IV. — EXAMEN DE LA THÉORIE DE LA DESCENDANCE
Le succès obtenu par les idées de Darwin est dû à l’accord remarquable que les faits présentent en général avec la doctrine; c’est dans cet accord qu’on a trouvé les preuves les plus convaincantes en faveur du transformisme. Ces preuves sont tirées de la morphologie, de l’embryologie, de la succession géologique et de la distribution géographique des êtres organisés.
a. — Faits morphologiques.
Les faits morphologiques trouvent dans la doctrine de Darwin une explication satisfaisante. Les caractères de ressemblance qui existent entre les animaux de différents groupes tiennent à la parenté qui les unit, et la conformité de structure qui se révèle dans ce que Cuvier appelait le <( plan d’organisation », est tout simplement le résultat d’une descendance commune. Le défaut de ligne de démarcation tranchée entre les groupes vient à l’appui de celte manière de voir. Dans l’hypothèse de la création indépendante des formes organiques, comment se rendre compte, en effet, de l’existence des types de transition, tels que le Lepidosiren entre les Poissons et les Pieptiles, rOrnilhorhynque entre les Oiseaux et les Mammifères , tandis que dans l’hypothèse généalogique, ce sont les représentants de souches anciennes qui, grâce à des conditions spéciales, se sont perpétués sans modification notable ?
Les rapports de similitude que présentent entre eux les organes analogues et les organes homologues sont inexplicables selon l’ancienne théorie ; au contraire, selon la nouvelle, ils n’ont rien que de naturel, puisqu’il s’agit de parties primitivement semblables, qui se sont modifiées par adaptation à des usages différents. On comprend ainsi que les membres des Mammifères puissent affecter les diverses formes qu’on leur connaît, tout en restant identiques dans leur mode de constitution. « Quoi de plus curieux, dit Darwin, que
générale.] examen de la THÉORIE DE LA DESCENDANCE.
(le voir la inaiiule l’Homme faite pour saisir, celle de la Taupe conformée pour fouir ; la jambe du Cdieval, la palette du Marsouin et l’aile de la Chauve-souris, toutes construites sur un même modèle, et compreuaut les mêmes os situés dans les memes positions relatives (1)‘? » Mais on en trouve la raison dans l’origine commune de tous ces animaux, si ou les suppose issus d’un ancêtre primitif. Un exemple non moins frappant est fourni par la bouche des Insectes, où l’on trouve toujours les mêmes éléments pour former soit la trompe délicate des Papillons, soit l’armature puissante des Coléoptères. La sélection naturelle explique également l’bonmlogie des membres antérieurs et des membres postérieurs chez les Vertébrés, celle des pattes et des organes de préhension et de mastication chez les Crustacés.
Si des parties similaires peuvent être modifiées diversement, par adaptation, à des usages différents, par contre, des parties primitivement dissemblables peuvent acquérir une grande ressemblance par adaptation aux mêmes usages. Lamarck a le premier signalé ces ressemblances analogiques, produites sous l’inlluence de conditions d’existence semblables. Ainsi, par la forme générale du corps, par la transformation des membres en nageoires, les Cétacés, bien qu’ils appartiennent à la classe des Mammifères, ont l’apparence extérieure des Poissons, et cela tient à ce qu’ils mènent comme ceux-ci une vie aquatique. Les cas de ce genre sont fréquents chez les Insectes. C’est également par adaptation à des conditions analogues que prennent naissance dans des groupes différents des modifications correspondantes, qui établissent entre ces groupes une sorte de parallélisme , comme on l’observe entre les Mammifères ordinaires et les Marsupiaux, où, de part et d’autre, on trouve des Carnivores, des Insectivores et des Rongeurs.
Ces faits restent sans explication dans la doctrine ordinaire. A côté d’eux prennent place des phénomènes bien remarquables, récemment observés, surtout par Bâtes et Wallace, et désignés sous le nom de mimétisme. Ils constituent, en effet, une imitation véritable de certaines espèces par d’autres qui, appartenant à des genres ou même à des familles différentes, revêtent néanmoins l’aspect des premières, à tel point que l’observateur le plus exercé peut y être aisément trompé. La raison en est dans l’avantage que la forme imitatrice trouve à prendre une livrée qui ne lui appartient pas, et qui la soustrait à quelque danger habituel ; de sorte que toute variation qui tend à la faire ressembler à une forme plus favorisée donnera prise à la sélection naturelle, et se développera de plus en
(1) Darwin, loc. ciL, p. 457.
DE LA CLASSIFICATION
plus. Les exemples de ce genre ne sont pas rares, principalement chez les papillons.
