SAUTER
REPEUPLEMENTS 107 Les bonnes graines sont fermes, bien remplies ; -leur saveur est franche et résineuse, La graine de l'épicéa est un peu plus grosse et plus allongée que celle du pin sylvestre, elle est d’une couleur moins foncée. Comme elle est beaucop moins chère, les marchands la mélangent souvént avec cette dernière, après l'avoir colorée en brun foncé. Pour reconnaître cette fraude, il suffira de prendre quelques graines et de les semer dans un vase rempli d'un terreau léger qu'on arrosera souvent avec de l'eau tiède. La germination s'opérera promptement et permettra de distinguer les pins sylvestres, qui naissent avee » ou 6.feuilles, des épicéas, qui ont presque toujours 9 feuilles séminales.
Les cônes du mélèze sont mûrs à la fin de lautomne, mais la dissémination ne se fait qu'au printemps suivant. Beaucoup de ces graines sont stériles, On récolte les cônes pendant l'hiver.
. La graine d'orme est mûre au commencement de Juin; elle se dissémine aussitôt. Cette graine est très abondante, mème chez les jeunes sujets: mais elle est très souvent vaine.
On récolte après la chute des feuilles les graines du charme, des érables et les chatons d’aune. La graine de bouleau est müre en août et septembre. Comme elle est très petite et pourvue d'ailes, sa dissémination est rapide. Les semences de.
168 SYLVICULTURE bouleau sont très souvent vaines, aussi est-il fort rare de voir réussir les semis artificiels de cette essence; mais comme elle se propage très bien naturellement et que les jeunes plants ne sont pas très fortement enracinés, on peut aisément trouver dans les bois des sujets propres à la plantation.
On prépare les terrains suivant que le semis doit ètre fait en plein, par bandes ou par poteis. Dans le premier cas, le sol est entièrement cultivé à la charrue ou à la houe. On emploie la charrue dans les terrains en pente douce ou en plaine, lorsque le sol n'est pas émbarrassé de roches ou de racines; on cultive à la houe les terrains accidentés ct ceux en général dans lesquels on ne peut se servir de la charrue. Il est parfois avantageux, pour débarrasser complètement des mauvaises herbes le terrain à reboiser, de faire, avant le semis des essences forestières, une récolte ou deux de céréales qu'on fait suivre d’une récolte de plantes sarclées, telles que pommes de terre, navets, etc.; on sème ensuite les graines forestières, après avoir donné une légère façon à la terre. Mais ce sont des moyens qui ne peuvent ètre employés que dans les sols de bonne qualité et dans les pays où la population agricole est nombreuse, conditions qui se présentent rarement dans les régions boisées. Le semis en plein est une opération coûteuse, surtout lors-
. REPEUPLEMENTS 169 qu'il s'agit de défricher des terrains argileux fortement gazonnés. Dans de pareils cas, il est plus économique de semer par bandes ou par potets. Mais on peut, sans dépense exagérée, semer en plein sur un terrain léger, couvert de feuilles mortes, de bruyères courtes et clairsemées ou précédemment cultivé, parce qu'alors on se borne à donner une légère façon au moyen d'un trident en fer’qui écorche le sol et en ameublit la surface.
Le râteau ordinaire à dents de fer n’est pas assez solide pour cet usage. Ses dents trop courtes égratignent à peine le sol; elles s'ébranlent d’ailleurs au bout de quelques instants et finissent par n'avoir plus d'action. Le trident recourbé (fig. 45), bien plus maniable et plus solide que le râteau, attaque assez énergiquement les
terrains les plus durs, et les sillons qu'il trace sont assez profonds pour loger les graines et les abriter.
On prépare le terrain pour les semis par bandes alternes, en ouvrant, soit à la charrue, soit à la
houc, des lignes parallèles espacées de 6o. centimètres à 1 mêtre, et d'une largeur de 30 à 50 centimètres. Les gazons qu'on extrait des parties ainsi cultivées sont rejetés sur le bord de la partie restée inculte, de manière à former un bourrelet qui garantit les jeunes plants de l'ardeur du soleil et conserve la fraîcheur à leurs racines. Dans les pentes, ce bourrelet doit être établi sur le bord inférieur de la bande cultivée, et celle-ci doit être parallèle à l'horizon. |
La préparation pour les semis par potets sé fait à Ja houe; on enlève les gazons de place en place sur une surface de 50 à 60 centimètres de côté, on les rejette sur le bord du potet, et l'on donne une bonne façon au terrain ainsi dénudé. Ces potets doivent être établis aussi régulièrement que le permettra la nature du terrain. On les espace suivant qu'on veut boiser serré ou clair. Que le semis doive ètre faiten oraines lourdes ou légères, en essences traçantes ou pivotantes, la meilleure manière d'assurer le sueccès de l'opération est d'ameublir profondément la ierre du potet. Les jeunes plants sont beaucoup mieux garantis contre la sécheresse lorsque leurs racines s'enfoncent dans une terre meuble que lorsqu'elles trouvent une terre tassée, que la chaleur pénètre bien plus aisément. Les grands travaux de reboisement faits depuis trente ans dans les terrains
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REPEUPLEMENTS 171 lés plus variés ont prouvé que l'ameublissement du sol est, pour la plupart des semis, une condition nécessaire de réussite.
