GÉNÉRALE.] CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET HISTORIQUES
objets eiix-inêüies. C’est à ce dernier ordre qu’appartiennent les classifications zoologiques.
Le premieressai qui ait été fait pour classer les animaux est dû au fondateur même de la zoologie, à Aristote, un des plus vastes génies de l’antiquité, qui vécut de l’an 384 à l’an 3^^ avant Jésus- Christ. Ses travaux relatifs à la sciencedes animaux sont immenses, portent sur les points les plus divers, organisation, fonctions, mœurs, instincts, etc., et dénotent un remarquable esprit d’observation. (( On ne saurait concevoir, dit Cuvier, comment un seul liomme a pu comparer et recueillir la multitude de faits i)articuliers que supposent les nombreuses règles générales, la grande (luantiié d’aphorismes renfermés dans cet ouvrage, et dont ses prédécesseurs n’avaient jamais eu Lidée. L'Histoire des animaux n’est pas une zoologie proprement dite ; c’est plutôt une sorte d’anatomie générale, où l’auteur traite des généralités d’organisation que présentent les divers animaux, où il exprime leurs différences et leurs ressemblances appuyées sur l’examen comparatif de leurs organes,... et où il pose les bases de grandes classifications de la plus parfaite justesse (1). »
Aristote divisait les animaux q\\ Animaux pourvus de sang et Animaux exsangues. Bien que ces expressions fussent fausses, car elles supposaient l’absence de tout liquide sanguin dans le cas où celui-ci n’était pas coloré en rouge, elles marquaient une distinction juste au fond, en séparant les animaux en deux catégories, correspondant l’une à nos Vertébrés, et l’autre à nos Invertébrés. Chacune de ces catégories était subdivisée à son tour : la première en Quadrupèdes vivipares (nos Mammifères), Quadrupèdes ovi-
(Tortues, Lézards), Oiseaux, Serpents, Poissons, et la seconde en (nos Céphalopodes), Testacés (Gastéropodes
et Lamellibranches), Crustacés et Insectes. Les groupes plus restreints dont se composaient les divisions principales que nous venons d indi(juer n avaient pas une valeur hiérarcliique bien déterminée ; les mots yivoç et £i5oç, qui servaient cà les désigner, n’étaient pas employés dans un sens bien précis, cependant £l(îo? correspond d’une manière générale a 1 espèce actuelle; mais on trouve le terme yivoç appliqué à des groupes d’importance très différente, tels que sercuent le genre, la famille ou l’ordre dans nos classifications. Aussi Agassiz estime-t-il qu’Aristote n’a pas proposé une classification régulière. « Il parle constamment de groupes plus ou moins étendus, dit-il, en les désignant par la même appellation. Evidemment il les considère comme des divisions naturelles; mais nulle part il n’ex-
(1) Cuvier, Histoire des sc, nat., t. I, p. 146.
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prime la conviction que ces groupes soient susceptibles d’un arrangement méthodique de nature à exprimer les affinités réelles de ces animaux (l). »
Après Aristote, il faut franchir une longue série de siècles et arriver à Linné (1707-1778) pour rencontrer une classification méthodique des animaux. L’inlluence exercée par cet illustre naturaliste fut immense, et contribua puissamment au dévelopjiement de la science dont il fut en quelque sorte le législateur. Il introduisit \ü nomendature binaire^ dont le principe consiste à donner aux objets deux noms, le premier indiquant le genre et le second l’espèce, suivant un procédé analogue à celui par lequel on distingue dans la société chaque individu par un nom de famille et un nom de baptême; il s’ensuivit une grande clarté et une grande simplicité dans la désignation des animaux et des végétaux. Au-desius des genres, il établit des groupes d’une valeur déterminée et d’une importance croissante, les ordres et les dasses, formant ainsi les cadres dans lesquels les êtres vivants devaient prendre chacun leur place respective. Mais, en 1735, Linné avait proposé pour la classification des végétaux le système célèbre connu sous le nom de système sexuel, et qui fut accueilli par un succès tel, qu’il ht oublier l’intérêt que l’auteur lui-même attachait à la recherche de la méthode naturelle, dont les règles devaient être formulées plus tard par Ant. Laur. de Jussieu. Il en avait cependant tenté l’application au Règne végétal, et dans mainls passages de ses écrits il avait montré qu’à ses yeux le but à poursuivre était l’édification de cette méthode (2); sa classification zoologique, d’un autre côté, n’avait rien d’artificiel, et la plupart des groupes établis par lui ont mérité d’être conservés. A cet égard, du reste, justice lui a été rendue, peutêtre même avec quelque exagération, par Is. Geoffroy Saint-Hilaire, quand il s’écrie : « Restituons donc à Linné riionneur d’avoir le premier inventé la méthode naturelle ; reconnaissons en lui l’auteur non seulement des formes présentes, mais aussi du fond actuel de la classification zoologique, et que dans raccomplissement définitif de cette œuvre capitale, chacun reprenne enfin la part de gloire qui lui appartient (3). » Le tableau ci-dessous donne la division du Règne animal en classes, et la subdivision de celles-ci en ordres, d’après Linné (4) :
(1) Agassiz, De Vespèce et de la classification en zoologie, trad. par Vogeli, 1869, p. 311.
