GÉNÉRALE.] DARWINISME OU THÉORIE DE LA SÉLECTION
mauvaises, conservant et additionnant toutes celles qui sont bonnes ; travaillant insensiblement et sans bruit, partout et toutes les fois que l’occasion s’en présente, cà l’amélioration de chaque être organisé, dans ses rapporls tant avec le monde organique qu’avec les conditions inorganiques (1). »
La théorie de la sélection a pour point de départ les variations qui se manifestent dans les êtres organisés, variations dont elle constate l’existence comme un fait, mais dont les causes sont encore mal connues. Cependant on doit considérer tout changement dans les conditions de la vie comme pouvant entraîner une modification des organismes, soit par son action directe, soit par son intluence sur l’appareil de la reproduction, intluence qui se traduit alors chez les descendants par une déviation de la forme primitive. Quoi qu’il en soit, la sélection ne détermine pas la variabilité ; « elle n’implique que la conservation des variations qui apparaissent chez l’être, et, dans les conditions où il se trouve, lui sont utiles (2). »
Non seulement ces variations vont grandissant de génération en génération, mais la dilTérenciation morphologique qui en résulte s’accroît encore par la production de modifications secondaires qu’elles entraînent à leur suite, en vertu de la corrélation qui unit les organes entre eux. C’est là ce que Darwin désigne sous le nom de variation corrélative. « J’entends par cette expression, dit-il, le fait que les différentes parties de l’organisation sont, dans le cours de leur croissance et de leur développement, si intimement liées entre elles, que lorsque de légères variations en affectent une et s’accumulent par sélection naturelle, d’autres se modifient aussi (3). »
La sélection sexuelle ajoute souvent ses effets à ceux de la sélection naturelle. Quand les mâles, en effet, combattent pour la possession des femelles, la victoire appartient aux plus vigoureux ou à ceux qui sont le mieux armés, et ceux-ci en se reproduisant transmettent leurs qualités à leurs descendants. On sait que ces luttes sont très ardentes chez certains animaux, tels que les Cerfs et les Chevreuils parmi les Mammifères, les Coqs parmi les Oiseaux, etc. Dans d’autres cas, il y a simplement rivalité entre les mâles pour charmer la femelle par la séduction de certains avantages ; quelquefois c’est par la beauté de leur chant qu’ils cherchent à plaire, comme on le voit chez bon nombre d’Oiseaux ; d’autres fois, c’est par l’éclat de la parure, mais le résultat de la lutte est toujours le même, car le succès assure la reproduction de ceux qui possèdent quelque caractère de supériorité. Darwin attribue à cette sélection la plupart des diffé-
(1) Darwin, loc. cil., p. 89.
(2) Darwin, loc. cil., p. 85.
(3) Darwin, loc. cil., p. 160.
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rejilces sexuelles secondaires qui sont si remarquables chez certains animaux ; par exemple, le bois du Cerf, l’ergot du Coq, la queue du Paon, etc.
Diverses iidluences se combinent en ouire à la sélection naturelle pour modilier les organismes, en mettant en jeu leur faculté d’adaptation au milieu dans lequel ils vivent ; telles sont les conditions d’alimentation, de climat, ou celles, si importantes aux yeux de Lamarck, qui tiennent aux habitudes, à l’usage et au défaut d’usage des parties. Les exemples de ce genre sont nombreux, et nous avons déjà cité dans un chapitre précédent quelques-uns de ceux qui sont fournis par les faits de rétrogradation. Darwin a constaté que chez les Canards domestiques les os des ailes sont moins développés que chez les Canards sauvages, tandis que ceux des pattes le soûl davantage, et cela vient de ce qu’ils se servent beaucoup moins des unes et beaucoup plus des autres.