On sème les graines lourdes, telles que glands, châtaignes, etc., dans des trous qu'on ouvre à la houe où au plantoir. Ces semences doivent être à peine recouvertes dans les terrains forts, un peu davantage dans les terres légères; on place deux graines au moins dans le même trou.
Les graines résineuses veulent être semées presque à fleur de terre; il suffit qu'elles soient à l'abri du soleil et du vent: On obtient ce résultat en les recouvrant, à l'aide d'un râteau, d'une couche très légère de terre végétale. Les semis artificiels de sapin et d'épicéa réussissent rarement sur des sols découverts; on doit de préférence employer le precédé des bandes alternes ou des potets. Si le sol est complètement découvert, il faudra abriter le semis avec des branchages, qu'on enlèvera après que les jeunes plants auront bien pris.
On a reboisé en pin sylvestre des terrains garnis de bruyères en répandant la graine à la volée lorsque la terre est recouverte des dernières neiges du printemps. La fonts de la neige entraîne la semence vers le sol, l'y fixe, et le jeune plant trouve à l'abri des bruyères les conditions nécessaires à sa végétation. Ce procédé économique ne peut être em-
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172 SYLVICULTURE 4 s ES ployé que dans des terrains assez profonds etgarnis de bruyères courtes. Si les bruyères sont hautes ï et épaisses, il faudra les brûler et semer deux ou 3 trois ans après l’'écobuage. TL Les jeunes plants, surtout ceux de chène et de d châtaignier, demandent à être débarrassés des herbes qui entravent leur croissance; ceux de hêtre et de sapin croissent mieux sous l'abri des plantes para- LA sites, pourvu qu'ils ne soient pas étouffés. Il faudra done parcourir les semis en les nettoyant des mau- à vaises herbes, repiquer dans les places vides les plants trop nombreux ailleurs, et surtout les garantir avec soin des atteintes du bétail.
On a préservé des semis considérables, en faisant répandre par les gardes quelques poignées de plâtre qu'ils faisaient passer pour de l'arsenic. La crainte de voir les bestiaux empoisonnés donnait aux bergers une vigilance qu'on ne pouvait obtenir autrement.
Plantations. — Les plantations se font en automne ou au printemps. Les bois feuillus peuvent être indifféremment plantés dans les deux saisons ; en pays de plaine, il est préférable de planter les résineux
en automne; en montagne, on les plantera au 4 printemps. |
Le succès d'une plantation dépend beaucoup du choix des plants et des soins qu'on apporte à les À
extraire et à les mettre en terre.
REPEUPLEMENTS 173 L'extraction sera faite de manière à ne pas endommager les racines, qui doivent rester fraîches et garnies de chevelu ; il ne faut pas employer des plants qui ont crû sous un couvert épais : ils sont rabougris et languissants.
Quand on ne peut se procurer des plants de pépinières, il faut choisir, dans les coupes d'ensemencement et sous les arbres réservés dans les taillis, les brins de semence les mieux venants; l'extraction de ces plants doit se faire par un temps pluvieux ; si le sol était désséché, on briserait toutes les racines. Les jeunes plants de chène doivent être arrachès à la bèche.
L'extraction des plants d'essences résineuses demande plus de soin encore que celle des feuillus ; leur reprise est plus difficile. Pour avoir un succès assuré, 1l convient de les planter en mottes ou par touffes ; c'est alors dans les pépinières qu'il faut se procurer les jeunes sujets. Nous indiquerons plus loin ia manière d'exécuter les plantations de cette nature.
Les plants doivent ètre garantis du froid et du soleil, et ne peuvent ètre longtemps conservés hors de terre. Les radicelles sont formées de tissus jeunes et tendres, qui se dessèchent avec une grande facilité ; quelques instants d'exposition au soleil suffisent pour les rendre impropres à remplir leur fonctions d’ab-
174 SYLVICULTURE sorption. Quand on transporte des plants, il faut done avoir grand soin de les tenir à l'abri en recouvrant les paniers de mousse fraîche ou d'une toile mouillée.
On ne se rend pas assez compte, en général, dés précautions qu'il faut prendre pour assurer la reprise d’un petit arbre, aussi les insuccès en matière de reboisement sont-ils très fréquents. On pourrait en éviter beaucoup avec quelques soins faciles et peu coûteux.
Si, pour une raison ou l'autre, on est obligé
de suspendre une plantation dont les sujets sont arrachés, il faut les mettre en jauge, c'est-à-dire les
placer provisoirement dans des rigoles, à l'ombre,
en recouvrant les racines d’une épaisse couche de bonne terre.