L’existence d’organes rudimentaires est invoquée à juste titre comme une des preuves les plus convaincantes en faveur de la théorie, car elle est absolument inconciliahle avec l’hypothèse des créations successives Les exemples en sont frappants et nombreux ; nous en avons cité quelques-uns dans un chapitre précédent. « fl serait difficile, dit Darwin, de nommer un animal supérieur chez lequel il n’y ait pas quelque partie qui ne se trouve à l’état rudimentaire. Dans les Mammifères, par exemple, les males possèdent toujours des rudiments de mamelles; un des lobes des poumons se trouve dans cet état chez les Serpents; chez les Oiseaux, l’aile bâtarde n’est qu’un doigt rudimentaire, et dans un certain nombre d’espèces, les ailes sont incapables de servir au vol, ou en sont même réduites à un simple rudiment. Quoi de plus curieux que la présence de dents dans les fœtus de Baleines, qui, adultes, n’ont pas trace de ces organes; ou des dents qui, occupant la mâchoire supérieure du Veau avant sa naissance, ne percent jamais la gencive (1)? »
L’origine de ces organes rudimentaires trouve une explication toute simple dans la doctrine généalogique, qui attribue leur maintien à l’hérédité et leur atrophie à un phénomène de rétrogradation, produit par le défaut d’usage ou par sélection naturelle. L’influence du défaut d’usage, si bien mise en lumière par Lamarck, est manifeste dans la plupart des cas, par exemple chez les animaux qui vivant sous terre ou dans des cavernes obscures, sont aveugles et n’ont que des yeux atrophiés, ou chez les Oiseaux coureurs, comme l’Autruche, qui, ayant perdu l’hahitude de voler, ne présentent jilus que des rudiments d’ailes. Il est des cas dans lesquels l’intervention de la sélection naturelle se laisse reconnaître ; c’est quand un organe, par suite de conditions d’existence nouvelles, est devenu non seulement inutile, mais nuisible. Darwin cite le fait observé par âVollaston, que, dansLile de Madère, les Coléoptères à ailes imparfaites et ne pouvant voler, sont en proportion considérable, et il l’explique par le danger que crée pour les insectes ailés le vent (jui les emporte souvent âla mer, où ils périssent; aussi pense-t-il « que l’état aptère de tant de Coléoptères de Madère est principalement dû â une action de sélection naturelle combinée avec le défaut d’usage. En effet, pendant les générations successives, tout individu volant le moins, soit par paresse, soit par imperfection de ses ailes, aura eu plus de chances de survivance en n’étant pas emporté en mer, tandis que.
(1) Darwin, loc. cit., p. 174.
GÉNÉRALE.] EXAMEN DE LA THÉORIE DE LA DESCENDANCE
d’autre part, les Coléoptères disposés à prendre souvent leur vol auront dû plus souvent être entraînés loin des côtes, et par conséquent détruits (1). »
Il y a des oi-gaiies qui, bien qu’ils soient fort peu développés, ne doivent pas être regardés comme frappés de rétrogradation; ce sont ceux qui, loin d’être nuisibles ou seulement inutiles, servent à quelque usage. Darwin les regarde alors comme des organes naissants, susceptibles de se développer ultérieurement sous l’inlluence de la sélection naturelle. On peut citer comme étant à l’état naissant les membres filiformes du Lepidosiren, les glandes mammaires de rOrnilliorhynque.
Comment comprendre la signification des organes rudimentaires en dehors de la théorie de la descendance? On a donné comme raison de leur présence le « respect de la symétrie ou du plan de la nature » ; mais une pareille explication ne supporte pas l’examen, tandis que leur existence, dit Darwin, r loin de constituer une difficulté embarrassante, comme cela est le cas pour l’hypothèse ordinaire de la création, devait au contraire être prévue comme une conséquence des principes que nous avons développés (:2) ».
b. — Faits embryologiques.
Un des résultats les plus remarquables fournis par l’embryologie est celui de l’identité d’origine des animaux, qui tous ont pour point de départ la cellule, et l’on a vu dans un précédent chapitre quels sont les phénomènes généraux qui constituent l’évolution de celte cellule, pour la formation des organismes.
Quand on compare les embryons d’animaux répondant à un même type d organisation, on est frappé de la ressemblance qu’ils présentent pendant les jiremières périodes de leur développement. Les dilïéi onces qui les distinguent à l’état adulte ne se montrent (|ue plus tard. Darwin cite comme preuve de ce fait ces paroles de Von Baei . «Les embryons de Mammifères, d’Oiseaux, de Lézards, Serpents, probablement aussi ceux des Tortues, sont très semblables entre eux aux premiers états de leur développement, tant dans leur ensemble que par le mode dévolution de leurs parties; au point qu’en fait nous ne pouvons les distinguer que par leur gro.sseur. Je* possède, conservés dans 1 alcool, deux petits embryons dont j’ai omis d insciire le nom, et il me serait actuellement impossible de dire à quelle classe ils appartiennent. Ce sont peut-être des Lézards, des petits Oiseaux ou de très jeunes Mammifères, tellement la similitude
(1) Darwin, loc. cit., p. 153.
('2) Darwin, loc. cil., p. igO.