(2) Linné, Philosophia bolanica. Fragmenta methodi naturalis.
(3) Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Essais de zoologie générale, p. 37.
(4.) Linné, Syslema naturæ, 12® édit., Ilolmiae, 1766.
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Classe I. — Mammalia. — Ord. Primates, Bruta, Ferœ, Glires, Pecora, Bclliiæ, Cete.
— II. — Aves. — Ord. Accipitres, Picæ, Anseres, Grallæ, Gallinæ, Passercs.
— III — Amphibia. — Ord. Reptiles, Serpentes, Nantes.
— IV. — Pisces. — Ord. Apodes, Jugulares, Thoracioi, Abdominales.
— V. — Insecta. — Ord. Coleoptera, Ileiniptera, Lepidoptera, Neuroptera,
Hyincnoptera, Diptera, Aptera.
— VI. — Vermes. — Ord. Intestina, Mollusca, Testacea, Litbophyta, Zoopliyta.
Jusqu’à Cuvier, celte classificatiou domina dans la science et ne subit (lue des modifications secondaires ; mais ce grand naturaliste, en donnant pour bases à la méthode naturelle les faits anatomiques, réalisa, suivant le témoignage d’Agassiz, « les plus solides progrès que la classification générale ait faits depuis Aristote (1). » Pour arriver à la distribution méthodique du Règne animal, il s’appuya sur deux principes fondamentaux, celui des corrélations organiques et celui de la subordination des organes. Nous avons déjà indiqué le premier, d’après lequel les diverses parties dont se compose l’organisme sont dans un état de mutuelle dépendance ou de corrélation tel, que tout changement dans l’une d’elles doit entraîner des modifications dans toutes les autres (voy. p. 40); il faut, en effet, pour que l’animal puisse subsister, qu’il y ait entre les organes une harmonie convenable, signalée par Cuvier comme « condition nécessaire de l’existence de l’être auquel ils appartiennent ». Mais l’iiilluence exercée à cet égard sur le reste de l’économie animale est loin d’être égale pour tous les organes. Il en est dont la disposition règle eu quelque sorte celle d’un certain noinbre d’autres, qui leur sont ainsi subordonnés; d’où il résulte que les caractères fournis par les premiers ont une valeur bien plus grande que ceux tirés des derniers. Ce principe de la subordination des caractères, posé par A. L. de Jussieu (2), sert de base à la classification naturelle. C’est par son application au Règne animal que Cuvier a pu établir une classification de beaucoup supérieure à celle de Linné; mais il est allé au delà de la réalité des faits en admettant l’existence de caractères dominateurs^ c’est-à-dire ayant sous leur dépendance la constitution de l’être tout entier; c’était exagérer 1 importance de ceux que de Jussieu appelait caractères de premier ordre. Milne Edwards a victorieusement réfuté cette manière de voir dans son Introduction à la Zoologie générale. « Le principe de la subordination des caractères, dit-il, c’est-à-dire de l’inégalité dans leur valeur relative, est indubitable; mais existe-t-il, dans
(1) Agassiz, loc. cit., p. 317.