Les trous ou potets destinés à la plantation doivent èlre assez larges et profonds pour que les racines du plant s'y étalent complètement: si elles sont trop longues ou de forme irrégulière, on peut les raccourcir avec une serpe bien tranchante, en ayant soin d'y laisser assez de chevelu pour assurer la reprise. Avant de placer le sujet, on rejette au fond du potet la terre végétale qu'on a extraite, on entoure les racines avec la main, et l'on tasse légèrement de manière que la tige se tienne bien droite; on achève de remplir le trou, et l'on raffermit la
terre en pressant avec le pied.
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On a fait beaucoup de plantations en glissant simplement de jeunes plants dans l'ouverture pratiquée à la bèche dans des gazons compacts. Il est inulile de dire que la plupart de ces repeuplements ont manqué ; il faut, pour que le jeune plant reprenne, qu'il trouve une terre meuble et que les herbes ne gènent pas sa croissance.
La mise en terre doit êlre faite soigneusement: les jeunes brins ne reprenant qu'autant que les racines sont complètement entourées de terre ameublie ; la motte de gazon qui recouvrait le potet doit èlre rejetée sur son bord méridional pour préserver le plant de la forte chaleur.
Plus les sujets sont âgés, plus il faut mettre de soin à lés planter. On ne réussit à faire reprendre les résineux qui ont atteint l'âge de 6 à 8 ans qu'en les transplantant avec leur motte.
Pour assurer la réussite des plantations de chène ou de châtaignier, 11 n'est pas de meilleur travai qu'une culture à la houe ; on débarrasse ainsi les plants des herbes qui les étouffent ; leurs racines, trouvant la terre ameublie, sont alors dans les mreil-
leures conditions pour se développer.
Cette facon peut être donnée d'une manière peu dispendieuse quand on a fait la plantation sur un sol préalablement cultivé pour ètre ensemencé en pommes de terre ; les tubercules sont alors placés
176 SYLVICULTURE dans l'intervalle des plants, qui profitent des facons qu on donne au terrain.
L'espacement des plants varie suivant le but qu'on se propose d'atteindre; celui qu'on adopte généralement est d'un mètre dans tous les sens, il faut alors 10.000 trous par hectare ; il est utile d’aligner régulièrement les plantations, on y pratique plus facilement les cultures nécessaires et l'on est moins exposé à écraser les jeunes plants.
Lorsqu'on emploie des plants de haute tige, c'està-dire d'un mètre et au-dessus, les trous doivent être larges et profonds; il est utile de mettre autour des racines la meilleure terre végétale, c'est-à-dire celle qu'on trouve à la surface ; en y mélangeant du terreau de feuilles, on assure la reprise. Il convient toujours de battre légèrement la terre autour de la
tige. Dans les terrains très mouilleux, il faut seule-
ment enlever la superficie du sol, l'ameublir et placer le plant en recouvrant les racines de bonne terre végétale, qu'on butte assez haut.
Les plants de haute tige d'essences feuillus doivent être retaillés proprement. On fait cette opéra
ration en coupant à la serpe ou au sécateur les
branches principales, de manière à leur laisser seulement quelques boutons.
Les plantations de résineux par touffes s'exécutent au moyen de plants extraits des pépinières. On en-
“ sites tdi
REPEUPLEMENTS 177 léve à la bèche les jeunes brins par mottes de la grandeur d'une brique; on transporte ces plaques dans un panier ou une brouette, on les divise à la main de manière à avoir des mottes contenant de trois à six brins, on les place dans les trous préparés à l'avance, on garnit les interstices de terre et l'on arrose, s'il est possible.
Le recepage consiste à couper avec une serpe bien
tranchante chaque plant à 2 ou 3 centimètres au des-
sus du collet de la racine.
On ne recèpe que les plants de bois feuillus ; les essences résineuses ne supportent pas cette opération. C’est après deux années de plantation et lorsque la reprise des brins est bien assurée que le recepage produit les meilleurs résultats.
L'époque la plus favorable pour receper est celle qui précède la mise en mouvement de la sève.
Pépinières. — La créalion d'une pépinière est le plus sûr moyen d'obtenir des plants de bonne qualité, d'une extraction facile et d’une reprise presque assurée. Toute forêt bien soignée doit avoir sa pépinière, dont l'entretien est confié au garde du triage.
Pour établir une pépinière, il faut choisir un
emplacement abrité, en plaine on en pente douce ;
l'exposition du Nord doit être préférée pour les pépinières de résineux; si l’on peut disposer de quelques petits cours d'eau pour l'arrosement, ce
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sera uit précieux avantage qu'il ne faut pas nee ger. | TE
Le sol doit être défoncé à la bèche ou à la char rue etcomplètement nettoyé des mauvaises herbes ; 2 on peut profiter de cette première culture pour se- 4 mer des céréales ou des pommes de terre. Cette > dernière récolte est préférable, en ce sens qu'eile 2e: nécessite plus de façons et que la terre est complè- à
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tement ameublie par l'arrachage des tubercules.
L'ameublissement qu'on obtient par la culture ne suflit pas pour rendre tous les sols propres à l'éta-
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blissement d'une pépinière forestière, il faut encore transformer le terrain par des composts, afin quil. devienne assez léger et maniable pour qu'on puisse