118 DE LA CLASSIFICATION. [zoologie
(lu mode de formation de la tête et du tronc chez ces animaux est ^q’ande. Les extrémités de ces embryons ne sont pas encore formées; mais même le fussent-elles au premier état de leur développement, que nous n’en saurions pas davantage, car les pattes des Lézards et des Mammifères, les ailes et les pattes des Oiseaux, ainsi que les mains et les pieds de l’Homme, dérivent tous de la même forme fondamentale (1). »
Cette ressemblance des formes embryonnaires, d’autant plus grande que l’on considère des espèces plus voisines, est en parfait accord avec l’iiypotbèse d’une parenté réelle entre ces espèces, car les traits de similitude qu’on observe dans leur développement s’expliquent alors par la transmission héréditaire de dispositions organiques appartenant à un ancêtre commun. Dans l’évolution de l’embryon, l’influence de l’hérédité, qui tend à maintenir la forme ancestrale, est souvent modifiée par des phénomènes particuliers d’adaptation, d’où résultent des différences considérables. On en trouve un exemple manifeste chez les« animaux à métamorphose, dont les larves vivant en liberté s’adaptent aux conditions ambiantes aussi complètement que des animaux adultes. C’est ainsi qu’il existe parfois une étroite ressemblance entre certaines formes larvaires, qui appartiennent à des insectes d’ordres différents, tandis que, par contre, il peut y avoir une grande dissemblance entre larves appartenant à des insectes de même ordre.
L’embryon suit d’une manière générale une marche progressive dans le cours de son développement; il est cependant des cas dans lesquels l’animal adulte se montre inférieur par son organisation à sa forme larvaire, et cette métamorphose régressive est le résultat d’une adaptation à des conditions particulières d’existence. C’est ce qu’on -observe, par exemple, chez les Cirrhipèdes, qui, à l’état de larve, mènent une vie indépendante, puis se fixent sur les corps étrangers et prennent la forme adulte. Celte rétrogradation est poussée plus loin encore dans les espèces parasites, parfois réduites à une sorte de sac informe {sacculina).
Une preuve capitale en faveur de la théorie de la descendance résulte de la comparaison du développement embryogénique de l’in- - dividu et du développement paléontologique de l’espèce. Le premier reproduit dans ses phases successives et sous forme transitoire (les dispositions qui, à l’état permanent, caractérisent les groupes inférieurs du même type. Ce parallélisme entre l’évolution de l’individu et l’évolution de l’espèce se montre nettement dans bien des cas, chez les Crustacés par exemple, qui passent par les formes de
(i) Von Baer, cité par Parwin, Origine des Especes, p. iG2.
CÉNÉRALE.] EXAMEN DE LA THÉORIE DE LA DESCENDANCE
Nauplius et de Cypris avant d’arriver à l’étal adulte, alors que ces mêmes formes demeurent définitives pour certains autres. — Ilaeckel a appelé ontogénie (1) l’histoire du développement individuel de chaque organisme, et phylogénie (2) l’histoire de l’évolution paléoiitologique de l’espèce ; la première n’est qu’une rapide récapitulation de la seconde, ainsi que l’a énoncé Fr. Müller dans une phrase souvent citée : <.( L’histoire de l’évolution individuelle estime répétition courte et abrégée, une récapitulation en quelque sorte de l’histoire de l’évolution de l’espèce (3). » Il arrive souvent toutefois que cette répétition ne soit pas complète, que certaines phases de la phylogénèse soient supprimées dansFoidogénèse, ou même modifiées par adaptation à des conditions particulières. On dit dans ce dernier cas qu’il y acæiiogénèse (de xajvb?, nouveau, vevoç génération). Ainsi, la formation de l’amnios et celle de l’allantoïde, au cours du développement des vertébrés supérieurs, constituent des phénomènes cœnog'énésiques.
Des considérations précédentes, il ressort que les caractères embryologiques sont de la plus haute importance pour déterminer les véritables affinités des animaux, c’est-à-dire, d’après la théorie généalogique, leur degré de parenté, importance reconnue par von Baer et aujourd’hui incontestée, mais qui reste sans explication dans l’hypothèse ordinaire. « Nous pouvons être certains, dit Darwin, que, lorsque deux ou plusieurs groupes d’animaux, si différents qu'ils puissent être d’ailleurs par leur conformation ou leurs habitudes, passent par des phases embryonnaires très semblables, ils descendent d’une souche commune, et sont par conséquent unis entre eux par un lien de parenté. Communauté de conformation embryonnaire révèle donc communauté d’origine (-4). »
c. — Succession géologique des êtres organisés.
Darwin a trouvé de nombreuses preuves à l’appui de sa doctrine dans les données fournies par la paléontologie. L’examen des restes fossiles tirés des couches sédimenlaires qui entrent dans la composition de l’écorce terrestre conduit à ce premier résultat, que les formes organiques anciennes diffèrent de celles qui vivent actuellement. Cuvier attribuait ces changements successifs dans la faune et la flore des diverses époques géologiques à une série de bouleversements ou de révolutions^ dont chacune aurait détruit tous les êtres
(1) "Üv, ovToç, être; yévoç, génération, naissance.