(2) A. L. de Jussieu, Exposition d'un nouvel ordre de plantes adopté dans les ■démonstrations du Jardin royal {Mém. de l'Acad. des sciences, 1774).
DE LA CLASSIFICATION
l’organisation de l’animal, une partie dont la disposition règle l’ordonnancement du reste de l’économie? Coimaît-on un caractère anatomique qiielcom[ue dont la jirésence suppose nécessairement la coexistence d’une série d’autres particularités organiques qui manquent lorsijue ce caractère est absent? Y a-t-il môme incompatibilité entre tel mode de conrormation d’un instrument déterminé et un type essentiel quelconque? » La réponse à ces ({uestions est négative, et la conclusion de Milne Edwards se résume ainsi : « Dans chaque groupe naturel, il existe dans l’organisme certains caractères prédominants, sans qu’il y ail des organes dominateurs (1). » Mais les hypothèses sont nécessaires aux progrès des sciences, et celle-ci est devenue aux mains de Cuvier un précieux instrument pour la classification méthodique des animaux, et pour la reconstitution, au moyen de quelques débris restés dans le sol, des faunes anciennes depuis longtemps disparues.
Ce qu’il y a décapitai dans la distribution du règne animal proposée par Cuvier, c’est l’introduction de quatre grandes divisions qu’il a nommées embranchements, et qui correspondent, d’après lui, à quatre plans différents d’organisation. Il exprima pour la première fois ses vues à ce sujet dans un mémoire demeuré célèbre, où il dit : « J’ai trouvé qu’il existe quatre formes principales, quatre plans généraux d’après lesquels tous les animaux semblent avoir été modelés, et dont les divisions ultérieures, de quelque nom que les naturalistes les aient décorées, ne sont que des modifications assez légères, fondées sur le développement ou sur l’addition de quelques parties, mais qui ne changent rien à l’essence du plan (^). »
Les quatre embranchements établis par Cuvier sont ceux des Vertébrés, des Mollusques, des Articulés et des Rayonnés ou Zoopliytes. Les caractères qui les distinguent se résument de la faimn suivante :
I. Vertébrés. — Le système nerveux composé d’un cerveau et d’une moelle épinière est enfermé dans un canal osseux formé par le crâne et par les vertèbres.
Les organes des sens sont au nombre de cim| et logés dans la tête; les mâchoires sont au nombre de deux et horizontales. Le sang est rouge, le cœur musculaire; il ii’y a jamais plus de quatre membres.
II. Mollusques. — Le système nerveux est composé de ganglions épars, reliés entre eux par des filets nerveux et dont les principaux (g. sus-œsophagiens) représentent le cerveau. Il n’y a pas de sipie-
(1) Milnc Edwards, Introd. à la Zoologie générale, pp. 166 et 17“2.
(2) Cuvier, Sur un nouv. rapprochement, etc. {Ann. du Muséum, t. XIX, p. 76).
r.ÉNÉRÂLE.) CONSIDÉRATION, S GÉNÉRALES ET HISTORIQUES.
lelte intérieur; les muscles s’insèrent à la peau (jui sécrète souvent des parties dures, pierreuses, nommées coquilles. Le système circulatoire est assez complet; les organes respiratoires sont circonscrits.
TII. Articulés. — Le système nerveux est Ibrrné par deux cordons qui occupent la face ventrale et présentent d’espace en espace des renflements ganglionnaires; ceux-ci se correspondent par paires et s’unissent ordinairement sur la ligne médiane; les premiers placés au-dessus de l’œsophage constituent le cerveau. Le corps est divisé extérieurement en un certain nombre de segments ou d’anneaux, et la peau, de consistance parfois très dure (squelette extérieur), donne attache aux muscles; souvent il y a des membres articulés eu nombre plus ou moins grand.
