traînants qui entretiennent le mouvement dela végétation paraît favoriser la production des rejets; ilest certain que dans certaines contrées, le Morvan par exemple, des souches de hètres âgées de plusieurs siècles conservent encore toute leur vitalité, grâce à un mode d'exploitation qui consiste à ne jamais les dépouiller complètement des rejets, et à toujours couper au-dessus du nœud de l'exploitation précédente.

Il est convenable d'ajouter que ce mode, plus propre à créer des haïes et des bordures de champs que de véritables taillis, produit des souches énormes, s'élevant à chaque exploitation et qui finissent par prendre l'apparence de masses rocailleuses sur lesquelles sont implantés des rejets vigoureux quoique d'’âges trèsdivers.

Dans quelques contrées, les exploitants, propriéaires ou marchands de bois ont laissé s'introduire l'usage d'abandonner aux bûcherons les déchets de l'exploitation : bois mort, copeaux d'abatage, souchons, etc., qui ne peuvent entrer dans les cordes. Is ont cru par cette concession obtenir des prix de façonnage moins élevés, mais ils voient maintenant qu'ils se sont bien trompés. Pour augmenter la quantité de ces bois d'ouvriers, les bûcherons coupent les brins de taillis, non rez terre, comme il est

prescrit, mais bien plus bas, et pour rendre ce tra-

vail plus facile, ils se servent de l'outil nommé piémontaise, avec lequel ils détachent les brins de taillis avec une partie de la souche, ce qui compromet le recru ; puis ils détachent à la scie le souchon dont ils exagèrent la longueur. Grâce à ces pratiques les bois dits d'ouvriers, qui ne devaient comprendre que des produits sans valeur vénale, prennent une grande importance au détriment du propriétaire dont la coupe est mal exploitée et du marchand de bois qui paye en nature le büûcheron plus cher que s'il le payait en argent,

Il est difficile de supprimer cet abus auquel les bûcherons tiennent beaucoup, mais le propriétaire

qui tient à ne pas laisser détériorer ses taillis doit

interdire absolument l'emploi de la piémontaise à

l'abatage du taillis. S'il peut d'ailleurs stipuler dans les traités quil fait avec les bûcherons que ces derniers n'auront le droit de profiter d'aucuns déchets d'exploitation et que les copeaux d'abatage et les souchons emmettrés comme Jes autre bois seront vendus de même, il aura mis fin à des abus qui deviennent d'autant plus graves que les bûcherons syndiqués trouvent dans quelques députés des défenseurs très énergiques.

L'abatage se fait ordinairement après la chute des feuilles et avant la saison oùla sève se met en mou-

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vement. L'époque la plus favorable est la fin de l'hiver, car les souches n'ont pas à redouter alors les gelées, qui les font gercer et qui détruisent l'adhérence de l'écorce. Il y a un moyen très efficace et très simple de préserver les souches de cette cause de destruction, c'est de les recouvrir de feuilles mortes et de terre aussitôt après l'abatage. — Il faut éviter d'exploiter par les fortes gelées, les bûcherons profiteront des moments de grands froids pour faconner les bois abattus.

Il est important de ne pas retarder l'exploitation jusqu'à l'époque où la sève est en mouvement. Si cependant les bois sont destinés à ètre écorcés, il est indispensable d'attendre le moment de la sève; c'est une des conditions de ce mode d'exploitation; mais alors on devra obliger les exploitants à abattre les bois au fur et à mesure de l'écorçage, ou mieux encore à n'écorcer que des bois abattus. Dans certaines contrées, les brins écorcés sur pied ne sont abattus qu'à l'automne qui suit l'écorçage, c'est une méthode des plus vicieuses. Malgré l'enlèvement de l'écorce sur la tige et les grosses branches, les bourgeons des rameaux se développent, les feuilles s'élalent; mais la sève qu'elles élaborent ne peut se transformer en cambium, puisque l'enlèvement de l'écorce a fait disparaître le liber, elle se perd donc par évaporation. Les racines, ne recevant

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TAILLIS 119 pas de sève descendante, ne peuvent s'allonger, les malières nutritives qu'elles contenaient s'épuisent el la souche perd ainsi toute sa puissance reproductive.