(2) tribu; ylvoc, génération.
(3) Fritz Müller, Füv Darwin. Leipzig, 1861,
(4) Darwin, loc. cil., p. 473.
DE LA CLASSIFICATION
IZOOLOGIE
qui existaient alors et aurait été suivie de la création d’un monde organique nouveau (1).
Cette hypothèse a régné dans la science jusqu’au moment où Lyell a réformé la géologie, en démontrant que tous les changements survenus à la surface de la terre s’expliquaient tout simplement par l’action continue et longtemps |)rolongée des causes qui agissent encore de nos jours (2). Il est hors de doute que la terre a passé par une évolution lente et graduelle, et n’a pas été le théâtre de cataclysmes subits marquant des périodes distinctes de création, comme le pensait Cuvier. La théorie biologique de la descendance et de la transformation des espèces est en parfait accord avec cette doctrine géologique.
Les diverses formations sédimentaires ont à la vérité leurs fossiles caractéristiijues, mais il y a des espèces qui se continuent de l’une dans l’autre, et l’on en trouve aujourd’hui qui sont identiques à celles de l’époque tertiaire (3). Il existe donc une continuité manifeste entre les êtres appartenant aux diflërentes périodes géologiques. De plus, les formes éteintes se rattachent toujours par leurs caractères à certaines formes vivantes, de sorte que dans la classification, elles prennent naturellement place à côté de celles-ci et tendent à combler les vides qui les séiiarent en les reliant les unes aux autres. La théorie exigerait que tous les degrés de transition par lesquels sont passées les espèces dans la suite des âges jusqu’à nos jours, fussent représentés par des restes enfouis au sein des couches géologiques, véritables « médailles de la création » qui permettraient de reconstituer la série des variations subies par les formes organiques. Il n’en est pas ainsi; mais l’absence des innombrables variétés intermédiaires qui ont dû exister s’explique par l’imperfection des documents que la géologie nous fournit. Bien des causes ont empêché, en effet, la plupart des êtres organisés de laisser des restes fossiles, et parmi ceux-là même qui en ont laissé, combien peu nous sont connus ! De la discussion approfondie des faits il ressort qu’on doit, avec Danviii et Lyell, considérer « les archives géologiques comme une histoire du globe qui a été incomplètement conservée, écrite dans un dialecte changeant, et dont nous ne possédons que le dernier volume, traitant de deux ou trois pays seulement. De ce volume quelques fragments de chapitres et quelques lignes éparses de chaque page sont seuls parvenus à nous. Chaque mot de ce langage
(1) Cuvier, Discours sur les révolutions fie la surface du globe. Paris, 1825.
(2) Voy. CI). Lyell, Principes de géologie, trad. par Jules Ginestou, 2 vol. in-8". Paris, 1873.
(3) Voy. A. Gaiidry, Les enchaînements du monde animal. Paris, 1878.
GÉNÉRALE.] EXAMEN DE LA THÉORIE DE LA DESCENDANCE
changeant lentement, plus ou moins dilîérent dans les chapitres successifs, peut représenter les formes qui ont vécu, sont ensevelies dans les formations consécutives et nous paraissent cà tort avoir été brusquement introduites (1). »
Malgré cette pénurie de documents on connaît en paléontologie des exemples de passage d’une forme à l’autre par degrés insensibles, au point que la délimitation des espèces eu devient souvent très difticile. Ainsi, certaines d’entre elles ont été rabaissées au rang de simples variétés par suite de la découverte de transitions conduisant de l’une cà l’autre, ce qui montre bien la valeur purement relative de cette distinction. Nous citerons les Ammonites dont les espèces présentent de si grandes variations et sont reliées entre elles par de si nombreux intermédicaires, qu’on ne saurait méconnaître le lien génétique qui les unit ; il en est de même des Célemnites, etc. •
On constate que, d’une manière génércale, les formes éteintes s’éloignent d’autant plus des formes actuelles qu’elles sont plus anciennes et que, des premières aux dernières, l’organisation va en se compliquant et se perfectionnant de plus en plus. Cette loi du progrès des êtres dans le temps, admise par tous les paléontologistes, s’accorde entièrement cTvec la théorie de Darwin, car on sait que la sélection naturelle a pour conséquence nécessaire ce perfectionnement graduel des organismes.
Nous avons mentionné plus haut la ressemblance qu’on observe entre les animaux anciens et les embrvons des animaux actuels appartenant aux mêmes groupes. Ce parallélisme remarquable que présente le développement progressif des êtres dans leur succession géologique et celui des individus vivants dans leur évolution embryologique, ne [rouve d’explication que dans l’iiypotbèse de la descendance.
D’autres faits encore et non moins probants sont invoqués par Darwin, comme l’extinction des espèces, leur disparition définitive,etc., et il conclut ainsi : «Toutes les lois essentielles établies par la paléontologie proclament clairement que les espèces sont le produit de la génération ordinaire, les formes anciennes ayant été remplacées par des formes nouvelles et améliorées, elles-mêmes le résultat de la variation et de la survivance du plus apte ('2). »
d. — Distribution géographique des êtres organisés.
