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CHAPITRE II

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— DIFFÉRENCIATION DES ORGANES ET DIVISION DU TRAVAIL P II Y S I O L O G I O U E

On a vu déjô que dans les animaux les plus simples, formés uniquement de protoplasma, les phénomènes dont se compose la vie avaient pour siège cette matière homogène et n’étaient localisés en aucun point; les fonctions, qui ne sont alors autre chose que les manifeslations des propriétés de la matière vivante, n’ont pas d’organes à leur service et sont remplies indilTéremment par toutes les parties de l’organisme. La fonction existe donc là en dehors de l’organe et, dans certains cas, on voit celui-ci se pi'oduire d’une façon temporaire, comme, par exemple, quand il se forme une cavité accidentelle pour la digestion d’une particule nutritive au sein de la masse jirotoplasmatiijue qui re|>résente le corps d’une amibe. L’organe résulte ici de la localisation de la fonction, localisation passagère qui n’a rien île déünitif, comme rorgane lui-méme.

Cette localisation de la fonction n’est temporaire que dans les êtres les plus inférieurs; elle devient permanente, en même temps que la partie qui en est le siège se ililférencie inorphologiijnement des autres jiarties de l’organisme, aussitôt que celui-ci présente un degré moindre de simplicité. C’est un phénomène analogue à celui qui se produit dans la formation des tissus doués chacun de propriétés particulières et résultant dé la différenciation d’éléments primitivement homogènes. On voit ainsi, au fur et à mesure que rorganisation se perfectionne, la locàlisalion des fonctions s’accroître par l’attribution des divers actes dont elles se composent à

DlFrRUENCIATION DES ORGANES.

GÉNÉIULK.]

des organes spéciaux. Les maiiirestalions (pii appartenaient à l’eiiseini)le du corps constitué par du protoi)lasma sont dévolues à des parties de plus en j)lus distinctes par leur structure et ayant chacune un rôle particulier. C’est à Milne Kdwards (lu’appartient riionneur d’avoir étal)li cette loi, (pie le perfectionneiueut des animaux est d’autant plus grand que la spécialisation des parties (|ui servent à raccomplisseuient des fonctions est plus complète ou que la dicisioii du travail physiologique est poussée plus loin.

<s Dès (pi’on s’élève, dit-il, dans chacune des séries d’êtres de plus en plus parfaits dont l’ensemble compose le Ilègiie animal, on voit la division du travail s’introduire de plus en pins complètement dans l’organisme; les facultés diverses s’isolent et se localisent; chaque acte vital tend à s’elTectuer au moyen d’un instrument particulier, et c’est par le concours d’agents dissemblables que le résultat général s’obtient. Or, les facultés de l’animal deviennent d’autant j)lus ex(piises (pie cette division du travail est portée plus loin; (piand un même organe exerce à la fois plusieurs fonctions, les effets produits sont tous imparfaits et chaque instrument physiologique remplit d’autant mieux son rôle que ce rôle est plus spécial (1). » Cette loi se vérifie non seulement quand on examine les formes si variées de l’organisation animale, mais encore quand on suit le développement d’un organisme en particulier qui, partant de la cellule, atteint souvent à un si haut degré de complication.

L’organisme se partage donc en parties d’autant plus distinctes et présente une structure d’autant plus complexe qu’il se perfectionne davantage, et la dilférenciation morphologiipie est un fait corrélatif de la division du travail physiologique. « De même (pie la similitude dans les fonctions des ditrérentes parties du coiqis suppose runiformité dans leur mode de constitution, la diversité dans les rôles doit être accompagnée de particularités dans la structure et par consé({uent aussi, plus la spécialité d’action et la division du travail sont portées loin, plus aussi le nombre de parties dissemblables doit augmenter et la complication de la machine s’ac-

croître (:2). »

On sait que les organismes sont formés par des agrégations de cellules, mais queh[uefois l’être vivant est représenté par un seul de ces éléments et les actes vitaux sont alors réduits à leur plus grande simplicité ; ils consistent uni((uement en nn échange de matériaux avec le monde extérieur, échange (pii s’elfeclue par voie d’endosmose à travers la paroi du corps, ainsi qu’on l’observe chez

(1 ) Miliic Edwards, IntroilKclion à la Zoologie, générale, p. 38, cl Leçons sur la physiologie et l'anal oniie comparées, t. I, p. U). rl) .Mi lue Etiwatals, loc cil., t. I, p. :20.

ACCnOlSSKMENT DES ORGANISMES.

