ORGANES ET INDIVIDUS
Les tissus que nous avons passés en revue se combinent de diverses manières et forment par leur réunion des parties du corps de structure plus ou moins compli(|uée, mais de forme définie et accomplissant des actes fonctionnels particuliers. Ce sont les Organes.
L’organe, dans son expression la plus simple, peut être représenté par une cellule unique, et nous en avons déjà donné iinexemple dans la glande monocellulaire. Il y a là, en effet, une partie bien nettement différenciée et chargée d’une fonction déterminée, la sécrétion d’un produit spécial. Dans la plupart des cas, l’organe est formé par nn grand nombre d’éléments agrégés entre eux, et comprend dans sa constilution plusieurs espèces de tissus : ainsi le cœur des animaux vertébrés renferme du tissu musculaire, dilTéreiites formes de tissu conjonctif, des épithéliums, du tissu nerveux.
Ün entend par Système anatomique un ensemble de parties présentant la même composition élémentaire, mais distribuées en divers points de l’organisme, où elles peuvent entrer dans la composition de différents organes ; c’est dans ce sens (jiie l’on dit ; système musculaire, système nerveux.
Un Appareil est formé, au contraire, par un groupe d’organes de constitution différente, mais en connexion anatomique directe et 'formant un tout coordonné pour raccomplissement d’une fonction, comme l’appareil respiratoire, par exemple.
3i CONSTITUTION DES ANIMAUX. [zoologie
Oïl sait que la cellule, cet élément primordial dont se composent les organismes, peut exister isolément et vivre d’une vie indépendante, auquel cas elle constitue ce qu’on appelle un Individu. Or, la plupart des êtres vivants étant lormés, ainsi que nous l’avons indiqué déjà, par la réunion d’un nondjre plus ou moins considérable de cellules, représentent par consé([uent des sociétés. Le terme d’individu devrait donc être réservé aux unités organiques qui s’agrègent entre elles pour la constitution de ces sociétés, mais ce n’est pas dans ce sens qu’il est généralement employé, et on l’applique le jilus souvent à ces sociétés elles-mêmes. 11 importe donc de déterminer ce iju’on entend par ce mot, individu, et quelle signilication on lui attribue. L’idée d’indivisibilité qu’il exprime (iiidividiium) doit être écartée, depuis qu’on sait que certains animaux peuvent être coupés, divisés, sans cesser d’exister, et qu’on connait des laits de re[>roduction par division ou scissiparité. Ce caractère n’est vrai que pour les animaux supérieurs et pour l’IIomme.
On peut se jilacer pour l’a})préciation de l’individualité, soit au point de vue morpliologiijue, soit au point de vue pbysiologiiiue. On appelle individu, morphologiquement parlant, toute agglomération de cellules qui représente sous une forme définie un tout distinct. Physiologiquement, l’individu est caractérisé par la faculté de mener une vie propre, indétiendante ; mais ces notions de l’individualité ne sont pas toujours concordantes, et telle forme qui mérite d’être regardée comme uu individu morpliologi([ue , ue représente jias nécessairement un individu [iliysiologique. Ainsi il y a des animaux dits polymorplies, qui sont formés d’individus morphologiques réunis en certain nondire, et dont la vie est liée à celle de la communauté à laquelle ils appartiennent; c’est cette communauté qui réjiond à l’idée d’individualité pbysiologiijue, vis-à-vis de laquelle les unités morphologiques composantes jouent le rôle d’instruments ou d’organes. Le même, en etfet, que les organismes élémentaires ou cellules se groupent en société pour former un ensemble organique plus complexe, correspondant à une individualité supérieure, de même ces composés cellulaires s’agrègent et se combinent diversement pour donner naissance à des assemblages dont ils représentent les parties constitutives. Cliacuue de ces nouvelles sociétés à son tour, par suite de la solidarité et des connexions qui existent entre ses diverses parties, doit être regardée comme uu individu d’ordre plus élevé. Il y a donc lieu de distinguer diverses catégories d’individualités qui se présentent comme telles au point de vue morpliologiijue, mais qui, dans la constitution d’un ensemble organique supérieur, ont une existence plus ou moins subordonnée à celle de cet ensemble. Ces catéirories sont les suivantes :
OKNÉilALE.] TllÉOniE CELLULAIUE. -- TISSUS. -5
I" Les 01‘gaiiisiiies élémentaires, CcUuIch ou IHaslides;
Les agrégats (jiii résultent de runion des cellules entre elles (d <|iii sont très divers suivant la rornie et rarrangenient de celles-ci : ce sont les Organes ;
L’ensemble ([iii résulte de la réunion d’un certain nombre d’organes en connexion pins on moins étroite et concourant chacun par son rôle physiologLjne à la conservation de l’être collectif dont il fait partie. Cet ensemble représente une individualité supérieure aux précédentes et correspond à l’idée qu’on est habitué à se taire de l’individu envisagé dans les formes élevées de l’organisation, llaeckel donne aux individus de cet ordre le nom da ]*ersonnes.
Les organes unis pour constituer une individualité de rang plus élevé peuvent se grouper en parties similaires. Quand ces [>arties sont homotypes, c’est-à-dire placées symétriquement par rapport à un plan médian, on leur donne le nom (llaeckel). Quand
elles se répètent avec la môme structure et les mêmes fonctions le long de l’axe longitudinal, elles forment les Zooniles de Moquin- Tandon qui a le premier appelé sur ces faits l’attention des zoologistes (1); llaeckel les nomme Métamères. Chaque zoonite possède une autonomie réelle et suffisante dans certains cas pour (|u’il puisse continuer à vivre en dehors de la collectivité à laquelle il appartenait; il constitue donc une individualité subordonnée mais supérieure à l’organe; on en peut dire autant des antimères.
Queh[uefois les personnes se présentent groupées et unies entre elles morphologiquement, parfois même en connexion physiologique les unes avec les autres; elles forment alors par leur association des Colonies, Cormes d’Ilaeckel, corresj)ondant à une individualité d’un ordre supérieur à la personne elle-même. L’existence de semblables agrégations animales constitue ce qu’on nomme Polyzoïsme; les polypes en fournissent un exemple bien connu.
En se plaçant uniquement au poiid de vue physiologique on arriverait sans peine à des individualités de rang pins élevé ([ue les personnes ; ainsi, chez tous les animaux à sexes séparés qui ne peuvent se reproduire (jue par l’accouplement, si les individus inàles et lemelles ont la faculté de mener une vie indépendante sous le rapport de leur propre conservation, ils sont dans une dépendance mutuelle pour ce qui regarde leur reproduction ou la conservation de l’espèce. En pareil cas, le Couple forme donc une individualité physiologiijue siqiérieure à la personne et qui sert à son tour de base à des groupements plus importants.
(1) Moqiiiii-Taiidoii, Monographie de la famille des Ilirudinées. Montp., 1" cdil, 18-27, p. 8i).
ACCUOISSKMÜNT DES ORGANISMES.
3C) ACCUOISSEMENT DES ORGANISMES. [zoologie
Ou voit par ro (jiii précède loiil ce (ju’il y a de relatif dans la iiolioii de riiidividnalité zoologiqne et par quels degrés on passe de la cellule pouvaiil repi'ésenter une unité de vie indépendante, aux organismes les jilus compliqués, assemblages variés d’éléments cellulaires dont les groupes diversement coordonnés ont le rôle (riiistriiinents dans cet ensemble barmonique de pbénomènes qui constitue la vie de ranimai. iNoiis devons examiner maintenant quelles sont les lois d’après lesipielles ces éléments s’unissent et s’associent pour la constitution des organismes.