Les phénomènes qui déterminent la distribution géographique des animaux et des plantes sont trop compliqués et encore trop im-
(1) Darwin, loc. cit., p. .340.
(2) Darwin, loc. cit., p. 374.
122 DE LA CLASSIFICATION. [zoologie
parfaitement connus pour qu’on puisse formuler dans leur ensemble les lois de cette science à laquelle Ilaeckel donne le nom de Chorologie. Cependant les faits observés présentent avec la théorie de la descendance un accord dans lequel celle-ci trouve une précieuse conlirmation.
Il est à remarquer tout d’abord ([u’on ne peut expliquer par la seule influence des conditions climatériques et physiques, soit les ressemblances, soit les différences offertes par les habitants des diverses régions. Ainsi, les productions vivantes de l’ancien et du nouveau monde sont très dissemblables, bien que les mômes conditions d’existence se rencontrent dans l’un et dans l’autre. En Australie, dans le sud de l’Afrique et de l’Amérique, sous la même latitude, la faune et la flore sont entièrement différentes quoique, dans ces contrées, les conditions climatériques soient presque semblables. En Amérique, au contraire, malgré la diversité des climats qu’on y trouve, les formes vivantes ont entre elles un caractère général de ressemblance incontestable.
L’affinité particulière que l’on remarque entre les êtres appartenant à un même continent ou à une même mer a frappé tous les observateurs. « C’est une loi de la plus haute généralité, dit Darwin,
et dont chaque continent offre des exemples remarquables Les
plaines avoisinant le détroit de Magellan sont habitées par une espèce d’Autruche américaine et les plaines de la Plata, situées plus
au nord, par une espèce différente, du même genre ; et non par
une véritable Autruche ou Emu, comme celles de l’Afrique et de l’Australie, sous les mêmes latitudes. Dans ces mêmes plaines de la Plata, nous trouvons l’Agouti et la Viscache, animaux ayant à peu près les mœurs de nos Lièvres ou Lapins, appartenant au même ordre des Rongeurs, mais présentant évidemment un type américain de conformation. Sur les cimes élevées des Cordillères, nous trouvons une espèce alpine de Viscache ; dans les eaux, nous ne trouvons ni Castor, *ni Rat musqué, mais le Coypou et le Capybara ayant le type sud-américain (l). »
Tandis (|u’il y a ainsi un cachet de commune ressemblance entre les êtres qui occupent une surface continue de terre ou de mer, on observe entre les habitants de diverses régions des différences d’autant plus grandes que les barrières qui les séparent et qui font obstacle aux migrations sont })lus considérables ; par exemple, l’Australie, l’Afrique et l’Amérique du Sud, dont les populalions ont si peu d’analogie entre elles, sont des contrées aussi isolées que possible les unes des autres. Ces faits généraux de distribution géogra-
(1) Darwin, loc. cil., p. 378.
GÉNÉRALE.] EXAMEN DE LA THÉORIE DE LA DESCENDANCE
pliiqiie ne peuvent s’expliquer que par l’aclion combinée des migrations et de la sélection naturelle.
La théorie de la descendance exige (|ue la même forme occupant des lieux dilTérents et éloignés les uns des autres, ait pris néanmoins naissance sur un seul point regardé comme son centre de création, d’où elle s’est ensuite répandue dans des directions diverses. Quand la surface habitée par une espèce est continue, il n’y a pas de difficulté ; mais dans certains cas, il semble que toute migration a dû être impossible entre régions complètement séparées et qui ont cependant des espèces communes. Les faits de ce genre s’expliquent soit par la puissance des moyens qui servent à la dispersion des êtres vivants, soit par les changements qui se sont produits à la surface du globe aux diverses époques géologiques. Un cas remarquable et qui paraît tout d’abord incompatible avec l’hypothèse des centres uniques de création, est celui olfert par les espèces alpines, qui habitent les sommets neigeux des montagnes de l’Europe, et qu’on retrouve dans les pays arctiques, alors que toute communication entre ces points éloignés est pour elles impossible dans les conditions présentes. Pourtant, la raison de ce phénomène nous est donnée par l’existence, reconnue de tous les naturalistes, d’une période géologique relativement récente pendant laquelle le climat de l’Europe centrale était celui qui règne maintenant dans les régions polaires ; cette période est connue sous le nom de période ou âge glaciaire. A cette époque, les contrées aujourd’hui tempérées de l’hémisphère septentrional étaient peuplées de plantes et d’animaux arctiques ; quand la chaleur revint, ces espèces propres aux pays froids se retirèrent devant elle, soit en remontant vers le nord, soit en s’élevant sur les flancs des montagnes à une altitude suffisante pour y trouver les conditions climatériques dont elles avaient besoin, et l’identité spécifique de leurs descendants n’a donc rien qui doive surprendre.
