OPÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Autant que je puis le savoir, la première affirmation de la praticabilité de la pose d’un càble télégraphique à travers l’Atlantique est due au professeur Morse, qui, en août 1843, a adressé, sur ce sujet, une lettre au secrétaire de la trésorerie des États-Unis.
Mais il était nécessaire, pour qu'une entreprise aussi hardie inspirât quelque confiance, que l'ont eût déjà l'expérience de câbles sous-marins posés dans des conditions moins difficiles. C'est la France, en 1851, qui a eu l'honneur de patroner le premier câble sousmarin, celui de Douvres à Calais, et c’est l'Empereur, personnellement, qui seul à accueilli la télégraphie sous-marine, contrairement aux idées peu favorables du gouvernement et des ingénieurs anglais.
Origine
et marche
du projet du
télégraphe atlantique,
Sd
2, Position financière.
Difficultés premières
à prévoir,
Depuis, d’autres lignes ont été établies, et on a franchi de plus grandes distances et de plus grandes profondeurs.
Il a fallu, néanmoins, toute la grandeur du résultat, en cas de succès, pour séduire les esprits au point de faire sortir le projet des domaines de la théorie, et de le produire escorté des millions nécessaires à son exécution. Celui qui à mené cette affaire au point où elle en est est M. Cyrus Field, des États-Unis, le grand promoteur de l'œuvre, qui a déployé en cette accasion une activité, une persévérance et une habileté audessus de tout éloge.
La Compagnie à été formée le 6 novembre 1856, au capital de 350,000 livres, qui ont été souscrites dans la première semaine de décembre; de plus, le gouvernement anglais et celui des États-Unis se sont engagés à payer chacun, pendant vingt-cinq ans, un subside de 14,000 livres, tant que le dividende n’atteindrait pas 6 p. 100, et de 10,000 ensuite; de plus ils fournissaient toute aide et assistance pour l'opération de la pose.
Avant de lancer aussi intrépidement ces capitaux, il avait fallu se préoccuper de deux choses. Premièrement, sous le rapport électrique, il fallait constater la possibilité de faire passer des signaux à travers un càble sous-marin d’une longueur aussi considérable ; secondement, au point de vue de la pose elle-même du câble, il fallait s'assurer si les profondeurs n'étaient pas trop grandes pour que le fil conducteur, quel qu'il fût, résistt à la tension qu'il aurait à supporter, ne fût-ce qu'en raison de son poids.
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PM ÉTRNR Daz DITES
Les questions électriques, en ce qui concerne les càbles sous-marins, sont des plus sompliquées. Le câble dans l’eau constitue une immense bouteille de Leyde, et il se produit des phénomènes d’induetion dont il n’est pas facile de prévoir les effets. J'ai interrogé des hommes très-compétents en cette branche de la physique, soit en France, soit en Angleterre, ete., et j'avoue que je n’ai rien conelu de tout ce qu'ils ont pu me dire; il n'ya, je crois, que l'expérience elle-même, le fil une fois posé, qui pourra nous éclairer convenablement à ce sujet. Les électriciens du transatlantique se sont pourtant livrés à de nombreuses observations, et ils ont déclaré que la science à démontré les résultats suivants :
1° Les fils sous-marins, couverts de gutta-percha, transmettent l'électricité comme de simples conducleurs isolés; mais ils doivent être d’abord chargés comme une bouteille de Leyde avant de rien transmettre du tout.
2° En conséquence, le mouvement du courant électrique n’est pas le même dans ces fils que dans de simples conducteurs isolés.
3° Les courants magnéto-électriques traversent plus vite ces fils que les courants voltaïques.
4° La vitesse des courants magnéto-électriques est plus grande quand ils sont forts que quand ils sont faibles, quoique les courants voltaïques de grande intensité n’aient pas plus de vitesse que ceux de faible intensité.
5° La vitesse de transmission des signaux le long de ces fils sous-marins est énormément accrue, dans la
Question de la transmission
de l'électricité.
CS
O8 ÉLÉMENTS proportion de 1! à 8, si l’on emploie alternativement un courant négatif et un courant positif.
6 La diminution de la vitesse d’un courant magnétoélectrique n’est pas proportionnelle au carré de la distance, mais se rapproche beaucoup plus de la proportion arithmétique.
1° Plusieurs ondes distinctes d'électricité peuvent, dans certaines limites, traverser simultanément, sans interférences, différentes parties d’un long fil.
8° Quant à ce qui concerne la vitesse de l'électricité. de gros fils sous-marins ‘sont dans de plus mauvaises conditions que des fils minces.
9% En employant des fils comparativement minces et des bobines magnéto-électriques d’induction, on arrivera à transmettre des signaux à 2,000 milles avec une
vitesse suffisante (1.
Je ne puis entrer en de grands détails sur les questions électriques dans cette note; néanmoins je dois dire que, dans mon opinion, au lieu de 7 mots par minute (selon les électriciens du transatlantique) qui seraient envoyés de Terre-Neuve en Irlande, il n’y en
aura au plus que 2? ; ce qui réduirait les messages, en 24 heures, de 14,000 mots à 3,000 environ; soit
150 messages de 20 mots: encore faut-il retrancher le © ?
temps nécessaire pour les exigences du service spécial
de la ligne et les intervalles forcés entre les dépêches. k 4 Quoi qu'il en soit, si des signaux nets arrivent | mème dans ces limites réduites, ce sera un magnifique
1) Ces assertions sont extraites d’une brochure anglaise publiée par les directeurs de la Compagnie.
DE TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 09 résultat, excepté loutefois au point de vue des bé: nélices de la compagnie.
La question de la profondeur était capitale par la 5. Question
considération suivante : le câble, sauf le fer qui l’en- du. toure, à à peu près la densité de l’eau, et, par conséquent, sauf le fer, n’a, pour ainsi dire, aucun poids dans l'eau; il n’y à donc à se préoccuper que du fer. Or un très-bon fer, dans des conditions de câble, porte 60 kilogr. par millimètre carré, et pèse dans l’eau 6 gr. par mètre ou 72 kilogr. pour 12,000 mètres, c’est-àdire qu'un fil de fer pesant verticalement et sans secousse casserait par 12,000 mètres de profondeur. Si done il y eùt eu 12,000 mètres de profondeur entre l'Irlande et Terre-Neuve, le câble se serait infailliblement rompu. Or il était question de profondeurs, dans l’Atlantique, trouvées antérieurement, de 10, 15 et 17,000 mètres, par les capitaines Berryman, Stenham et Parker. Heureusement la Providence semble avoir placé entre l'Irlande et Terre-Neuve ce que Maury appelle le plateau télégraphique ; et des sondes faites avec soin n’ont donné que 4 ou 5,000 mètres pour la profondeur maximum sur cette route. Les sondes ont été faites par l’Artie des États-Unis, mais elles n’ont pas été trouvées satisfaisantes; le Cyclops, navire anulais, les a refaites et a trouvé 400 brasses de plus, soit en tout 2,400 brasses pour profondeur maximum. Ces deux questions de l'électricité et des profondeurs 0. une fois éclaircies, on pouvait s'occuper du câble lui- sonstruction A du câble, même. :
Le câble qu’on a adopté est, à mon avis, très-bon; je ne puis que l’approuver puisqu'il est presque identique