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III. — DARWINISME OU THÉORIE DE LA SÉLECTION

A Darwin revient le très grand mérite d’avoir scientifiquement développé la doctrine généalogique fondée par Lamarck, en lui donnant pour base un nombre immense d’observations et de faits, et de l’avoir complétée par l’introclnction d’un principe nouveau d’une grande importance, le principe de la sélection naturelle.

Comme Lamarck, Darwin soutient la variabilité de l’espèce ; à l’appui de cette opinion, il invoque l’existence d’espèces douteuses et l’impossibilité d’établir une séparation bien nette entre l’espèce et ses subdivisions que l’on appelle races ou variétés. Il n’existe pas, en effet, de critérium qui permette de les distinguer toujours avec certitude les unes des autres. Cependant on a donné la fécondité des croisements entre formes différeiites comme un moyen de reconnaître les variétés des véritables espèces, celles-ci devant, dans ce cas, rester infécondes, ou tout au moins ne produire qu’une descendance stérile. Mallieureusement, la valeur de ce caractère est très contestable. Il est vrai que la fécondité n’est possible qu’entre formes présentant une certaine analogie organique; elle n’a plus lieu au delà d’un certain degré de différenciation morphologique, aussi peut-on dire d’une manière générale que les croisements sont d’autant plus faciles que les formes ont plus de ressemblance entre elles. Ils doivent donc être plus fréquents entre variétés qu’entre espèces, mais il n’y a dans ce fait aucune ligne de démarcation résultant d’une différence fondamentale et de nature particulière entre les uns et les autres ; c’est une distinction purement relative, basée sur une différenciation plus ou moins marquée. One cette différenciation s’accentue davantage dans une forme regardée comme une variété et celle-ci deviendra une espèce. «On peut donc considérer, dit Darwin, une variété bien prononcée comme une espèce naissante (I). »

Mais il ne suffit pas d’établir que les espèces sont variables ; il faut encore recliercher quels sont les procédés par lesquels s’opè-

(1) Darwin, Origine des espèces, trad. Moulinié, p. 56.

(iKNÉRALE.) DARWINISME OU THÉORIE DE LA SÉLECTION.

reiil les changemeiUs qu’elles subissent. Pour cola, Darwin a étudié avec un soin particulier les variations produites sous l’action de l’iiomine chez les espèces domestiques. On sait que l'élevage des animaux, la culture des végétaux, donnent des résultats étonnants au point de vue de la modification dans un sens déterminé des formes vivantes. L’art des éleveurs et des horticulteurs consiste à faire choix des individus les mieux doués sous le rapport de telle ou telle qualité qu’on recherche en eux. Oji trie ainsi et l’on réserve pour la reproduction, pendant une série de générations successives, ceux qui présentent au plus haut degré le caractère qu’il s’agit de développer. L’accumulation répétée par voie d’hérédité de différences primitivement très faibles amène, au bout d’un certain temps, des modifications telles, que les formes ainsi obtenues seraient regardées, par un naturaliste qui les rencontrerait à l’état sauvage, comme des espèces distinctes. C’est là la sélection par l’homme, ou sélection artificielle, qui est basée, comme on le voit, sur ces deux propriétés fondamentales des animaux et des végétaux , la variabilité et l’hérédité.

Darwin s’est demandé s’il existait dans la nature un procédé analogue à celui de la sélection, et il l’a trouvé dans les conditions d’existence auxquelles les êtres vivants sont soumis, condilions qui déterminent une sélection naturelle comparable à celle par laquelle l’homme modifie si profondément les espèces domestiques. La théorie de cette sélection naturelle forme la partie essentielle de l’œuvre de Darwin et constitue véritablement le Darwinisme.

La sélection naturelle est la conséquence d’un fait général et incontestable que Darwin désigne par l’expression de lutte pour l’existence, struggle for life. Par ces mots, il faut entendre les difficultés de tout genre que rencontrent, pourvivre et se reproduire, les êtres organisés dont la plupart périssent au début même de l’existence. Il ne peut en être autrement, car si tous les germes produits réussissaient à se développer, la multipli-cation des individus vivants serait telle, que la nourriture et l’espace leur manqueraient bientôt. Il faut donc que beaucoup d’entre eux succombent sous des influences diverses. C’est, dit Darwin, la doctrine de Malthus appliquée aux règnes animal et végétal, agissant avec toute sa puissance, et dont les effets ne sont mitigés ni par un accroissement artificiel de nourriture, ni par des entraves restrictives apportées à la reproduction (1). »

Comme exemple, il cite l’éléphant, celui de tous les animaux qui se reproduit le plus lentement, et il trouve qu’au bout de 740 à

(1) Darwin, loc. cil., p. 68.

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DE LA CLASSIFICATION

750 ans, il y aurait, si tous avaient vécu, près de 19 millions d’individus issus d’une seule paire primitive. Tout organisme doit donc lutter dès sa naissance contre une foule d’influences ennemies ; la vie pour lui est un combat incessant dans lequel il succombera, s’il n’est pas suffisamment armé, ou s’il est placé dans de mauvaises conditions. Les individus privilégiés l’emportent seuls dans cette lutte ; les autres, et c’est le plus grand nombre, sont condamnés à périr.

Les rapports qu’ont entre eux les êtres organisés dans la lutte pour l’existence sont souvent très complexes. Darwin en donne des exemples bien curieux, entre auti’es celui dans lequel il montre la relation qui existe entre la fécondité du trèfle et de la pensée et le nombre de Chats qui vivent dans la même localité. 11 a reconnu que l’intervention du Bourdon était nécessaire pour la fécondation de ces deux plantes; c’est par l’entremise de cet insecte ([ue s’effectue le transport du pollen d’une fleur à l’autre, par conséquent plus il y aura de bourdons, plus la multiplication de ces végétaux sera grande ; mais, d’autre part, la quantité de Bourdons dépend elle-même en grande partie du nombre des Mulots, car ceux-ci détruisent leurs nids ; les Mulots à leur tour ont pour ennemis les Chats, or ces derniers en les poursuivant favorisent le développement des Bourdons, et par suite celui des trèfles et des pensées qui sont fécondés par ces insectes.

Dans cette concurrence à laquelle sont soumis tous les êtres organisés, la victoire ne saurait être le fruit du hasard ; elle appartient évidemment aux individus les mieux doués, à ceux qui ont sur leurs rivaux une supériorité quelconque. Les autres, moins bien partagés, doivent succomber, et c’est ce résultat nécessaire et fatal de la lutte pour l’existence que Darwin a appelé du nom de « sélection naturelle ou survivance du plus apte». Or, Tavantage auquel les individus favorisés ont dû de triompher dans la lutte est transmis par eux à leurs descendants, en vertu de la loi d’hérédité, et parmi ceux-ci, les mieux dotés, c’est-à-dire ceux chez qui la même particularité sera le plus développée, l’emporteront à leur tour sur leurs compétiteurs. Il s’ensuit qu’à chaque génération cette particularité s’accentuera davantage, et atteindra au bout d’un certain temps une importance suffisante pour différencier à un haut degré les organismes ainsi modifiés, de leurs premiers parents. La lutte pour l’existence intervient donc comme le ferait l’éleveur ou le cultivateur par la sélection artificielle, et a pour conséquence le perfectionnement de l’être par rapport aux conditions de milieu où il se trouve. Le rôle de la sélection qui se fait ainsi dans la nature est défini par Darwin dans les termes suivants: « On peut par métaphore dire que la sélection naturelle est, à chaque instant et dans l’univers entier, occupée à scruter les moindres variations ; rebutant celles qui sont

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