Un autre fait du même ordre et susceptible d’une explication analogue est le suivant. Il y a des formes communes cà l’Europe et à l’Amérique du Nord, et l’on peut s’étonner de leur présence dans des continents séparés par l’Atlantique et le grand Océan ; mais, selon toute probabilité, l’âge glaciaire a été précédé d’une période pendant laquelle la température était beaucoup plus élevée qu’à l’époque actuelle et les régions circompolaires étaient alors peuplées d’habitants qui vivent de nos jours sous une latitude plus basse. Or, les terres forment autour du pôle une zone presque continue ; on comprend donc que les espèces qui s’y trouvaient répandues aient pu, quand la température s’est refroidie, émigrer dans les deux mondes, d’où l’analogie que présentent leurs descendants actuels.
124 DE LA CLASSIFICATION. [zoologie
Ceux-ci, cependant, soumis à des conditions d’existence différentes, se sont modifiés en sens divers et sont allés en s’écartant de plus en plus les uns des autres. Ainsi s’explique très simplement ce fait important que les productions des Ktals-Unis et de l’Europe étaient plus voisines à l’époque tertiaire (ju’elles ne le sont aujourd’hui.
Une émigration semblable vers le sud des animaux marins rend compte de l’existence de formes communes dans les bassins totalement séparés, par exemple, dans la Méditerranée et les mers du Japon, sur les côtes occidentales et les cotes orientales de l’Amérique du Nord.
Des faits de distribution géograpbique, en apparence plus inexplicables encore que les précédents, seraient, d’après Darwin, le résultat d’une alternance de périodes glaciaires dans riiémispbère septentrional et dans l’iiémisplière méridional , alternance établie par Croll et qui a amené des migrations tantôt du nord au sud et tantôt du sud au nord. C’est ce phénomène « qui a permis un mélange des productions des deux hémisphères opposés, et en a laissé, dans toutes les parties du globe, d’échouées pour ainsi dire sur les sommités des hautes montagnes (l). »
On peut comprendre par là qne Hooker ait trouvé quarante ou cinquante espèces de plantes phanérogames communes à la Terrede-Feu, à l’Amérique du Nord et à l’Europe; qu’on rencontre sur les sommets élevés de l’Amériipie équatoriale des espèces appartenant à des genres européens; qu’en Afrique on retrouve dans les montagnes de l’Abyssinie des formes européennes et quelques représentants de la llore du Cap de Bonne-Espérance, etc.
La distribution des productions d’eau douce , Fextension des mêmes espèces dans des lacs et des rivières séparés par de grands espaces de terre, s’expliquent soit par des changements dans le niveau du sol, soit par l’action de moyens accidentels de dispersion, tels que inondations, trombes, transport des graines et des œufs par des animaux aquatiques. Les faits observés dans la composition des faunes et des flores insulaires, les rapports d’analogie qui existent entre les habitants des îles et ceux du continent le plus rapproché, s’accordent également avec l’hypothèse d’un centre unique de création pour chaque espèce, celle-ci se répandant ensuite par irradiation à partir de ce point, et se modifiant ultérieurement par adaptation à de nouvelles conditions d’existence.
Cette modification ultérieure des formes émigrantes a un grand intérêt comme servant de point de départ au développement d’espèces nouvelles. Transportées, en effet, loin de leur patrie d’origine,
(1) Darwin, loc. cit., p. 431.
GÉNÉRALE.] EXAMEN DE LA THÉORIE DE LA DESCENDANCE
ces l’ormes ont varié non seulement parce qu’elles ont changé de milieu, mais aussi et surtout parce qu’elles ont trouvé d’autres conditions dans la lutte pour l’e.xistence. La sélection naturelle s’exerçant alors sur les variations avantageuses apparues dans ces circonstances, a agi avec d’antant plus de succès que les colons étaient plus éloignés de la forme souche et avaient j)ar là moins de chances de faire retour au type primitif par l’ellet du croisement avec des individus non modifiés. Cette intluence de l’isolement sur la formation des espèces nouvelles est très grande, en effet, ainsi que l’ont montré Darwin et Wallace, sans aller toutefois jusqu’à en être une condition nécessaire, comme l’a soutenu Wagner (1).
On voit par ce court aperçu que les faits relatifs à la distribution géographique des êtres vivants sont, comme les taits morphologiques, embryologiques et paléontologiques, inexplicables dans 1 ancienne théorie de la création, tandis qu’ils s’éclairent d une vive lumière dans la doctrine des migrations et de la descendance.
c. — Objections élevées contre le transformisme.
La théorie formulée par Lamarck et si puissamment développée par Darwin a entraîné l’assentiment d’un grand nombre de naturalistes, mais elle a soulevé néanmoins des objections dont quelquesunes doivent nous arrêter un instant.