Dans les bois soumis au régime forestier, labatage doit ètre terminé le 15 avril et le façonnage des ramiers le 1% juin suivant; ces limites ne devraient jamais ètre dépassés, onles réduir amêème autant que possible dans les pays où la végétation est précoce.

Le façonnage et le transport à travers la coupe, lorsque les rejets apparaissent, occasionnent la perte de beaucoup d'entre eux. Ces jeunes brins sont tendres et cassants ; le passage des ouvriers, le transport des ramiers en détruisent une grande quantité. Les retards apportés au faconnage ont des conséquences plus graves qu'on ne le croit généralement. La perte ne se borne pas à une année de croissance, car les rejets ainsi détruits ne sont souvent pas remplacés. L'herbe qui envahit les coupes après l'exploitation étouffe souvent les rejets qui

nont pas un certain développement à la première

feuille. 1)

La vidange s'effectue pendant l'été et l'automne de l’année de l'exploitation ; dans les bois soumis au régime forestier, elle doit ètre terminée au 15 avril

de l’année suivante. Les facilités plus grandes que

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les propriétaires accordent sont très nuisibles au

bon état des taillis.

Le transport des bois se fera autant que possible par les temps secs ou les fortes gelées, ce sont les moments les plus favorables pour les voituriers, ce sont aussi ceux où les chemins ont le moins à soutfrir du passage des voitures.

Dans les pays où les traîneaux peuvent être employés, il sera très avantageux et très économique de profiter des temps de neige pour enlever les bois à l'aide de ce moyen de transport.

Réserves. — En définissant l'opération qui porte le nom de balivage, nous en avons signalé l'importance. C'est, en effet, de la manière dont on procède à la marquedes réserves que dépendent le bon état et la richesse d'un taillis sous futaie.

Un balivage bien fait doit tendre à conserver toujours la valeur de la futaie sans diminuer celle du

taillis. Ce but est difficile à atteindre. La physiologie .

végétale nous apprend, en effet, que tout obstacle apporté à l'accès de la lumière est une cause de ralentissement de la végétation. Les arbres réservés sur les taillis doivent donc arrèter sa croissance. D'un autre côté, si l'on tient à ne pas diminuer la richesse d'un peuplement, il faut toujours réserver des baliveaux, des modernes et mème des anciens en assez grand nombre pour remplacer ceux qui

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sont abattus à chaque exploitation, Voici les règles indiquées par la théorie et confirmées par lexpérience, qui permettent de satisfaire à peu près à ces deux exigences contraires.

Choisir autant que possible les baliveaux parmi les brins de semence, sans exclure les rejets de souche qui ont le pied sain. Ne marquer que des sujets dont la tète est vive et bien venante. Plus un arbre est élancé, moinsil est nuisible à ceux qu'il domine. On devra néanmoins ne pas réserver des brins trop orèles, car ils se courbent et se brisent lorsqu'ils se trouvent isolés. On préfèrera les essences qui dons nent un couvert léger, comme le chêne, le frêne, le bouleau, sans exclure cependant les hêtres et autres arbres à couvert épais ; mais on évitera de réserver les trembles, les bois blancs, qui donnent des semences légères, abondantes et d'une reproduction si facile que les taillis seraient bientôt envahis par les nombreux semis de ces essences de qualité inférieure. Dans les taillis de chêne, on pourra réserver, au besoin, quelques pins destinés à servir de porte-graines pour propager cette essence dans les clairières.

