ORDRE II. — TRÉMATODES
Les Vers plats ([ui composent ce groupe ont un corps mou, inarticulé, souvent d’apparence foliacée et muni d’une ou de plusieurs ventouses. Ces organes, produits par dilférenciation de l’enveloppe musculo-cutaiiée , sont situés sur la face ventrale, soit en avant, soit au milieu, soit eu arrière. La peau présente la môme structure que celle des Cestoïdes, seulement on y trouve par places des glandes monocellulaires, ordinairement réunies en groupes auprès des ventouses. Le système nerveux se compose d’un double ganglion cérébroïde , d’où partent deux cordons latéraux qui s’étendent jusqu’à l’extrémité du corps. L’appareil digestif est représenté par une cavité , souvent ramifiée , qui n’a jamais (lu’un seul orifice. Cet orifice est placé dans la région céphalique, et généralement au fond d’une ventouse, dite ventouse buccale. Deux canaux longitudinaux déboucbaut en arrière dans une vésicule contractile commune forment l’appareil excréteur.
Ces Vers, à quelques exceptions près, sont hermaphrodites (lig.22“2). Les organes femelles se composent de glandes, dans les- ([uelles on distingue, de môme que chez les Cestoïdes, un germigène et deux vitellogènes. Les canaux excréteurs de ces glandes aboutissent à un canal commun ou oviducte, qui se coutiuiie eu un tube élargi et plusieurs fois replié sur lui-même, fonctionuant comme utérus. Celui-ci se termine par une portion plus étroite ou vagin. L’appareil mâle est formé de deux testicules (quelquefois d’un seul), dont les conduits excréteurs se réunissent eu un canal déférent commuu ; la portion subterminale de ce canal est en général dilatée pour former une vésicule séminale, et son extrémité constitue un organe copulateur renfermé dans une poche spéciale (.sc/c ducirre). D’ordinaire les orifices génitaux, quoique très voisins l’iiii de l’autre, sont séparés et situés sur la face ventrale, dans la région antérieure, et à peu de distance de la ventouse buccale.
Tantôt le développement est direct, tantôt il se fait par génération alternante, compliquée de métamorphoses et de migrations.
. ANNELÉS OU ENTOMOZOAIRES. — VERS. [zoologie
[.es Trémalodes qui sont dans le premier cas, ou Trémalodes monogeiicses, sont toujours munis de plusieurs ventouses, tandis que les
autres, ou Trémalodes digenèses, en ont deux au plus.
D’après ce caractère, on a partagé ces animaux en deux sousordres : les Distomiens et les Polyslomiens.
Distomiens.
Les Trémalodes munis de deux ventouses, ou parfois d’une seule {Mouostomes), vivent en parasites dans l’intérieur du corps de divers animaux, mais sont libres pendant certaines phases de leur développement, qui présente une intéressante succession de métamorphoses .
De l’œuf naît un emhrvon ou larve ciliée, d’apparence iufu-
Fig. 'i'22. — Organes de la génération du Disloinum globiporum. — o, vésicule séminale ;
soriforme , qui, une fois en
liberté, arrive par migration dans le corps d’un Mollusque.
Là, cet emhrvon se fixe et se transforme en une sorte de sac fermé, susceptible de produire
rt', canal éjaculateur; æ", pénis dans le sac deS gemieS par Sa SUrface indu cirre; b b, canaux déférents; cd, testi- , n • .•!>
cilles; e, troisième canal déférent; f, vésicule tel lie. LeS SaCS gei llli U «itits, ajl-
séminalc postérieure; g, gcrmigcnc; h, son SpOrOClJSteS, Se lUOlltreilt
canal excreteiir; i, canal résultant de la réu- ‘ ^
partois pourvus d un appareil
digestif et sont alors distingués sous le nom de /lcf/tcs(lig. 2^3,1) (de Filippi). Les Sporocystes produisent soit des corps semblables à eux, soit des animaux très tliiférents, nommés Cercaires (fig. !2:23,2), de forme ovale, et portant en arrière une queue mobile qui leur donne l’aspect de petits Têtards. Les Cercaires s’échappent à un moment donné de la Sporocysle et se répandent dans l’eau, où ils vivent librement ; aussi les a-t-on regardés, tant qu’on a ignoré leur véritable nature, comme des Infusoires. Sous cet état, leur organisation se rapproche déjà de celle des Distomes; mais on ne
nion du troisième camil déférent avec le canal excréteur du germigène; kkkk, canaux excréteurs des glandes vilcllogèncs ; leur réservoir commun ; n, utérus; o, vagin; p, vulve (d’après von Siebold , Archiv fur Nalurgeschichte, 1S36).