On a invoqué comme preuve de la stabilité des types spécifiques la constance des formes connues depuis les temps historiques, et l’on s’est appuyé sur l’identité des espèces trouvées dans les monuments égyptiens avec celles qui vivent de nos jours; mais de ce (jue ces espèces n’ont pas varié depuis trois ou quatre mille ans, doit-on conclure qu’elles ne sont pas susceptibles de moditication? Non, car, ainsi que l’observe Lamarck, les conditions d’existence paraissent n’avoir pas sensiblement changé en Égypte depuis l’époque où elles y vivaient, et en outre, cette suite de siècles si considérable à nos yeux est peu de chose relativement à la longueur des périodes géologiques; il n’y a donc là qu’une apparence de stabilité. De plus, ce fait n’est en rien contraire à la théorie darwinienne qui n’irnplique pas la nécessité d’une transformation continue et progressive, mais qui suppose que la sélection naturelle peut n’exercer son action qu’à de longs intervalles s’il vient à se produire des variations avantageuses, enrapportavec de lentes et graduelles modifications dans les conditions extérieures. Ainsi quoique, d’après la théorie, chaque
(I) Morilz Wagner, Die Darwim’che Théorie und das Migrationsgesetz der Orga~ nismen. Leipzig, 1868.
DE LA CLASSIFICATION
(ZOOLOGIK
espèce ait dû passer par une série de formes transitoires, il a pu s’écouler de longues périodes de repos au cours desquelles nul cliangeinent ne se sera manifesté, périodes d’une durée vraisemblablement beaucoup plus grande que celles pendant lesquelles l’espèce a varié.
On a objecté que si la transformation des espèces était réelle, les êtres vivants devraient se confondre les uns avec les autres au lieu de présenter les caractères distinctifs qu’on leur connaît, et que le maintien de formes définies n’est possible que s’il y a entre elles une ligne de démarcation profonde. Mais nous avons vu que la disparition des intermédiaires était précisément une conséquence de la sélection naturelle, dont l’action tendait à accroître de plus en plus les ditïérences nées d’une première variation, en vertu du principe de divergence des caractères. Ces mêmes intermédiaires manquent, a-t-on dit, (juand on interroge les documents fournis par la géologie, et, par conséquent, rien ne prouve qu’ils aient existé. Darwin a longuement discuté ce point qui forme, dit-il, « l’objection la plus apparente et la plus sérieuse qu’on puisse opposer à la théorie». Ces lacunes dans la série des formes qui nous sont connues doivent être attribuées, ainsi que nous l’avons dit plus haut, à l’imperfection des archives géologiques. Cette explication est repoussée par les adversaires du transformisme comme insuffisante, mais on ne saurait nier que la découverte de types intermédiaires de plus en plus nombreux ne soit singulièrement favorable à cette hypothèse.
Les partisans de l’immutabilité des formes organiques ont donné le croisement fécond comme critérium de l’espèce, et c’est à ce caractère physiologique qu’ils attachent le plus d’importance. Pour eux, toute variation produite dans les limites d’une même espèce et donnant naissance par transmission héréditaire à des variétés constantes ou races, laisse subsister entre ces représentants modifiés de l’espèce la faculté de produire par leur croisement des descendants (métis) féconds; au contraire, le croisement entre individus d’espèces différentes est stérile, ou tout au moins ne donne que des produits (hybrides) inféconds. Nous avons déjà dit que ce fait, quoique généralement vrai, n’établissait pas une ligne de démarcation absolue entre l’espèce et la variété ou la race; il souffre, en effet, des exceptions. On connaît des races qui se comportent comme de véritables espèces, en ce sens qu’elles ont perdu la faculté de se croiser; ainsi notre Cochon d’Inde ne s’accouple plus avec son ancêtre du Brésil, et le Chat domestique importé au Paraguay ne s’accouple plus avec la forme européenne dont il descend. « Un exemple de ce genre, et particulièrement intéressant, dit Ilaeckel, nous est fourni par le Lapin de l’île Porto-Santo (Lepus Huxley i).
générale.] EX.VMEN de L.\ THÉORIE DE LA DESCENDANCE.
En raniice 1410, quehiues Lapins nés à bord d’un navire d’un Lapin espagnol domestique, lurent déposés sur l’île Porto-Santo, près de Madère. Comme Pile était dépourvue d’animaux de proie, ces petits animaux se multiplièrent en i)eu de temps d’une façon si extraordinaire, qu’ils devinrent une vraie calamité, et môme amenèrent la suppression d’une colonie établie dans cette localité. Encore aujourd’hui, ils habitent Pile en grand nombre; mais, dans l’espace de quatre cent cimiuante ans, ils ont formé une variété toute spéciale, ou, si l’on veut, une « bonne espèce » caractérisée par une couleur particulière, une forme qui se rapproche de celle du Uat, des habitudes noctambules et une sauvagerie extraordinaire. Mais le plus important, c’est que cette nouvelle espèce dénommée par moi, Lepus Hiixleiji, ne se croise plus avec le Lapin européen dont elle descend, et ne produit avec elle aucun bâtard, métis ou hybride (1). »
D’autre part, la stérilité des hybrides n’est pas constante, et ne s’observe pas dans tous les cas. Parmi les végétaux, on a reconnu que beaucoup de formes ou d’espèces bâtardes étaient le résultat de croisements entre espèces voisines. .