IV. ZoopuYTES. — Les organes de ces animaux sont disposés autour d’un centre comme les rayons d’un cercle (animaux rayonnés), au lieu d’être placés symétriquement des deux côtés d’un axe. En général, il n’existe chez eux ni système nerveux distinct, ni appareils spéciaux de circulation et de respiration. « C’est dans cet embranchement, dit Cuvier, que s’observe la disparition, la fusion graduée et successive de tous les organes dans la masse générale. »
Chacun de ces embranchements comprend un certain nombre de classes subdivisées à leur tour en groupes secondaires, mais d’une manière qui n’est pas uniforme. Dans certains cas, il n’existe pas de division intermédiaire à la classe et au genre; dans d’autres, au contraire, il y en a plusieurs et l’on rencontre indépendamment des ordres, comme dans Linné, des groupes qui leur sont supérieurs, tels ([ue les séries et les sections, ou des groupes qui leur sont inférieurs, tels que les familles et les tribus. Voici le tableau de la classificalion à laquelle Cuvier était arrivé après, des modifications .successives {Régne animal, 2® édition, 1820).
Premier emrranchement. — Animaux vertébrés.
Classe T. — Mammifères. — Ord. Bimanes, Quadrumanes, Carnivores, Marsupiaux, Rongeurs, Édentés, Pachydermes, Ruminants, Cétacés.
— H. — Oiseaux. — Ord. Rapaces, Passereaux, Grimpeurs, Gallinacés,
Échassiers, Palmipèdes.
— III. Reptiles. — Ord. Chéloniens, Sauriens, Ophidiens, Batraciens.
IV. — Poissons. — U® série. Poissons proprement dits. Ord. Acanthoptérygiens. Abdominaux, Subbrachicns, Apodes, Lophobranches, Plectognathes. — • 2® série. Chondropténjgiens. Ord. Slurioniens, Sélaciens, Cyclostomes.
Deuxième emrranchement. — Animaux molluscpies.
Classe I. — Céphalopodes. — Ni ordres ni familles.
Il- — Pléropodes. — Ni ordres ni familles. '
102 DE LA CLASSIFICATION. fzuOLOGiE
Classe III. — Gastéropodes. — Ord. Piilmonés, Nudibranclies, Inférobranches, Tectibranclies, Hétéropodes, Pcctinibranclies, Tubulibrancbes, Sciitibranclies, Cyclobtanclics.
— IV. — Acéphales. — Ord. Tcstacés, Tuniciers.
— V. — lirachiopodes. — Ni ordres, ni familles.
— VI. — Cirriiopodes. — Ni ordres, ni familles.
Troisième embranchement. — Animaux articulés.
Classe I. — Annélides. — Ord. Tiibicoles, Dorsibranches, Abranches.
— II. — Crustacés. — P® section. Malacostracés. Ord. Décapodes, Stoma-
podes, Amphipodes, Lœmodipodes, Isopodes. — 2® section. Entomostracés. Ord. Rranchiopodcs, Pœcilopodcs, Trilobitcs.
— III. — Arachnides. — Ord. Pulmonées, Tracbéennes.
— IV. — Insectes. — Ord. Myriapodes, Tbysanoures, Parasites, Suceurs,
Coléoptères, Orthoptères, Hémiptères, Névroptères, Hyménoptères, Lépidojjlères, Rliipiptères, Diptères.
Quatrième embranchement. — Animaux rayonnés.
Classe I. — Echinodermes. — Ord. Pédicellés, Apodes.
— H. — I 'ers intestinaux. — Ord. Nématoïdes (Entozoaires et Epizoaires),
Parenchymateux.
— III. — Acalèplies. — Ord. Simples, Hydrostatiques.
— IV. — Polypes. — Ord. Charnus, Gélatineux, à Polypiers.
— V. — Infusoires. — Ord. Rotifèrcs, Homogènes.
La division du Règne animal en quatre einbranclieinenls trouva une remarquable confirmation dans les résultats auxquels Yon Baer fut conduit par ses travaux embryologiques. Ces résultats concordaient en effet avec ceux que Cuvier avait obtenus par une autre voie; ils établissaient l’existence de quatre modes de développement, d’après lesquels Von Baer admettait quatre types d’animaux, qui coïncidaient avec les embranchements de Cuvier. Ces types sont les suivants :
J. — Type périphérique. — Evolutio radiata (Rayonnés).