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à celuique j'ai propcsé depuis longtemps dans mes précédents rapports et construit selon les idées que j'avais énoncées lors des opérations dans la Méditerranée. Seulement j'y aurais désiré deux fils au lieu d’un, et une armature encore plus légère. Tel qu'il est, il remplit les conditions convenables de force et de souplesse. Les principaux renseignements à consigner sont ceux-ci: son diamètre extérieur est de 0",015 environ ; il pèse environ 6°,25 par mètre dans l’air, soit 1 tonneau le mille anglais ; il se compose d’un fil conducteur consistant en
7 fils de cuivre tressés, ayant en tout 2 millim. de dia- 4 mètre ; le conducteur est entouré de trois couches de 4 gutta-percha d’une épaisseur totale de 9 millim.; d’une à
couche de filin goudronné, et enfin de dix-huit torons de lil de fer, composés chacun de sept fils, ayant 2? millim.
de diamètre ; il supporte 3 tonneaux et demi, soit près É de 70 kilogr. par millimètre carré de fer, et, comme il n'a par 4,500 mètres que 2 tonneaux environ à supporter, :
il s'ensuit que sous ce rapport il est dans des conditions favorables. 11 coûte 1 fr. 40 ce. le mètre, dont 0,625 pour la gutta-pereha et le cuivre et 0°,775 pour le reste: les 2,500 milles anglais coûtant alors 5,600,000 fr. Un plus gros câble a été construit sur une longueur de 30 milles pour être placé près de terre. Ce gros càble part d’une très-forte dimension pour diminuer proportionnellement jusqu'à la dimension du câble des grandes profondeurs. La plus forte partie au départ se compose d’un conducteur en cuivre, identique à celui du petit câble, entouré de trois couches de gutta-percha, puis de filin, et enfin de 12 fils de fer de 7 millim. de diamètre chacun.
Les conducteurs en cuivre, recouverts de gutta-percha, sortent de la fabrique de gutta-percha à Londres, la seule au monde, à ma connaissance, qui, aujourd’hui, offre des garanties convenables d'exécution. La gutta-percha doit être examinée avec soin à la presse hydraulique, non-seulement dans la fabrique de M. Statam, mais encore dans les ateliers des armatures. Il faut aussi se méfier de la chaleur; ainsi, sur le quai de Greenwich, à la fabrique de M. Glass, l’ardeur du s0leil en a fait fondre plusieurs milles, dans lesquels l’isolation a été détruite. L’armature a été confiée moitié à MM. Glass ct Elliot, à Greenwich, moitié à MM. Newall et C®, à Birkenhead, deux fortes maisons qui se sont bien et promptement acquittées de ce travail, et qui, fonctionnant jour et nuit, ont fabriqué jusqu’à 30 milles par jour. Seulement il a été commis une faute assez extraordinaire : les deux moitiés du câble, fabriquées dans deux usines différente:, sont faites en spires de sens .cntraire, de sorte qu’au joint elles doivent terre natnsllement à se détordre, ce qui est une condition frucsse. Je ne crois pas, néanmoins, qu'il y ait lieu de se préoccuper de ce défaut autant qu'on l’a fait, et que le danger est moins grand qu’on ne l’a supposé; c'était cependant une raison de plus pour commencer la pose par le milieu de l'Atlantique.
Quant à la marche de l'opération à la mer, le plan en vue duquel primitivement tout avait été d'abord réglé consistait à faire arriver les deux bâtiments au milieu de la distance à parcourir; là on aurait joint les deux câbles, et chacun serait parti de son côté, l’Agamemnon vers Terre-Neuve, le Niagara vers Pirlande.
Mauvaise marche de l'opération ; il aurait mieux valu partir du milieu.
Malheureusement, à mon avis du moins, quinze jours seulement avant le départ, des réflexions sont venues; on s'est demandé s’il ne valait pas mieux partir de l'Irlande tous ensemble, l’un des navires filant d’abord son câble, puis l’autre à son tour. Des discussions nombreuses ont eu lieu, et on a fini par se décider pour le second parti.
La question me paraît assez importante pour être traitée complétement, quoiqu’en peu de mots. Voici toutes les raisons qui ont été alléguées en faveur du nouveau plan (1) : qu’on assure le bout du câble à terre avant de partir (cette opération est facile, comparativement du moins; il n'y a pas à s'en préoccuper); qu’on passe des petites profondeurs dans les grandes mieux vaut, au contraire, commencer par les grandes, et s'exercer au plus difficile, quitte à casser une fois ou deux au départ) ; qu’on aura probablement des vents d'ouest, et qu’il vaut mieux aller contre le vent (quand même cela serait, dans cette saison les vents sont modérés et doivent peu entrer en ligne de compte ; de plus, l'Agamemnon et le Niagara sont de bons bâtiments et ont de bonnes machines); qu’on aura successivement tous les ingénieurs et les électriciens à la fois à bord du bâtiment qui émettra le càble (d’abord on n'aurait plus, si l’on partait du milieu, à mettre des électriciens à terre; quant aux ingénieurs, il y en avait cinq ou six, le nombre en ayant été déterminé pour le cas du premier plan; et, s’il faut tout prévoir, qu'aurait-on fait
(1) Je mets entre parenthèses les réponses que j'aurais opposées à chacune d'elles.