Des faits analogues se rencontrent chez les animaux, et certaines formes à l’état sauvage, regardées comme de véritables espèces , paraissent avoir été produites par hybridation ; ainsi, d’après Von Siebold, le Tetvao médius, VAbramidopsis Leuckartii, etc., sont des hybrides; des zoologistes de grande valeur considèrent plusieurs de nos animaux domestiques comme descendant d’espèces différentes; enfin on a obtenu des séries de générations d’hybrides féconds par le croisement de la Hase et du Lapin (Léporides), et au Chili on élève dans un but industriel les produits du Mouton et de la Chèvre (Chabins).
Il n’y a donc rien dans la génération qui marque une limite absolue entre l’espèce et la variété. Des faits observés on peut seulement conclure que deux formes pour se reproduire entre elles doivent avoir un certain degré de similitude, degré qui est le plus souvent dépassé quand la variation s’est accentuée suffisamment pour que ces formes s’élèvent au rang de ce qu’on appelle espèces ; dans ce cas, la transformation subie par l’organisme s’accompagne d’une modification corrélative de l’appareil reproducteur, et ([uand la différenciation dans les éléments sexuels est poussée trop loin, la reproduction cesse d’être possible. On peut donner ce caractère comme base à la distinction des espèces, mais c’est par pure convention, et, comme le dit Darwin, il est impossible d’admettre (|ue la stérilité des prétendues bonnes espèces, lorsqu’on les croise, et
(1) Hacckcl, Ilist. de la création, p. 130,
128 DE LA CLASSIFICATION. [zoologie
celle de leurs hybrides, dénote entre elles une différence d’une nature antre que celle qui existe entre les variétés ou les individus d’une même espèce (1). »
On a demandé aux transformistes de fournir la démonstration directe de leur théorie, en créant des espèces nouvelles. En cela, on n’a pas tenu compte que cette preuve expérimentale est incompatible avec la théorie elle-même; car, en supposant que l’homme réussît à se rendre maître des conditions complexes qui provoquent la variabilité et mettent en jeu la sélection naturelle, il ne saurait disjioser du temps, ce facteur si important de la transformation des organismes. Entre les partisans et les adversaires du transformisme, la question se réduit en réalité à des termes fort simples que l’un des plus considérables parmi les seconds, de Quatrefages, a parfaitement posés quand il a dit : « Par cela même qu’on accepte l’existence des races, on reconnaît que le type spécifique est variable. La discussion ne peut porter que sur le plus ou moins d’étendue qu’atteint la variation » Or, du moment que cette variation ne saurait être contestée, et du moment qu’elle amène la formation des races, il est difficile de ne jias admettre que la même action qui a produit ce premier résultat, continuée pendant une longue suite de générations, à travers l’immense durée des périodes géologiques, n’ait pas pu atteindre au degré de différenciation qu’on observe entre les espèces. Le passage suivant de Quatrefages lui-même ne vient-il pas à l’appui de celle conclusion? En etfet, « il est impossible, dit-il, de méconnaître aujourd’hui que les dissemblances tant extérieures qu’anatomiques existant parfois entre animaux de même espèce mais de races différentes, sont telles que, rencontrées chez des individus sauvages, elles motiveraient l’établissement de genres distincts et parfaitement caractérisés (3). »
On a objecté enfin que la doctrine de la descendance ne nous apprend rien sur l’origine première des êtres vivants, sur l’apparition des formes inférieures, et ne nous donne pas le dernier mot de l’énigme offerte par la création organique. Sans doute, mais cette recherche nécessairement vaine n’est pas de celles que la science doive et puisse poursuivre. « Les causes premières, a dit l’illustre Claude Bernard, ne sont point du domaine scientifique et elles nous échappent à jamais, aussi bien dans la science des corps vivants que dans les sciences des corps bruts. » Aussi, Darwin a-t-il eu soin de déclarer qu’il ne prétendait point rechercher l’origine de la vie
(1) Darwin, La fécondation directe ou croisée (lieu, sc., U avril 1877).
(2) De Quatrefages, Darwin et ses précurseurs français, p. 230.
(3) De Quatrefages, loc. cit., p. 230.
(4) CL Bernard, Introd. à l'Etude de la médec. expéi\, p. 113.
SENS DE LA CLASSIFICATION
ÜÉNÉHAI.E.]
elle-inêmo. Ainsi que nous l’avons montré, l’Iiypolhèse soutenue par lui présente avec les faits un remaiajuable accord; si elle ne les expli({ue pas tous, il y a lieu de croire (jue la raison eu est dans rinsuftisance de nos connaissances actuelles, mais, parmi ces faits, il n’y en a pas un seul qui infirme sérieusement la lliéorie. Les adversaires du transformisme se reiderment simplement dans la négation et n’opposent à ses défenseurs qu’une fin de nonrecevoir, basée sur leur inébranlable croyance au dogme de l’immutabilité de l’espèce.