RAPPORTS RÉCIPROQUES
La ditïérenciation morphologique qui accompagne la division du travail physiologi([ue, jiroduit cette grande diversité de formes qu’on remarque dans les animaux, bien que tous aient la cellule pour origine. Celte ditférenciation a pour conséquence la multiplication des organes dont se composent les organismes; mais ces organes, quels que soient leur nombre et leur complexité, concourent à un résultat commun, à l’accomplissement des phénomènes fonctionnels par lesquels se manifeste la vie. Ils sont coordonnés de telle sorte que la structure de chacun d’eux est dans un rapport déterminé avec
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ACCKOISSKMENT DES ORGANISMES.
]ZOOLOCIR
la slrucliire des autres, « car il est évident, dit Cuvier, que l’hariiiouie coiiveuable entre les organes (|ui agissent les uns sur les antres, est une condition nécessaire de l’existence de l’être auquel ils aj)))artiennent (Ij. » Cet état de dépendance réciprocine ou de corrélaiion des organes constitue un })riucipe rondamental en zoologie ; c’est grâce à lui (pi’on peut déduire de la forme d’un organe celle de plusieurs autres, et souvent même de rorganisme tout entier.
Cuvier a insisté sur ce point dans son Discours sur les révolutions (lu globe : « Tout être organisé forme un ensemble, un système uni(|ue et clos dont les parties se correspondent muluellement et concourent à la même action définiliv'b par une réaction réciproque. Aucune de ces parties ne peut changer sans que les autres changent aussi; et par conséquent chacune d’elles, prise séparément, indiipie et donne toutes les autres. Ainsi, si les intestins d’un animal sont organisés de manière à ne digérer (jue de la chair et de la chair récente, il faut aussi que ses mâchoires soient construites pour dé-vorer une jiroie; ses grilfes pour la saisir et la déchirer; ses dents [lour la couper et la diviser; le système entier de ses organes du mouvement [lonr la poursuivre et pour Tatleindre, ses organes des sens pour l’apercevoir de loin; il faut même que la nature ait placé dans son cerveau l’instinct nécessaire pour savoir se cacher et tendre des pièges à ses victimes. Telles sont les conditions générales du régime carnivore; tout animal destiné pour ce régime les réunira infailliblement, car sa race n’aurait pu subsister sans elles, etc. (^). »
On sait avec (piel succès Cuvier s’est servi de ce principe pour reconstruire, à l’aide de quebpies-unes de leurs pai'lies seulement, nombre d’animaux éteints et disparus; il a fondé ainsi une science nouvelle, la Daléontologie.-- C’est par la comparaison des organes (ju’on arrive à la connaissance de leurs rapports; oi', cette conijiaraison [»eut être poursuivie dans un seul et même animal ou dans des animaux de forme et d’organisation dilférentes.
L’étnde des rapports (pie présenleni entre elles les diverses parties d’un même individu, cousiitue la l’echerche des homologies ; elle fait conuaitre les répétitions de jiièces similaii’es, (pioiipie modiliées dans leui' forme, (pi’on trouve dans le corps de chaipie animal. C'est Vic(j d’Azyr (I77i) ipii a le premier envisagé les organes à ce [loint de vue, dans un mémoire consaci'é a la comparaison des membres antérieurs et postérieurs de rilomme et des
(Ij Cuvier, d'analomie comparée, S*" élilioii, p. 50.
Cuvier, iJiscourH imr les récolnlions, elc., 0® édit., 1850, p. 08.
générale. I LOIS QUI nÛOlSSENT LES ORGANES.
Quadrupèdes (1). Celte même étude a édé reprise depuis par divers anatomistes, et, eu dernier lieu, par le prolesseur Martius, à (jui Tou doit ladémoiistraliou, complétée depuis par Julien (^2), de celte homologie (d). Par Papplicaliou du pidiicipe des homologues, ou est arrivé de même à admettre f|u’iiu certain nombre de vertèbres moditiées entrait dans la constitution de la tète. C’est a Cœthe qu’appartient la première idée de la composition vertébrale de la tète (HlU); mais il ne publia ses vues à ce sujet que plus tard, alors que déjà Olvcu, en Allemagne (1807), et Duméril, en France (1808), eurent soutenu cette interprétation dans des travaux; presque simultanés. Celte question a lixé raltentiou de la plupart des zoologistes qui ont suivi, et la théorie vertébrale de la tête, combattue par Cuvier, a été défendue, bien qu’avec des divergences d’opinion dans la détermination des vertèbres constitutives, par des naturalistes éminents, tels que de Blainville, Carus, Geoflroy Saint-llilaire, llicbard Oweu.
La comparaison des animaux entre eux et celle des dilTérentes parties dont leur corps est constitué, de façon à établir leurs rapports ou leurs ressemblances, est aussi ancienne que la Zoologie elle-même, car on en trouve déjà l’indication dans les écrits d’Aristote. « Il y a, dit-il, des animaux tels (pie toutes les parties des uns sont semblables aux parties correspondantes des autres... Il y a d’autres animaux dont on ne peut pas dire que les parties sont de même figure, ni qu’elles dÜTèrent du plus au moins ; on peut seulement établir une analogie entre les unes ou les autres. C’est ainsi que la plume étant à l’Oiseau ce que l’écaille est au Poisson, on peut comparer les plumes et les écailles, et de même les os et les arêtes, les ongles et la corne, la main et la pince de l’Écrevisse. \oilà de quelle manière les parties qui composent les individus sont les mêmes et sont différentes (1).» Mais, la recherche des rapports de similitude que présentent les organes dans les dilférents animaux n’a pris de l’importance que depuis les travaux d’Et. Geoflroy Saint-Hilaire, qui en a posé les principes et qui a ainsi créé la Théorie des analogues (5). 11 a établi les règles qui doivent coii-
(I) Vicq (i’Azyr, Mem. de VAcad. des sc., 1774, p. 254.
(-) De riiomohjpie des membres Ihoraciques et abdominaux, 1879.
(,3j Ch. Marliiis, Nouvelle comparaison des menibres pelviens et IhoracUjnes chez, l'hottune et chez les mammifères, déduile de la lorsion de Vliumérus [Mém. de VAcad. des sciences et lettres de Montpellier, 1857).
(1) Aristote, Histoire des animaux, trad. de Camus, 178:1, t. I, p. 5.
(o) Les termes homologue et analogue sont souvent employés aujourd’hui dans une acception nu peu diirérente de celle qu'ils avaient i)rimitivcment; ou ap()ellc homologues les organes qui ont la môme signilication morphologique, et analogues ceu.v ([ui ont le même rôle physiologique.