II. — DE l’espèce; théorie de la descendance
ou LAMARCKISME.
Dans la classification, l’unité qui sert de point de départ pour la formation des groupes porte le nom d’espèce, et ce mot représente à l’esprit un ensemble d’individus semblables entre eux. A ce point de vue l’accord est général parmi les naturalistes, et déplus, comme il est d’observation vulgaire que ces rapports de similitude existent entre les individus qui ont une origine commune, l’idée de filiation se trouve le plus souvent associée à l’idée de ressemblance dans les définitions qu’on a données de l’espèce.
Ces. définitions sont nombreuses; nous en ferons connaître quelques-unes :
« L’espèce n’est autre chose qu’une succession constante d’individus semblables et qui se reproduisent. » (Buffon.)
« On appelle espèce toute collection d’individus semblables qui furent jiroduits par des individus pareils à eux. » (Lamarck.)
(1) Voy. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Vie, travaux, etc., d’Et. Geoffroy Saint-Ililairc, 1817, p. 375.
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DE LA CLASSIFICATION
« L’espèce est la réunion des individus descendus l’im de l’antre on de parents communs et de ceux qui leur ressemblent autant qu’ils se ressemblent entre eux. » (Cuvier.)
« L’espèce est l’individu répété et continué dans le temps et dans l’espace. » (De Blainville.)
(( L’espèce est la réunion de tous les individus qui tirent leur oi igine des mêmes parents, et qui redeviennent par eux-mêmes ou par leurs descendants semblables à leurs premiers ancêtres. » (C. Vogt.)
« L’espèce est une collection ou une suite d’individus caractérisés par un ensemble de traits distinctifs dont la transmission est naturelle, régulière et indéfinie, dans l’ordre actuel des choses.» (Is. Geoffroy Saint-Hilaire.)
« On appelle espèce, le groupe d’individus qui se ressemblent entre eux au même degré que l’on sait devoir se ressembler ceux qui naissent d’une même souche ; groupe que l’on peut considérer par conséquent comme ayant une origine commune. » (Milne Edwards.)
L’accord qui règne dans ces définitions cesse dès qu’il s’agit de déterminer ce que c’est au fond que l’espèce. Deux opinions sont en présence : l’une qui a dominé longtemps dans la science et qui est fondée sur la croyance à V invar iahilitê de l’espèce, considérée comme une forme produite par un acte particulier de création : « Tôt nimeramiis species, a dit Linné, quot ah initio creavit infinitum E7is.y> L’autre, qui n’a acquis une sérieuse importance que dans ces dernières années, et qui repose sur l’hypothèse de la variabilité, d’après laquelle les caractères des êtres vivants peuvent se modifier, de façon que ces êtres en se transformant à travers le temps représentent des espèces successives.
On comprend l’intérêt capital que cette question de l’origine des espèces présente en elle-même. Suivant que l’on adopte, en effet, l’une ou l’antre des deux opinions qui divisent les naturalistes, on est conduit à une conception entièrement différente de la nature. Dans la première hypothèse, les espèces, indépendantes les unes des autres, auraient été créées isolément, etles formes nouvelles qui ont apparu dans la suite des âges n’auraient pu prendre naissance que par l’intervention directe du Créateur; dans la seconde, les espèces, issues d’une ou d’un petit nombre de formes primitives, seraient unies par un véritable lien de parenté, et leurs transformations successives expliqueraient les changements observés dans la faune et la flore aux diverses époques géologiques.
La question de l’espèce n’a pas une moindre importance au point de vue de la classification. Celle-ci, en effet, n’a plus la même signification suivant ({u’on la résout dans un sens ou dans l’autre. Pour
générale.] de L’ESPÈCE; THÉORIE DE LA DESCENDANCE.
les partisans de l’invariabilité, le classification a pour objet de ranger les espèces dans les cadres zoologiques, chacune à la place qui lui convient, selon les caractères qu’elles présentent, et sans indiquer autre chose que le degré de ressemblance qu’elles ont entre elles; pour les autres, au contraire, elle est l’expression des rapports de descendance qui unissent les espèces entre elles, et elle constitue en réalité l’arbre généalogique du règne animal.
La théorie du transformisme ou de la descendance, ([ui a pour base l’hypothèse de la variabilité des espèces, a été exposée en France, dès 1809, dans ses points essentiels par un naturaliste éminent, Lamarck (1), dont les idées passèrent presque inaperçues à l’époque où il les publia. La doctrine qui devait avoir, un demisiècle après, un retentissement si grand quand parut le livre célèbre de Darwin sur VOrifjine des espèces, n’obtint même pas les honneurs de la discussion, tant la croyance contraire dominait à cette époque parmi les savants. L’auteur de la Philosophie zoologique pose le problème dans les termes suivants :
(.( Ce n’est pas un objet futile que de déterminer positivement l’idée que nous devons nous former de ce que l’on nomme des espèces parmi les corps vivants, et que de rechercher s’il est vrai que les espèces ont une constance absolue, sont aussi anciennes que la nature, et ont toutes existé originairement telles que nous les observons aujourd’hui; ou si, assujetties aux changements de circonstances qui ont pu avoir lieu à leur égard, quoique avec une extrême lenteur, elles n’ont pas changé de caractère et de forme par la suite des temps (2).» — Invoquant les preuves tirées de la difficulté même que présente la détermination des espèces, entre lesquelles il existe si souvent des nuances telles qu’elles se fondent pour ainsi dire les unes dans les autres, Lamarck conclut à leur variabilité. Pour expliquer les transformations subies par elles, il fait intervenir l’action de deux causes principales : la première consiste dans l’influence des circonstances extérieures, dont les changements amènent de nouveaux besoins qui ne peuvent être satisfaits que par des modifications appropriées de l’organisme ; on désigne aujourd’hui les phénomènes de cet ordre sous le nom d’adaptation; la seconde n’est autre que Vhérédité dont le rôle est considérable, et en vertu de laquelle tout changement produit dans l’organisation des individus se transmet par voie de reproduction à leur descendance. De plus, Lamarck considère le temps comme élément nécessaire de la transformation des espèces, celles-ci ne se modifiant que
(1) Lamarck, Philosophie %oologi([ue, 1809; Inlroduclion de l'Histoire nat. des Animaux sayis vertèbres, 1815.
(2) Philosophie zoologique, édit. Martins, l. I, p. 71.