MODES DIVERS DE DÉVELOPPEMENT
GÉNÉRALE. I
génération alternante, de métagénèse (Owen) ou de généagénèse (de Quatrefages).
Les phénomènes de cet ordre sont d’observation récente; ils furent signalés pour la première fois, en 1819, par un poète naturaliste, Cliamisso, qui les avait observés sur des animaux pélagiens de la division des Molluscoïdcs, nommés Bipbores (Salpa), pendant un voyage de circumnavigation avec Kotzebue. Ce fut là le point de départ de nos connaissances sur la génération alternante. On savait ([ue ces animaux se montrent tantôt isolés, tantôt réunis en certain nombre et de façon à constituer de longues chaînes; on considérait comme appartenant à des espèces différentes ceux qui étaient solitaires et ceux qui étaient agrégés. Cliamisso reconnut que ces Bipbores provenaientles uns des autres, et reproduisaient alternativement chacune de ces formes « de sorte qu’un Bipbore, dit-il, ne ressemble ni à sa mère ni à ses fils, mais à son aïeule et à ses petitsbls (1). »
Cette observation passa presque inaperçue et l’on n’y attacha pas d’abord l’importance qu’elle méritait; l’histoire des Bipbores en particulier ne fut complétée que beaucoup plus tard }>ar les travaux de Krobn, Huxley, etc. Cependant, Steenstrup publia en 1842 son Traité de la génération alternante (2), dans lequel il coordonnait les faits déjà connus et cherchait à en déduire la signification physiologique. Il donna des noms aux individualités de forme différente ([ui se succèdent généalogiquement; ainsi il appela iVoii/’riceshs animaux sortisde l’œuf, qui se reproduisent par agamie, et il les distingua en Grand-nourrices et Nourrices proprement dites, quand deux de ces générations agames se suivent avant le retour à la forme sexuée. Ces dénominations furent choisies par le savant danois à cause de l’idée particulière qu’il se faisait du rôle de ces animaux dans la reproduction; il ne les regardait pas, en effet, comme de véritables parents, capables de produire des germes nouveaux, mais comme étant chargés simplement d’élever ou de nourrir des germes qu’ils portaient déjà avec eux en naissant, et qu’ils tenaient par héritage de l’individu sexué dont eux-mêmes étaient issus. Bien que cette manière de voir soit aujourd’hui abandonnée, les termes proposés par Steenstrup sont encore employés en Allemagne; c est pourquoi nous avons cru bon de les indiquer.
En France, on a adopté d’autres dénominations empruntées à Van Beneden , à qui l’on doit de remarquables travaux sur ce
(1) Cliamisso, De animalibus quibusdam, etc.. Fasc. prim. De Salpis, 1819.
(2) Steenstrup, Ueber die Generalionswechsel in den niederen Tliierklassen,
DÉVELOPPEMENT DES ANIMAUX. (zoologie
siijcf; il importe donc de les faire connaître. Le naturaliste belge a distingué d’abord les animaux en nionogénétiques et digéuétiques, suivant qu’ils se rejiroduisent par la voie ordinaire ou par généralon alternante; il a ensuite désigné les divers états par lesquels passeiU ces derniers, au cours de leur évolution généalogique, en partant de l’œuf, sous les noms de scolex, strobile et proglottis. ^ oyons quel est le sens de ces expressions.
O. F. Muller avait appelé scolex un genre parliculier de Cestoïdes qui lut" ensuite reconnu comme composé uniquement de formes agames appartenant à d’autres Vers de la môme classe. Ce mot, devenu sans emploi comme dénomination générique, sert à désigner les larves agames (|ui naissent de l’œuf. Parfois il arrive que deux formes de larves se succèdent avant le retour à la forme génératrice initiale ; la première reçoit alors le nom de pi'oto-scoleXy la deuxième celui de deuto-scolex.
Comme le mot de scolex, celui de strobile avait été donné par erreur, comme nom générique, à une forme transitoire d’une Méduse {Medasa aurila) observée par Sars. Van Beneden l’a appliqué à l’état sous lequel l’animal se montre composé d’un certain nombre d’individus produits par voie agame, mais qui acquièrent en se développant des organes générateurs.
Comme les précédents, le nom de proglottis était celui d’un genre que Dujardin avait proposé pour des Vers qui n’étaient autre chose que des articles séparés de Cestoïdes, et qui, par conséquent, ne représentaient qu’un état transitoire de ces animaux. Van Beneden a étendu cette dénomination à tous les individus reproducteurs isolés, qui, associés dans le strobile, sont devenus libres en se séparant de lui.
Ainsi, dans le cycle formé par l’alternance régulière de générations agames et sexuées, les scolex correspondent à la phase de reproduction asexuelle, les strobiles et les proglottis à la phase de reproduction sexuelle. Prenons un exemple : l’Aurélie rose {Médusa aurita) est une Méduse dont les formes transitoires ont été observées d’aboril par Sars et sont bien connues. L’œuf de cette Méduse donne naissance à une larve ciliée ovalaire, Planula, qui nage librement et puis, au bout de quarante-huit heures environ, se fixe sur quelque corps solide; elle prend alors la forme d’un polype que Sars, croyant avoir affaire à une espèce zoologique nouvelle, avait appelé Scypliistome{(\<^. 73, 1).T1 reconnut plus tard que ce Scypliistome n’était que le premier âge d’un autre polypequ’il avait nommé Strobile (tig. 74,2 et 3). Celui-ci, qui n’est lui-même, comme nous l’avons vu, qu’une forme transitoire de la Méduse, présente une série d’étranglements qui divisent le corps en un certain nombre de seg-