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DE TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 63 si, une fois rendus au milieu, la mer avait été assez mauvaise pour ne pas permettre de transporter tout le personnel d’un bord à l’autre ?); que. dans le cas où on partirait du milieu, l'un des navires, suivant les circonstances différentes que chacun d’eux rencontrerait, pourrait avoir trop de càble et l’autre pas assez (la quantité de câble a été commandée dans la prévision qu’on commencerait la pose par le milieu, et d'ailleurs il aurait suffi d'en commander davantage) ; que, dans le nouveau plan, on n’a qu'un joint à faire au lieu de trois (avec la différence que les trois joints du premier plan sont faciles, et que l'unique du second plan est de la plus délicate difficulté); que, — ceci est la plus apparente des raisons, — si les deux navires filent ensemble et qu’il arrive une interruption de signaux électriques, on ne saura où est le mal, et que l’un au moins sera embarrassé , tandis que, s’il n’y en a qu’un, il pourra relever son câble et réparer l’avarie (malheureusement l'expérience a démontré : 1° que, si les communications sont interrompues, c’est que le fil de cuivre est cassé, et, comme il casse le dernier, que le câble entier est rompu; 2° que, par de grandes profondeurs, et même par des profondeurs modérées, relever le câble est presque impossible) (1); enfin, avec le second plan, que les directeurs sont informés à chaque instant de la marche de l'opération (ceci est une raison d'intérêt commercial pour laquelle je ne suis pas compétent.
Quant aux avantages du premier plan, ils sont évidents ; je ne citerai que les suivants : moitié moins de
(1) J'appelle ici profondeurs modérées jusqu'à 400 ou 500 mètres ; l'Elba a relevé l’algérien par une centaine de mètres.
Saison favorable
our l'opération,
temps pour faire l’opération; choisir son temps pour faire ce joint et recommencer deux ou trois fois s’il le faut sans grande perte de câble, et surtout faire ce joint facilement, tandis qu'il est presque impraticable par mauvais temps et très-difficile par beau temps, lorsqu'un des navires à deux mille brasses de câble qui pendent à son arrière.
Enfin, si l’on devait commencer de l'Irlande, n’était-il pas tout naturel d'éviter ces dangers du milieu en mettant tout le câble sur un seul navire, ce qui, en outre, eût été beaucoup plus économique en matériel et personnel. Cette possibilité de mettre tout le câble sur un seul navire paraît évidente; en somme, il ne fait que 2,500 tonneaux en poids et 1,000 tonneaux environ en volume. Un gros vaisseau, disposé tout exprès, l'aurait pris. J’ajouterai qu'à mon avis un seul navire, portant tout le câble, vaudrait beaucoup mieux que deux, même partant simultanément du milieu.
Comme on n'avait commandé que 2,500 milles (anglais), soit 2,142 milles nautiques, et que de Valencia à Newfoundland il n’y a que 1,640 milles, on avait 500 milles en plus pour parer aux pertes nécessaires. Cette quantité est sans doute considérable, mais l'expérience que je puis avoir de ce genre d'opération me porterait
à désirer avoir , pour une distance aussi considérable , encore plus de cäble, soit 50 p. 100 en sus de la dis-
tance à parcourir.
Le moment de l'opération était parfaitement choisi, d’après les observations de Maury, ét il n’y a pour ainsi dire pas de chances de gros temps pendant le mois d'août ; on n’a pas à craindre les glaces; il n°v a que les
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DE TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 6 brouillards qui pourraient amener quelques difficultés , et qui sont plus fréquents en été qu’en hiver.
Le câble, une fois fabriqué, devait être embarqué, moitié sur l'Agamemnon, vaisseau anglais de 92 canons qui a porté dans la mer Noire le pavillon de l’amiral Lyons, et moitié sur le Magara, des États- Unis, immense frégate de 5,200 tonneaux, de 315 pieds de long sur 56 de large. L’Agamemnon n’a pour officiers, et même pour capitaine, que des masters; /e Niagara est sur le pied de guerre, sauf qu'il a laissé ses 12 canons à New-York. Il à 400 hommes d’équipage et 50 hommes environ appartenant à la Compagnie. L'Agamemnon a eu son câble en un seul rouleau d'environ 15 mètres de diamètre et de 4",50 de hauteur ; il a pu se mettre bord à quai à la fabrique même de Greenwich, et le câble, déjà lové dans de grands bassins devant les ateliers, était appelé directement à bord par une petite machine à vapeur. On embarquait environ 50 milles par 24 heures ; une trentaine d'hommes le lovaient à la lueur du gaz.
