CHAPITRE XII DÉGATS DES ANIMAUX
Les TROUPEAUX, — Bêtes à cornes, — Effets du pâturage dans les bois, — Défensabilité. — Bêtes à laine. — Dévastation des montagnés. — Mise en défens. — Chèvres. — Porcs. — LE GtBiEr. — Le cerf — Le daim. — Le chevreuil, — Le sanglier, — Le lapin. — L'écureuil, — Les pelits rongeurs. — LES CARNASSIERS. — Le loup. — Le renard. — Battues. — Appâts empoisonnés, — Fouines, putois et beleltes, — Chats. — LES oiseaux, — Gibier plume ; moyen de le conserver. — Oiseaux de proie, — Utilité des oiseaux nocturnes et des insectivores. — LES INSECTES. — Les bostriches. — L'hylésine du pin, — Le bombyx du pin. — Le hanneton. — La courtilière.
Les troupeaux. — Les forêts servent de retraite à un grand nombre d'animaux sauvages ; elles sont en outre parcourues par les troupeaux que l'homme y introduit pour qu'ils s'y nourrissent des berbages et des graines des arbres. La présence de tous ces animaux a, sur la végétation, une influence qu'il est nécessaire de connaître afin de savoir distinguer ceux qu'il importe d'écarter ou de détruire de ceux dont il faut, au contraire, favoriser la multiplication.
Les animaux domestiques, réunis en troupeaux
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nombreux, à l'abri de tout danger, sont plus nuisi-
bles aux forèts que Iles bèles fauves disséminées el exposées à tous les hasards de la vie libre, Comme d'ailleurs les dommages qu'ils causent peuvent être atténués et mème supprimés au gré de l'homme, il est bien plus aisé d'en constater les effets. C'est pour cela qu'avant de traiter des dégâls occasionnés par le gibier, nous parlerons de ceux que font les troupeaux.
Les animaux domestiques qu'on introduit ordinai-
rement dans les bois sont: les bètes à cornes, les
bèles à laine, les chèvres et les porcs.
Les bètes à cornes, qui se nourrissent d'herbes et de feuilles, détruisent une grande quantité de jeunes plants, soit en les broutant en même temps que l'herbe, soit en les écrasant sous leurs pieds. Elles mangent les feuilles tendres, les jeunes pousses, et, pour les attemdre, courbent avec leurs cornes les brins dont la cime est hors de la portée de leur bouche.
Le sol des massifs forestiers bien complets étant ordinairement dépourvu d'herbe, le bétail se rejette dans les cantons mal plantés et dans les clairières où
les herbages sont abondants; là il broute tous les
plants qui auraient pu garnir les vides, et il contribue
ainsi à maintenir, en l’aggravant, le mauvais état de
ces cantons. L'aspect d'un bois abandonné au par-
210 SYLVICULTURE cours diffère tellement de celui d'un bois en défens qu'il est impossible de s'y tromper.
Le bois interdit aux bêtes à cornes est peuplé de brins plus au moins serrés, mais formant massif ; les clairières, s’il y en a, sont garnies de morts-bois, au milieu desquels on voit surgir des bois blanes et de jeunes sujets d'essences précieuses. Les chemins intérieurs sont pelousés, des bordures épaisses entourent les limites extérieures ; la végétation envahit tout. Les bois livrés au parcours sont, au contraire, toujours parsemés de clairières garnies d'une herbe courte et serrée. Le peuplement se compose de cépées buissonnantes entremèlées d'arbres dont l'écorce est rendue luisante par le frottement réitéré des bètes à cornes. Les chemins piétinés portent des traces nombreuses du passage répété des troupeaux. Ces empreintes se retrouvent dans l'intérieur du bois et forment, quand le sol est argileux, des trous profonds où l'eau séjourne. Les terrains ainsi pétris sont impropres à la germination des graines. On trouve cà et là, dans les cépées, des brins ployés et brisés par les bestiaux; partout enfin on voit des traces de destruction sans aucune apparence de recru.
Le parcours des bêtes à cornes a pour résultat d'appauvrir le sol, de mettre obstacle au repeuplement naturel et de multiplier les clairières ; c'est dire assez combien il est à désirer qu'on puisse interdire com-
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éd
DÉGATS DES ANIMAUX 217 plètement laccès des forèts à ces animaux. Si les agriculteurs savaient calculer tout ce qu'ils perdent en envoyant leurs troupeaux chercher dans les bois une nourriture insuffisante, ils renonceraient, comme on le fait dans tous les pays bien cultivés, à ce pàturage aussi mauvais pour le bétail que pour la farèt, Mais beaucoup de contrées sont privées de prairies naturelles et les prés artificiels n'y peuvent réussir ; là, pour entretenir le bétail nécessaire à la culture, on est obligé d'utiliser toutes les ressources. Le pâturage des forèts, qui permet d'économiser les fourrages pendant une partie de l’année, est donc un mal qu'il faut subir en essayant d'en atténuer les effets.
Pour cela on devra ne laisser pénétrer les troupeaux que dans les cantons où ils ne peuvent causer de grands dommages. Ces cantons sont ceux qui portent des peuplements bien complets âgés d'au moins 10 ans pour les bois feuillus et de 15 à 20 pour les résineux. Toutes les parties des forèts qui sont clairiérées doivent être interdites ; on interdira aussi aux troupeaux l'entrée des futaies en cours de régénération et celle des taillis pendant les deux années qui précèdent l'exploitation.
Ces interdictions s'expliquent naturellement par la nécessité de conserver les jeunes plants qui doivent assurer l'avenir de la forêt.
Ouelques propriétaires se laissent persuader par leurs fermiers qu'après quatre où cinq ans les bois taillis sont défensables; d'autres, plus crédules encore, sont convaincus que le bétail ne mange que l'herbe, et ils le laissent pénétrer dans les jeunes coupes, où elle est très abondante. Les bois ainsi lirés aux troupeaux sont voués à la destruction; il vaudrait autant les défricher tout de suite que de les laisser lentement se transformer en mauvais pàturages.
Si le parcours du gros bétail est nuisible aux forèts, le pacage des moutons etdes chèvres l'est encore bien davantage.(Ouoique des lois très anciennes aient prohibé l'introduction de ces animaux dans les bois, il est des contrées où ils y sont encore admis ; ce sont les pays montagneux et pauvres, où l'industrie pastorale peut seule se soutenir.Ce que les moutons el les chèvres font de mal dans ces contrées est incalculable. Ces animaux détruisent les forêts non seulement parce qu'ils broutent avec avidité toutes les branches qu'ils peuvent atteindre, mais encore parce que leurs pieds durs et pointus dégradent le sol et font périr toutes les semences et les jeunes plants.
La présence des bêtes à laine sur les montagnes est la principale cause de l'état de dénudation auquel elles sont arrivées. Les moutons marchant en trou-
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