DESCRii'TiYE.] PLATllELMINl UES. — IRÉMATODEb.
trouve encore chez eux aucune trace d’organes sexuels; ceux-ci n’apparaissent (ju’cà la suite d’une métamorphose ([ui s’accomplit
S£«E1LLER .
ARWüul .
Fig. 2:^3. — Développement do la Cercaria échina to'ides. — Rcdic contenant des Ceicaires; 2, Cercaire très grossi; 3, Distome enkysté; i, le même tiré de scs enveloppes et très grossi; 5, le] même sur le point d'cclorc dans l’intestin d’une Grenouille (d’après de Filippi) .
tlans un autre milieu. Le Cercaire pénètre en effet dans le corps d’un nouvel animal aquatique, où il s’eukyste (fig. 223,3); là il perd
ANNULÉS OU E^TOMOZOAiUES. — VElîS.
[ZOOLOGIK
“2iO
sa (|iieue, mais reste encore dépourvu d’orgaues génitaux. Pour compléter sou développement et devenir sexué, il faut (ju’il passe, avec la chair de l’hôte qui le recèle, dans le tuhe digestif d’un autre animal, dont il devient alors le parasite sous sa forme adulte.
Les Distomes parcourent donc un cycle de développement dont les phases successives sont représentées par l’embryon cilié, la Sporocyste, le Cercaire, la forme enkystée, et entin l’animal sexué, chacun de ces états correspondant à un milieu dilférent et comportant des migrations, soit actives, soit passives. Si on ap[)lique à ces animaux la nomenclature proposée j)ar van Beneden pour désigner les états qui se suivent dans la reproduction métagénétique, on regardera la larve ciliée comme un scolex, la Sporocyste comme un strohile et les Gercaires comme des proglottis ; mais ceux-ci n’arrivent à l’état parfait que par une métamorphose qui exige de nouveaux changements de milieu. Quelquefois cependant certaines de ces phases évolutives font défaut, et le développement est alors abrégé; ainsi les Sporocystes peuvent donner naissance non à des Gercaires, mais à de jeunes Distomes ; d’autres fois les Gercaires, au lieu de s’enkyster, peuvent passer directement dans l’hôle où ils se transforment en Distomes sexués...
Les Distomiens se partagent en deux familles : Monostomidés et Distoniidés.
Les Moaostomidés n’ont qu’une seule ventouse placée à la partie antérieure du corps, et entourant d’ordinaire la bouche.
Le genre Monostome {Monostomum) comprend plusieurs espèces : le M. jlavum, qui vit chez les Oiseaux aquatiques et provient du Cercaria ppliemera des IManorhes ; le d/. miitabile, Monostome changeant, qui habite les fosses nasales et la cavité viscérale des Palmipèdes et des Lchassiers; il est vivipare; le qui a été
observé dans le cristallin de rilonime; il est dépourvu d’organes sexuels et représente vraisemhlahlement une forme jeune, etc.... Les (j. Uemistomum, Uolostomum... se rangent dans cette famille.
Les DiSTOMfDÉs sont munis de deux ventouses, l’une antérieure ou buccale et l’autre placée sur la face ventrale, |)lus ou moins en arrière de la première, (|uehiuefois à l’extrémité postérieure du corps (Ampliislomum). Le genre Distome (Distomum) renferme des espèces particulièrement iutéressaides, parce qn’on les rencontre chez l’Homme; ainsi la Douve du foie {U. hepaUcum) (tig. 2^24-), dont le corps est ovalaire, aplati et a la forme d’une petite feuille; elle est longue de dO millimètres environ et large de 8 à 10; elle vit dans les canaux biliaires de certains mammifères, et en particulier des Uuminanls, mais elle se trouve souvent chez l’ilomme. Le Distome lancéolé {D. Icmceolatum) est une espèce voisine de la précé-
DKSCRH>T1YE.1 PLATllliLMINTHES. — TRÉMATODES. 2il
dente, avec laquelle elle a été longtemps confondue, parce qu’elle a le même habitat. On ignore quels sont les Cercaires de ces deux Distonies, et comment ils s’introduisent dans le corps des animaux qui les renferment. Plusieurs autres Distomes ont pu être suivis dans les dilîéreiUes phases de leur développement; ainsi le D. retusum, qui habite l’intestin des Grenouilles, provient du Cercaria armata, des Limnées et des Planorhes; le D. militare du Canard et autres
Vr.
Fio. ‘ii t.
Fig. 2-25.
Fig. 2'2l. — Distoma hepalicum.
Fig. 2'25. — Sa larve ciliée.
