OPÉRATIONS A LA MER
Ces préparatifs ainsi disposés, les divers navires de l'expédition furent rendus à Queenstown le 30 juillet, et nous partimes le 3 août pour Valencia, point de l'Irlande le plus rapproché de l'Amérique.
Le Niagara était accompagné de la corvette américaine la Susquehanna; l'Agamemnon avait pour escorte la corvette anglaise le Léopard. Le Cyclops (anglais), l'hydrographe de l'expédition, était parti depuis deux
jours pour reconnaître une dernière fois le terrain : il
devait indiquer la route lors de la pose. Il y avait aussi à Valencia deux très-petits vapeurs de rivière, dont le Wilting-Mind était l'un, et qui étaient destinés à agir par les très-petits fonds.
(A partir d'ici je copie mon journal, rédigé an fitr el à mesure des différentes phases de l'opération.)
Le 4 août, avant d'arriver à Valencia, essai des machines avec du câble condamné à Greenwich ; temps
nt te
Départ ÿ de la flottille, 1 le 3 août, h pour ë Valencia.
Essai des machines.
Pose du £ros câble
prèsde terre,
magnifique, par 40 brasses environ; mis une vingtaine d'hommes sur les roues, pour les faire tourner. A grand’peine on les met en mouvement, le câble formant le double 8; au bout de peu de temps le cäble défile rapidement; on cherche à l'arrêter; on stoppe; bref, on le casse. On recommence et on casse encore. On a attribué ces accidents à la mauvaise qualité du câble et aussi à la pression sur le càble d’une petite roue supérieure qu’on avait mise dans l'intention de le diviger, mais qu'on à supprimée comme dangereuse ; tout ceci néanmoins n'était pas d’un bon augure. Sept heures du soir ; mouillé à Valencia 5 août. Le Niagara est mouillé dans un endroit fort dangereux, ouvert entièrement au $S. 0. par 20 brasses, fond dur ; à un demimille dans le S. O0, des roches, à 2? milles de la plage où doit aboutir le cable sous-marin. Quand il a relevé son ancre, il la cassée.
Toute la journée à été employée à conduire le gros cable à terre. On en a embarqué ? milles 1/2? sur le Willing-Mind et dans deux grandes chaloupes ; deux grands canots ouvraient Ja marche, les deux chaloupes venaient ensuite, et cufin le Willing-Mind.
Le Wiülling-Mind a d'abord émis son câble, puis les chaloupes, et on est arrivé à terre, Le tout, quoiqu'un peu difficile en raison de la grosseur de ce eàble peu maniable et très-tordu, n'offre pas de dangers ; mais je suis d'avis, à cause du mauvais moulage, qu'il aurait fallu mettre ce gros câble à bord d'un peut bâtiment qu'on aurait envoyé quelques jours à lavance, et qui cette première opération une fois faite, aurait gardé Je bout du câble à bord jusqu'à ce que / Niagara Füt venu
DE TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE. 71 mouiller auprès de lui, seulement pendant le temps nécessaire pour faire le joint du petit et du gros câble.
Nous passons la nuit au mouillage, le joint étant fait. nd
6 août. Beau temps; vent faible de l'E. à l'E. N. E. À G heures, nous commencons à filer doucement. Ce gros câble est très-tordu. Cela est dû à la facon dont il a été lové, et les inconvénients, qui sont peu sensibles pour le petit câble, apparaissent très-graves pour le gros: il faudrait le lover en S. Il est si peu maniable qu’on ne peut le maintenir sur les roues. Au bout d'un mille il s'échappe, s'engage sur l’axe, se roidit et casse à 10 brasses du bâtiment. On filait alors à peine un nœud et on était par 25 ou 30 brasses de
u gros câble.
profondeur.
A partir de 7 heures, le Cyclops et le Willing-Mind cherchent à repêcher le câble. On le trouve à ? heures; on Le tient sur une chaloupe. Le Niagara file du câble à bord du Wiling-Mind, qui va vers la chaloupe où doit se faire le joint; mais la mer est trop grosse pour cette opération délicate : on y renonce. L'arrêt dure de ? heures à 6 heures; on mouille les uns auprès des autres, et on attend.
7 août, Beau. Belle mer. Petite brise du N. E. et
d'uifl du N.
peu Le cable, hier, a été retrouvé à une certaine distance 15.
aan : € an 1 ‘n 11l: . |: 6: à à rs de l'accident s je au large de notre mouillage; la frégate ne peut aller dé l'acide ait mouiller auprès; la mer y est un peu grosse pour le
nent joint, À 5 heures tout est en règle; nous filons dou-
qui cement deux nœuds. On a mis un sabot sur la roue où
lé le s'est fait le décapelage d’hier, et des barres de fer qui venu retiennent ce câble, Tout va tant bien que mal, A 11
\upture au joint du petit et du gros câble,
Journée sans accidents.