La sélection naturelle a une puissance infiniment plus grande que la sélection pratiquée par riiomme. Elle s’exerce pendant la durée de périodes géologiques d’une incalculable longueur et atteint à des effets prodigieux par l’accumulation des résultats. La condition essentielle de cette puissance, c’est le temps, et Darwin insiste avec force sur la lenteur extrême avec laquelle agit la sélection naturelle ; mais il n’admet pas de limite à la variation qui résulte de l’accroissement dans une direction donnée d’une modification première. « Si lente, dit-il, que puisse être la marche de la sélection, puisque l’homme peut, avec ses faibles moyens, faire beaucoup par sélection artificielle, je ne vois aucune limite à l’étendue des changements, à la beauté et à l’infinie complication des coadaptations entre tous les êtres organisés, tant les uns avec les autres, qu’avec les conditions physiques dans lesquelles ils se trouvent, qui peuvent, dans le cours des temps, être effectuées par la sélection naturelle, ou la survivance des plus aptes (1). »
La différeuciation produite par la sélection naturelle entraîne l’extinction des formes intermédiaires qui, étant moinsfavorisées dans la lutte pour l’existence, diminuent d’abord en nombre et finissent par disparaître pour faire place à celles qui ont pris naissance par suite d’une variation avantageuse. Il résulte de là que les formes issues d’une souche commune et qui n’étaieut d’abord séparées que par des différences légères, présentent un écart de plus en plus grand, qui devient considérable avec le temps. C’est ce principe de divergence des caractères qui rend compte comment les variétés parviennent à différer assez entre elles pours’éleverau rangd’espèces.
(I) Darwin, loc, cil., p. 114.
GÉNÉRALE.] DARWINISME ou THÉORIE DE LA SÉLECTION.
La sélection naturelle en développant les variations qui sont avantageuses à rétre vivant amène, en règle générale, le pei fectionnement graduel de l’organisme ; mais le jirogrès ainsi réalisé est relatif et subordonné aux: conditions de milieu, car il consiste essentiellement dans une adaptation plus parfaite de l’être à ce milieu. Or, tel caractère qui, dans des conditions déterminées, constitue une réelle supériorité, peut perdre toute valeur, devenir inutile ou môme nuisible, si ces conditions sont ditférentes ; de là, les laits de rétro-
gradation que nous avons eu plusieurs fois l’occasion de mentionner.
Il est aussi des cas où la sélection naturelle n’a pas lieu de s’exercer, par exenq)le, quand les êtres sont en barmonie avec les conditions de milieu ; si ces conditions restent les mêmes, ils peuvent se perpétuer sans changement pendant des périodes indéfiniment prolongées, et c’est ainsi que s’explique, selon Darwin, le maintien d’un grand nombre de formes inférieures. « La cause principale de leur existence, dit-il, se trouve dans le fait qu’une organisation élevée ne saurait être d’aucun avantage, ni avoir aucune utilité, pour un être placé dans des conditions de -vie les plus simples; il est possible même qu’elle fût nuisible, comme entraînant une nature trop délicate et plus sujette à être dérangée et détruite (1). »
Certaines circonstances, au contraire, sont particulièrement favorables à l’exercice de la sélection naturelle : ainsi la multiplicité des individus qui représentent une forme organique et leur distribution sur une vaste surface. En effet, plus les individus sont nombreux, plus il y a de chances pour qu’il se produise parmi eux des variations avantageuses qui sont ensuite développées par la sélection ; de même, plus une forme est répandue, plus elle est exposée, sous l’influence de conditions extérieures diverses, à subir des modifications qui donnent prise à la sélection.
La transformation lente des organismes, tel est donc le résultat général des influences diverses que les êtres vivants subissent dans la nature. Cette transformation ne suit pas une marche uniforme dans tous les cas, et peut même être nulle. Elle s’opère suivant des directions différentes et donne lieu à l’apparition d’un nombre plus ou moins grand de formes, dont les unes s’éteignent et dont les autres deviennent le point de départ de variations nouvelles. Les formes ainsi produites vont donc en s’écartant toujours davantage les unes des autres et de la souche primitive, et elles atteignent, au bout d’une longue série de générations, un degré de différenciation suffisant pour constituer ce qu’on appelle des espèces distinctes. Selon cette doctrine, l’espèce n’a donc rien d’absolu ni d’immuable ; Darwin la
(1) Darwin, loc. cit., p. 133.
lli DE LA CLASSlFICÂTIO^^ [zoologie
définit ; « L’ensemble des cycles de générations correspondant à des conditions d’existence définies et conservant, tant que celles-ci ne varient pas, une certaine constance dans leurs caractères essentiels.»
Les rapports de ressemblance qu’on remarque entre les espèces et qu’on désigne sous le nom d’affinités naturelles, s’expliquent parle lien commun de descendance qui les unit. Ces affinités vont en diminuant en même temps que le degré de parenté s’éloigne, d’où la formation de ces groupes subordonnés les uns aux autres, genres, familles, etc., dont se compose la Classification. Celle-ci n’est en réalité rien autre chose que l’arbre généalogique des êtres vivants.