Fig. 2-26. — Disloma hæmatobiiim, mâle et femelle fortement grossis. — a b, femelle en partie contenue dans le canal gynæcophore; a, l’extrémité antérieure; c, l’extrémité postérieure; d, te corps vu par transparence dans le canal; e,f,g,h,i, mâle; e, canal gynæeophore entr’onvert en avant et en arrière de la femelle extraite en partie; g, h, limite vers le dos de la dépression de la face ventrale constituant le canal; i, ventouse buccale; fc, ventouse ventrale; entre i et h, le tronc; en arrière de h, la queue (d’après Bilharz).
Oiseaux aquatiques provient du Cercaria echinifera enkysté dans les Paludines, etc.
tl y a des Distomes à sexes séparés ; le D. filicolle, qu’on rencontre par couples dans des enfoncements de la muqueuse branchiale de la Castagnole (Brama Raji), et le D. Iiœmatobiuut (Gynæcophorus de Diesing), qui vit dans la veine porte et dans ses ramifications chez l’Homme (fig. 2:20). Ce Ver présente une remarquable particularité; le mâle porte la femelle, plus petite et plus grêle, logée dans une gouttière (canal gynæcophore) que forment en se courbant les bords marginaux de son corps. Ce parasite n’a été observé qu’en Égypte, où il est très commun.
Le G. Rhopalopkorus^ voisin des Dislomes,* est caractérisé par
ANNELÉS OU ENTOMOZOAIllES. — VERS.
(leux trompes rétractiles, hérissées de piquants, placées auprès de la ventouse buccale. Le G. Amphistomum se distingue par la position de sa deuxième ventouse à l’extrémité postérieure du corps. L’amphistome de la Grenouille provient du Cercaria diplocotylea^ qu’on rencontre dans le Cijclas cornea,
Polystomiens.
Les Vers rangés dans ce groupe sont pourvus de deux petites ventouses antérieures et d’une ou de plusieurs ventouses postérieures. Ils se distinguent en outre des Distomiens par leur déve-
Fig, 227. — Polyslomum integerrimum cl sa larve.
loppement direct {monogénèse de van Beneden). Ce sont pour la plupart des parasites extérieurs ou Ectoparasites, qui vivent sur la peau ou sur les branchies des Poissons, des Crustacés ou autres
animaux aquatiques.
On les divise en plusieurs familles.
Les Tristomidés n’ont qu’une ventouse postérieure ; ils comprennent les G. Tristonia, Kpibdella, Udonellay etc.
DESCRIPTIVE
PL.\THELMINTHES. — TRÉMATODÉS.
Les PoLYSTOMiDÉs oiit iles ventouses postérieures multiples et munies de crochets. Parmi eux se rangent les G. Polystomum (fig. !2^7), Octobotliriiini, Aspidogasler, etc., et le DiplozoonparadoxiuUy le plus curieux peut-être de tous ces animaux. En elîet,
Fig. 2-28.
/H/VOUL/ 3'ER\/£ILLER.
Fig 228. — Diplozoon paradoxuni. — A, tronc vasculaire poiTaiit le sang d’avant en airièri*. — B, t'onc vasculaiie portant le sang en sens contraire. — a, bouche; h, appendice lingiiiforine contenu dans le i»liarynx ; c, ouverture située à l’exlnnnité do cet appendice; m.n, canal digestif, tronqué en Je; o, appendices en forme de cæcums; d, ovaires; ee oviluft's; /'.utérus; jf, ouverture gcuilale externe; p, œufs; t, testicule; /i, son canal spiralé; v, ventouses antérieures; i, disques;^', ventouses postérieures; langiielle (d’après Nordmann).
Fig. 229. — Gyrodactplus elegans (d’après Nordmann).
simples dans leur jeune âge, ces Vers s’unissent deux à deux et ne se séparent plus désormais, formant ainsi un individu double, tel que le représente la figure 228.
Les Gyrodoctylidés ont pour type le Gyrodactylus elegans^onhw. (fig. 229), remarquable parle développement qui se fait chez lui de plusieurs générations emboîtées les unes dans les autres.
ANNKLÉS OU KNTOMOZOAIRES. — VERS.
ORDRE III
Les Turbellariés ont le corps plat et lisse, couvert de cils vibraliles. Leurs téguments sont parfois colorés, en particulier par un pigment vert {Vortex viridis, etc.), que Max Scliultze a reconnu pour être de la chlorophylle. On y trouve souvent des corpuscules en forme de baguettes, contenus dans des cellules comparables à des nématocvstes ; l’existence de véritables cellules urticantes a été constatée chez quelques-uns d’entre eux [Microstomum).
Le système nerveux se compose de deux ganglions situés dans 'la partie antérieure du corps et unis entre eux par une commissure qui parfois est double (Némerliens) (tîg. 230, cc).