L'opération
marche bien. | journée se passe sans accidents, A midi, == 52° 11°, L= 13° 01"; courants, 10" au
heures et 12 vient le joint du petit càble et de la fin du gros, alors de 0,035 de diamètre, semblable à celui de la Méditerranée. On file très-doucement. On à frappé une haussière en cas d'accident sur le gros càble ; on stoppe le navire. Au moment où le joint passe sur la troisième roue, il casse net ; l’haussière a retenu le càble qui est à la mer. On refait le joint. Les ingénieurs ont attribué cette rupture à ce que le joint était mal fait; je croirais plutôt qu'elle est due à la machine ou aux freins, car ce n'est pas exactement au joint qu'elle a eu lieu. En une heure quarante minutes le joint est fait ; on le file à la mer, à la main (heureusement), et ce n'est que lorsque le petit câble est rendu au fond qu'on l’enroule en 8 sur les 4 roues. On file de 2" à 2",5.
8 août. Temps magnifique. Belle mer; brise du N. au
Le cable se déroule très-nettement et très-aisément. Ia été admirablement lové ; on a entouré le cône cental du rouleau d'une espèce de cage à jour en cercles de fer, et le câble glisse entre la cage et le cône ; de là il s'élève, passe sur plusieurs poulies très-larges , puis est guidé entre des rouleaux mobiles en bois jusque sur les roues de Parrière.
A midi, à= 2° 99°, L=— 11° 19° par 100 brasses. Nous marchons suivant l'arc de grand cercle.
9 août. Beau temps; légère brise du S. O0, au S.S, 0.;
N. 51° E. Nous sommes par 350 brasses. On à filé 64 milles depuis hier; la machine auxiliaire aide de
temps en temps l'émission.
an A 7 heures et 1/2, on a passé du rouleau sur le pont ni | à l'arrière de la machine au rouleau de la batterie à é l'avant. Cette opération s’est faite très-aisément. Le h | càble est d’une souplesse admirable.
1: | La machine va par secousses ; les indicateurs en le marquent les irrégularités ; l'angle du câble avec la vernt ticale à partir du bord est de 45°.
it: ën outre du loch ordinaire, la vitesse du navire est 1 is donnée par le loch Massey, dont la boîte à cadrans est attachée à poste fixe à la dunette; il y a dehors une ; it: longueur de houache juste suffisante pour que le volant te plonge toujours dans l’eau. Les officiers disent que ce Dn procédé leur a toujours réussi.
Les ingénieurs de la Compagnie ont voulu employer En au une combinaison du loch Massey et de l'électricité ; c’est étectrique | le loch Massey, dont la boîte à cadrans, plongeant dans NÉ. la mer, est entourée de gutta-percha. Ces cadrans ou- Che vrent et ferment des courants qui viennent se manifescles | ter à travers des fils conducteurs, entourés de guttae là percha, aboutissant à bord et y donnant le sillage au puis | moyen de compteurs. L'idée était ingénieuse, mais sur l'appareil a mal marché. Je crois que l’eau est entrée dans la boîte à cadrans qui plonge dans la mer. ses. 10 août. Petite brise de S. O. et d’O. On a heureuse-
, x > 4 , L'opération ment augmenté la vitesse ; on file 4, à et même 6 marchebien
,0,; nœuds ; on file aussi proportionnellement une quantité raisonnable de cable, cinq mille contre quatre, par
"au exemple. L'angle du câble avec la verticale au sortir du
filé | bâtiment est de 45°.
e de A miditout va bien, = 52° 28", L—16°0'; courants
N. 55" E.,4",5; nous sommes par 1,800 brasses. On à
fait 111 milles en 24 heures et on a filé 119 milles du câble. À ce moment l’angle avec la verticale est de 50°. L'indicateur donne un peu plus d’un tonneau pour tension. Le câble fait 6 milles contre le navire 5. Ces résultats sont magnifiques.
Un des défauts de cette machinerie est que les roues sont deux à deux et se touchent, et que l'angle au centre du 8 est très-aigu ; il aurait mieux valu mettre une petite roue entre les deux, de facon à faire des angles plus arrondis; en cas d'accidents ou de coques, on serait dans des conditions moins dangereuses.
a. À 6 heures, le câble a décapelé sur la troisième roue ;
Premier accident;
est répare, il passait sur les deux gorges ; il a sauté de l’une sur l’autre, en sorte qu'il y a eu deux càbles sur la même orge : il v a eu choc et arrêt. On a stoppé les freins et le navire, on a saisi le câble avec une haussière, et il est venu verticalement. Il me paraissait ne plus avoir de tension; j'étais persuadé qu'il était cassé. On à mis 20 minutes à recapeler le câble et on à recommencé à liler, les électriciens ayant déclaré que les communications n'étaient pas interrompues; même ils ont dit qu'après l'accident il y avait eu un courant plus fort
qu'avant. C'était sans doute un courant de retour.
d. Du reste, la partie électrique a très-mal marché
» partie
rique bendant toute l'opération. D'abord l’électricien en chef LA 9
OpCr AN Lo)
mat M.Whitehouse, est resté à terre, tandis que son poste, à UC mon avis du moins, était à bord. Ensuite on n'a eu sur le Niagara que de mauvais appareils; non-seulement on n'a pu faire aucune expérience électrique, mais en-
core, depuis le 10 à midi, on n’a plus eu de signaux à