[ZOOI.OGIK

corlains parasites, tels (|ue les (Iréf/arincs et les Opa/uiesAje protoplasma qui constitue ces organismes iuféi'ieurs est en relation par sa surface externe avec le milieu ambiant, et pour que les pliéiiomènes de nutrition pnissent s’accomplir, il faut que l’étendue de cette surface soit snftisanle par rapport an volume de la masse; c’est ce qui a lien généralement pour les cellules libres dans les limites de grandeur on elles sont reidermées. Mais, quand des cellules s’unissent entre elles en nombre plus ou moins gi'and, comme on le voit dans la constitution des organismes, la masse formée par leur assemblage n’aurait plus qu'une surface relativement beaucoup plus faible, et insuflisante pour l’accomplissement des fonctions nutritives (absorption et exhalation). La vie ne peut donc se maintenir dans ce cas que si l’étendue de la surface est augmentée, et ce résultat s’obtient tout d’abord par la formation d’une surface intenie, Cavité dhgeslive. L’importance de dispositions semblables, propres à assurer la vie individuelle des cellules groupées en société, rcssoi’t de ce que les organismes présentent en général une orgatiisation d’autant plus élevée (ju’ils renferment un nombre plus considérable de ces éléments. Cette influence du noml)re des éléments constitutifs sur l’énergie des manifestations vitales, et par suite sur le degré de supériorité des animaux, a été très bien mise en lumière par Milne Edwards. « Le raisonnement, dit-il, aussi bien que l’observation , nous montre donc l’accroissement de la masse du corps comme devant tendre à augmenter la puissance pbysiologi(iiie des animaux, et comme cette |uiissance est un élément de supériorité, nous })ouvons déjà prévoir que dans l’ensemble de la création, il doit y avoir une certaine relation entre le rang zoologi(|ue de ces êtres et la masse plus ou moins grande de matière vivante que la nature alï'ecte à la constitution de rorganisme dans cbaipie espèce (I). » Or, celle masse, c’est-à-dire le nombre des cellules constituantes, ne peut s’accroitre (jue s’il y a augmentation proportionnelle de la surface, condition réaliséf' en premier lieu par la fonnatioii d’une cavité digestive. Avec rapi)ai‘ition de cette cavité, se présente l’application du pn’ncipe d(‘ la division du travail. lOi elfet, les mêmes fond ions ne sont pas dévolues à la coiicbe cellulaire externe et à la couclie cellulaire intenie, etcbacune d’elles ollVe dans sa slructnn^ des dilférenciations en rapport avec le rôle pliysiologi(|ue (|ui lui appartient. La première est spécialement alfeclée à la vie de relation, la seconde à la vie végétative. Celte simplicité d’organisation se rencoidre dans la forme larvaire nommée Castnda (Ilaeckel), (d qui correspond à une première

(h Milne Edwiirds, Inirotl. à la /ool. f/én.. p.

GiixÉRALE.] LOIS QUI RÉGISSENT LES ORGANES.

phase de développement d’un ii:rand noml)re d’animaux. La gastrula est constituée par deux couches, l’une externe formée de petites cellules ciliées, l’autre iiilerne et circonscrivant la cavité digestive, formée de cellules plus grandes non ciliées.

Le perfectionnement ultérieur des organismes résulte d’une complication (}ui va toujours croissant, mais qui s’obtient par les mêmes procédés ; extension des surfaces, dilTérenciation successive des parties. Ainsi, on voit rétendue des surfaces s’augmenter dans le développement des organes respiratoires (poumons, branchies) et dans celui des organes glandulaires ; dans la formation, entre les deux lames cellulaires externe et interne, d’une cavité nouvelle (cavité générale) qui a une grande importance, car c’est là que prennent naissance l’appareil vasculaire et le li(|uide nourricier ou sang. Ce liquide constitue un milieu intérieur (Claude Bernard) qui fournit aux cellules dans la profondeur de l’organisme les matériaux de leur nutrition, et par consé([uent joue vis-à-vis d’elles le même rôle que le milieu ambiant vis-à-vis des cellules isolées et libres. En même temps, se forment par différenciation morphologique les divers tissus et se produisent ces dispositions organiques variées, en rapport avec la subdivision des fonctions, qu’on observe dans les animaux.

La supériorité des organismes repose donc sur une division du travail physiologique de plus en plus marquée, et cette division impli({ue un fractionnement de plus en plus grand du corps en parties dilîérenciées et spécialement chargées de racco-mplissement des actes fonctionnels dont se compose la vie. Dans l’état de complication organique qui en est la conséquence, il importe de rechercher quels sont les rapports qui unissent ces différentes parties entre elles pour la constitution de l’assemblage harmonique représenté par l’être vivant.

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