De ces ganglions partent divers lilets nerveux, parmi lesquels deux cordons latéraux dirigés en arrière.
Comme organes des sens, on trouve des soies tactiles, tantôt réparties sur tout le corps, tantôt restreintes à la région céphalique; parfois des fossettes ciliées placées sur les côtés de la tête et reliées aux ganglions cérébroïdes par un filet nerveux (lîg.
230, bb); quelquefois des vésicules auditives, et plus fréquemment des SC taches oculaires simples ou pourvues d’un cône cristallin.
Le tube digestif peut présenter deux orifices (Rhynchocœles) ou n’en avoir qu’un seul; dans ce cas, il est tantôt simple {Uhabdocwles), tantôt rmmC\é {Dendrocœles).La position de l’ouverture buccale varie; elle est située à la partie antérieure du corps ou reculée jusqu’au milieu de la face ventrale,
* a, orifice buccal ; b, fossettes cépliali<pies ciliées; c,c, lobes du cerveau réunis par une bintielette sous-œsophagienne; d d, troncs nerveux longitudinaux; eeee, nerfs céphali(pies; ff, yeux; ggg, anse vasculaire céphalique; J i. vaisseau inédio-dorsal, se bifurquant pour donner les branches k k, qui entourent le cerveau et viennent se réunir en h h aux vaisseaux latéraux 7 i 7 ;m 7n ??7 7/7, diaphragme horizontal formant le canal propre de la première portion île la trompe oo; 71 77 77, ovaires ou testicules (Anuülcs des sciences nütur elles, 3® série, tome VI, planche ü).
/m/iDUL .
je.
Fig. 230. — Portion antérieure du corps de la Oorlasia camillea (Némerti3n) *.
PLATIIELMINTIIES. — TURHELLAKlfiS.
descriptive.
et même au delà. Le pharynx qui lui fait suite est ordinairement musculeux et souvent protractile; quelquefois il prend la forme d’une véritable trompe.
Il n’existe de système vasculaire que chez les Némertiens ; il consiste en trois troncs longitudinaux, dont l’un dorsal et les deux autres latéraux, qui sont en communication à l’extrémité antérieure et à l’extrémité postérieure du corps ; les parois de ces vaisseaux sont contractiles (fig. 230). Le sang qui y est contenu est généralement incolore, quelquefois coloré en rouge ; il se meut d’arrière en avant dans le vaisseau dorsal, et d’avant en arrière dans les vaisseaux latéraux. L’appareil excréteur est constitué par deux troncs principaux, qui sont situés sur les côtés du corps et émettent de nom- ’ breuses ramitications. Ces troncs s’ouvrent au dehors, soit par des orifices latéraux placés plus ou moins en avant, soit par un seul situé en arrière, sur la ligne médiane. Le liquide qu’ils renferment est mis en mouvement par des cils vibratiles implantés sur leurs parois.
Chez les Turbellariés, les sexes sont le plus souvent réunis, parfois séfa.rés{iyicrostomes,Néniertie7is). L’appareil femelle présente de grandes variations. Il se compose d’un ovaire, tantôt simple, tantôt double, et parfois de glandes vitellogènes dont les conduits excréteurs s’ouvrent dans l’oviducte. Celui-ci se différencie dans certaines de ses parties qui fonctionnent comme utérus, et se termine par un vagin, auquel est annexée dans certains cas une poche copulatrice. Souvent il y a deux oviductes qui ne se réunissent que dans leur portion terminale. L’appareil mâle est constitué par des testicules allongés, tubuliformes, dont les canaux déférents débouchent dans une vésicule séminale; il est pourvu d’un organe copulateur, ordinairement protractile et pourvu de piquants. Tantôt il n’y a qu’un pore génital commun aux organes mâles et femelles, tantôl les orifices sexuels sont séparés.
Les embryons naissent couverts de cils vibratiles et présentent pour la plupart un développement direct, mais quelquefois ils subissent des mélamorphoses. Indépendamment de la reproduction sexuelle, on observe aussi chez les Turbellariés des cas de reproduction agame par scissiparité.
Ce sont des animaux qui vivent dans les eaux douces ou marines, Cl parmi lesquels on ne rencontre qu’un petit nombre de formes parasites. On les divise en trois groupes ou sous-ordres, d’aj)i*ès les caractères tirés de leur tube digestif. Celui-ci est droit et n’a qu’un orifice chez les Rhabdocœles ; il n’a également qu’un orifice, mais il est ramifié chez les Dendrocœles ; enfin il est pourvu de deux orifices, une bouche et un anus, chez les Rhynchocœles.