Le Niagara n'a pas eu les imèmes facilités; il n'a pu, à cause de ses dimensions, aller à Birkenhead prendre directement le cäble à la fabrique même; il lui à fallu l’embarquer à la mer, dans la Mersey. Quatre machines avaient fourni quatre pièces de câble qui chacune ont été embarquées d’abord sur un grand chaland, et de ce ehaland à bord à main d'hommes. En outre on n'a pas pu, comme sur l'Agamemnon, tout lover en une seule glène ; il a fallu en avoir cinq à peu près circulaires, de 13 mètres de diamètre environ, condition beaucoup moins favorable à la pose. Il y en
Enbarquement du câble,
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66 ÉLÉMENTS avait un sur le pont, à l'arrière de la machine, un audessous, dans la batterie, qui avait pris une partie du carré des officiers, et trois sur l’avant de la machine, dans la cale, le faux pont et la batterie.
L'embarquement du càble et la manière dont il est disposé à bord ont une grande importance en raison des torsions plus ou moins grandes qui sont imprimées au câble suivant le procédé employé, torsions qui ont pour effet de le rendre plus favorable aux coques, et par suite à la rupture. On ne m'a pas paru s'être préoccupé de cette espèce de danger ; mais, pour aider à la meilleure émission du câble, on a établi, au centre du cercle où 1l devait reposer, un cône bien charpenté de 3 mètres environ de diamètre à sa base ; puis on est parti de la circonférence extrême et on a décrit des cercles juxtaposés jusqu'à arriver au cône. Là on est reparti avec le cüble presque en ligne droite jusqu’à la circonférence extrème, et on a recommencé à lover toujours dans le même sens, et ainsi de suite. Cette disposition a pour effet, lorsque le câble se déroule, de faire presser les cercles les plus petits contre les cercles les plus grands. L'opération fort simple du lovage exige les plus grands soins; Car, lors de la pose, le câble doit se dérouler d'une manière continue et sans secousse : le moindre trouble, la moindre coque seraient fatals. Je dois cependant ajouter que le petit câble. si souple du reste, ne m'a pas paru, pendant l'émission, se ressentir des torsions ; il n’en a pas été de même du gros, qu’on pouvait à peine manier. Il va sans dire que, pendant que le cäble est lové, on vérifie par des compteurs les quantités embarquées, et on s'assure , au moyen
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DE YÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 67 d'appareils convenables, que l'isolation est parfaite. Tout cela établi, il ne s'agissait plus que de penser aux procédés à employer pour filer le câble à l'eau. Je regrette d’avoir à exprimer l'opinion que la machinerie adoptée a été très-malheureusement conçue ; elle est lourde et compliquée ; sa masse énorme et les difficultés de maniement sautent aux yeux, et, lorsqu'on pense qu'elle est destinée à guider et à protéger ce petit càble si léger, si souple, qu'il fallait rendre le plus libre possible, on se sent mal à l’aise à l'idée de l'union de ces deux êtres de nature si différente. L'impression que j'ai ressentre à première vue a été si forte que j'ai immédiatement écrit au ministre de la marine que je n'avais aucune confiance dans l'opération, et que probablement le cäble serait cassé au bout de trois cents ou quatre cents milles. Malheureusement cela n’a pas manqué.
Cette machinerie consiste principalement en quatre roues de 1",60 de diamètre et 0,13 d'épaisseur, sur lesquelles le câble s’enroule de manière à former deux 8. Chacune de ces roues est en rapport avec une roue dentée de même dimension, puis aussi avec des roues concentriques portant les freins. Ces freins sont durs et brusques. Le câble partant de ces roues va passer sur une cinquième roue située tout à fait à l'arrière du navire, et là tombe dans l’eau; à côté se trouve une petite machine à vapeur auxiliaire. Il y a aussi deux énormes roues de 2? mètres de diamètre et de 0",30 d'épaisseur, et à cinq gorges, avec roues dentées et roues à frein, destinées principalement à relever le câble en cas de besoin, opération que je considère
Machines pour l'émission,
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comme impossible par de grandes profondeurs, et comme très-difficile même par des profondeurs mdérées. Tout cela pèse environ quinze tonneanx et coûte
50,000 francs.
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