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DE LA CLASSIFICATION. [zoologie

lentement et par gradations insensibles. « Ainsi, dit-il, parmi les corps vivants, la nature ne nous oHre, d’une manière absolue, que des individus (jui se succèdent les uns aux autres par la génération et qui proviennent les uns des autres; mais les espèces parmi eux n’ont qu’une constance relative, et ne sont invariables que temporairement (1). »

De cette théorie, Laniarck déduit les conséquences qu’elle comporte au point de vue de la classitication. Il considère les animaux des dilïérents groupes comme unis par un lien commun de filiation. Chez eux l’organisation va se perfectionnant et se compliquant, depuis les formes les plus simples jusqu’aux formes les plus élevées, bien qu’il existe certaine slacune«, certaines anomalies, résultant de circonstances accidentelles. Il n’admet pas que les êtres forment une série linéaire continue, comme le pensait Bonnet, mais « ils forment, dit-il, une série rameuse, irrégulièrement graduée et qui n’a point de discontinuité dans ses parties, ou qui, du moins, n’en a pas toujours eu, s’il est vrai que, par suite de quelques espèces perdues, il s’en trouve quelque part. Il en résulte que les espèces qui terminent chaque rameau de la série générale tiennent, au moins d’un côté, à d’autres espèces voisines qui se nuancent avec elles (2). » A l’appui de cette manière de voir il signale l’existence d’animaux intermédiaires entre des groupes qui semblaient avoir des caractères bien tranchés, tels que l’Ornithorliynque et l’Echidné entre les Mammifères et les Oiseaux. ^

Justice n’a été rendue à Lamarck que tardivement; la valeur de ses idées philosophiques fut méconnue de son vivant, mais elle a été appréciée depuis. Darwin lui accorde riionneur d’avoir appelé le premier l’attention des savants sur les principes qui devaient servir de base à la doctrine de la formation généalogique des espèces; Ilaeckel proclame son œuvre admirable et revendique pour lui « l’impérissable gloire d’avoir, le premier, élevé la théorie de la descendance au rang d’une théorie scientifique (3) ». Martins enfin termine l’introduction qu’il a écrite pour une édition récente de la Philosophie zoologique par ces lignes : « Venu trop tôt, il (Lamarck) n’a été qu’un précurseur; nuds depuis sa mort la science a grandi, elle s’est iirodigieusement enrichie, et les faits accumulés ont confirmé des généralisations qui ne pouvaient être comprises par ses contemporains. L’iieure de la justice a sonné, et la gloire posthume de Lamarck jette un éclat inattendu sur la France; grâce

(1) Loc. cit., p. 90.

(“2) Loc. cit., p. 77.

(3) llaeckcl, Histoire de la création, Irad. par Letourneau, p. 99.

générale.] de L’ESPÈCE; THÉORIE DE LA DESCENDANCE.

à lui, elle peut revendiquer une part notable dans le mouvement déjà irrésistible qui transformera bientôt la science des êtres organisés (1). »

Après Lamarck, Et. Geoffroy Saint-IIilaire soutint en France l’opinion de la variabilité et de la descendance commune des espèces; ce fut là le fond de la discussion retentissante qui s’éleva entre Cuvier et lui en 1830. Il s’écarte sur quelques points des idées de son célèbre devancier; ainsi, il attribue un rôle prépondérant, comme cause modificatrice, à l’influence directe du monde ambiant, et n’accorde qu’une importance secondaire à la réaction de l’organisme soumis à de nouveaux besoins et obligé à de nouvelles habitudes par suite d’un changement dans les circonstances extérieures; il est aussi plus réservé dans ses conclusions. « Néanmoins, dans cet ordre d’idées, il procède de Lamarck, et il s’est plu à se proclamer lui-mème en plusieurs occasions le disciple de son illustre collègue (2). »

Parmi les naturalistes français qui ont suivi, les seuls qui aient été partisans de la doctrine de la descendance sont Bory de Saint-Vincent et Charles Naudin.

En Allemagne, les idées philosophiques de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire furent partagées par Gœllie, qui lui-même avait fait en histoire naturelle des travaux conçus dans un esprit analogue.

A la même époque, Treviranus, Oken regardaient aussi les espèces comme issues les unes des autres et produites par la modification graduelle de formes préexistantes; plus tard, Léopold de Buch, Vou Baër, Scbleiden, etc., se rangèrent à cette manière de voir.

En Angleterre, l’hypothèse du transformisme fut soutenue dès la fin du siècle dernier par Erasme Darwin, le grand-père de l’auteur de VOrifjine des espèces, et plus récemment W. Herbert (1822), Grant (1820), Huxley (1850) prirent parti pour elle.

Cependant la théorie de la descendance était repoussée par presque tous les naturalistes, et la croyance à l’immutabilité de l’espèce était générale, quand parut en 1859 le livre célèbre de Darwin. La puissance avec laquelle la question était traitée dans cet ouvrage, la valeur des preuves apportées par l’auteur à l’appui de son opinion, forcèrent l’attention du monde savant. Accueillies par les uns avec enthousiasme, combattues par les autres avec passion, les idées

(1) Philosophie zoologique, édit. Marlins, Inl roduction, p. 8i.

(2) Is. GeotTroy Saiat-llilaire, Vie, travaux, etc., d'El. Geoffrog Saint Hilaire, p. 346.

DE LA CLASSIFICATION

(le Darwin ont été depuis lors l’objet d’une controverse qui n’a pas toujours gardé le caractère d’une calme et froide discussion scientifique ; quoi qu’il en soit, l’œuvre du naturaliste anglais a été le point de départ d’un mouvement tel en faveur de la doctrine généalogique, que celle-ci est souvent désignée sous le nom de Dancinisme. Un court résumé des vues de Darwin doit donc trouver ici sa place.

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