Les modernes devront être marqués parmi les baliveaux les mieux venants et les plus élancés des essences à couvert léger. On exclura de cette catégorie de réserves ceux des arbres conservés dans les

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exploitations précédentes qui donnent des marques de dépérissement, ainsi que ceux qui s'étalent et écrasent le taillis.

Les anciens seront choisis parmi les modernes les plus beaux. On évitera en général de marquer comme anciens les charmes et les hètres, qui donnent un couvert trop compact. A l'état de baliveaux ou de modernes, ces arbres ont pu être réservés sans nuire à la croissance du taillis, mais lorsqu'ils ont acquis un grand développement, ils arrêtent sa végétation sur toute la surface qu'ils recouvrent de leurs branches.

Les réserves devront toujours être espacées de manière à ne donner en aucun point un couvert trop épais ; on les espacera d'autant plus qu'elles seront plus touffues. Si le sol offre des pentes prononcées, la réserve sera moins abondante que dans les terrains plats. Elle sera plus serrée si l'expo= sition est chaude, et si le sol léger demande à être abrité.

La réserve doit être plus serrée sur les lisières que dans l'intérieur du bois. Les arbres qui croissent en bordure reçoivent plus de lumière et prennent plus de développement que ceux qui viennent dans le milieu des massifs. Ils protègent d'ailleurs le recru contre les intempéries, Ge ais

Dans les sols fertiles, où le taillis à une rapide

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croissance, on peut d'autant mieux mulüplier le nombre des modernes et des anciens que ces arbres, ayant une grande hauteur, gèneront moins le développement du sous-bois.

Dans les terrains maigres et secs exposés au midi, on marquera au contraire beaucoup de baliveaux, mais l'on conservera peu de modernes et encore moins d'anciens, parce que ces arbres ne prenant pas de hauteur, la valeurqu'ils acquièrent en restant sur pied ne compense pas celle qu'ils font perdre au taillis.

Entretien des taillis. — Les grands taillis et surtout ceux qui doivent ètre écorcés gagnent beaucoup s'ils sont nettoyés Dans ces nettoiements, on enlève les épines, les mort-bois et les brins trainants ; on ébranche les perches de chaque cépée de manière à favoriser leur croissance en hauteur ; on extrait les bois blancs s'ils sont en trop grand nombre. Ces opérations s'effectuent vers les deux tiers de la révotion. On avance ou on retarde le nettoiement suivant la vigueur de la végétation et la valeur des produits qu'on en pourra obtenir.

Les taillis de chène situés sur des sols maigres et sans profondeur, comme on en rencontre tant dans les montagnes granitiques, deviennent souvent très clairs. Lorsque ces bois ont été soumis à des exploitations réitérées et parcourus par les bestiaux, ils

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s'appauvrissent, la bruyère les envahit et les repeuplements par voie de semis naturels n'y réussissent plus. Les vieilles souches meurent alors les unes après les autres, et comme elles ne sont pas remplacées, le bois finit par ne plus se composer que de cépées éparses au milieu de clairières couvertes de bruyères, d'ajones ou de genèêts.

Ces taillis clairiérés occupent en France de vastes étendues ; ils témoignent de l'incurie de leurs possesseurs et de la négligence des personnes préposées à leur surveillance. Il n'est pas facile de restaurer des bois arrivés à cet état. Le premier soin à prendre, c'est de supprimer la cause première de l'appauvrissement du sol, le pâturage. Si cette suppression ne peut se faire en une année, on se bornera à mettre en défens les coupes au fur et à mesure de leur exploitation ; mais on ne permettra pas aux troupeaux d'y rentrer plus tard. On s'occupera ensuite de regarnir les vides.

Il paraît tout naturel de prendre pour cela des plants ou des graines de l'essence qui forme les taillis, et de s'en servir pour reboiser les clairières. Ce procédé n'est cependant ni le plus simple ni le plus économique. Dans les sols appauvris, comme ceux dont il s'agit, les plantations d'essences feuillues réussissent mal, et les semis sont étouffés par la bruyère.

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