CHAPITRE PREMIER
Le Sarcopte, ou Parasite de la gale, est une arachnide de la famille des Acariens.
4<^ Histoire. — L'histoire de cet animalcule est assez curieuse. Avenzoar, médecin arabe du xii* siècle, paraît être le premier qui ait observé, dans la gale, un petit animal si petit, qu'on peut à peine le voir, et qui, caché sou$ Vépidertne, s'en échappe lorsqu'on y pratique une ouverture. Il le désigne sous le nom deSoa&. Rabelais parle deux fois du Ciron de la gale. Il rapporte qu'un des ancêtres de Pantagruel, Enay, [eut très expert en masnière d'oster les cirons des mains. Ailleurs, il fait dire à Panurge, mais d'ond me vient ce ciron icy, entre ces deux doigf«« ? Ambroise Paré est encore plus explicite. Voici comment s'exprime le père de la chirurgie, c Les cirons sont » de petits animaux tousiours cachez soubs le cuir, soubs lequel ils » se traisnent, rampent et le rongent petit à petit, excitant une fas- B cheuse desmangeaisou et grattelle... » Scaliger, Aldrovande, Mouffel, et surtout Cestoni et Wichmann, s'occupèrent du Ciron de la gale. Malgré ces autorités respectables, et malgré les figures assez exactes publiées par les Acta^jeruditorum{h6S2)y par M. A. CD. (4) (4 726) et par de Geer (1 778), plusieurs médecins n'ayant pu réussir à voir l'animal dont il s'agit, considérèrent son existence comme très problématique.
En 4 84 2, Gales de Belbèze, pharmacien en chef de l'hôpital Saint-Louis, publia une dissertation sur la gale, dans laquelle il assura avoir observé plus de trois cents Cirons, ayant tous la même forme, mais offrant tantôt huit pattes, tantôt six, ce qu'il attribuait à la différence des sexes. Gales ne décrit pas l'animal, mais il en donne la figure. Le mémoire de ce jeune pharmacien fut reçu avec empressement, et la présence d'un animalcule dans l'affection dont il s'agit admise de nouveau, sans opposition. La figure publiée par cet auteur a été reproduite dans les livres pendant plus de quinze années , comme la représentation exacte du Parasite de la gale. Malheureusement cette figure différait notablement du ciron décrit dans les premiers ouvrages. On eut bientôt des doutes. On examina les choses de plus près. Gales affirmait avoir trouvé l'animal dans les pustules mêmes, où il ne vit jamais. Alibert et Biett firent des recherches nombreuses, et ces recherches furent toujours négatives. On soupçonna que l'auteur de la nouvelle dissertation en avait imposé aux savants et au public. Enfin, M. Raspail décou-
{i ) Auteur anon^froe d'une brochure intitulée : Système d'un médsein anglaii tur la' cause de toutes les espèces de maladies, avec les surpretiantes conftguratùms des différentes espèces de petits insectes qu'on voit, par le moyen d'un bon mieros' cope, dans le sang et dans les urines des différents malades, et même de tous ceux qui doivent le devenir. Paris, in-8. — Voyez page S67.
vrit que Tanimalcule figuré n'était autre chose que... le Ciron du fromage!
Dès lors rincrédulité revint dans les esprits, et l'on arriva bientôt à nier une seconde fois la présence d'un animalcule dans la gale. En 4 824, Mouronval publia une dissertation pour établir que la cause de la gale n'est ni un ciron, ni un virus. L'auteur avait fait des recherches sur plus de diac-huit cents galeux ! Enfin, le docteur Lugol offrit 300 francs, comme défi, à celui qui montrerait l'ani^ raalcule de la gale.
Cependant, en 4 834, François Renucci, étudiant en médecine, natif de Corse, assistant à la clinique' du professeur Alibert, proposa d'extraire et de faire voir, séance tenante, l'animalcide objet de tant de controverses. L'expérièiice eut un succès complet, et une partie des étudiants présents réussirent à isoler eux-mêmes plusieurs animalcules. 11 fut constaté que les anciens avaient raison, qu'il y avait réellement un parasite spécial, producteur de la gale, et l'opinion des médecins et des zoologistes fut enfin tout à fait fixée u cet égard.
MM. Raspail, Leroy et Vandenkeck ont étudié la structure et la physiologie de ce curieux animal. Plusieurs médecins modernes, parmi lesquels il me suffira de citer Mi\l. Aube, Biett, Cazenave, Gras, Hébra, Piogey, Rayer... ont ^outé des détails importants aux connaissances acquises , mais la plupart ont envisagé la question plutôt au point de vue pathologique qu'à celui de l'histoire naturelle. M. Bourguignon a présenté à l'Institut de France un Traité entomologique et pathologique de la gale de V homme; ce travail très important, a été accueilli avec éloges, et imprimé par ordre de l'Académie. Enfin, tout récemment, M. Lanquetin a complété sur plusieurs points, dans une excellente thèse, la monographie remarquable dont il vient d'être question, et M. Robin, d'après mon conseil, a bien voulu soumettre à un nouvel examen microscopique les différentes pièces dont le rostre est composé.
2° CussiFïCATiON. — Linné avait d'abord regardé ce parasite comme une espèce sufûsamment tranchée, et l'avait placé dans le genre Acarus: il l'appelait idcarus scabiei. Plus tard, il le réunit avec les Cirons de la farine et du fromage^ sous le nom à' Acarus Siro, Il donnait pour raison que les nourrices communiquent souvent la gale aux enfants, qui ont des éry thèmes, en les saupoudrant de vieille farine infestée de mites. On voit, pour le dire en passant, que l'erreur commise par Gales n'était pas nouvelle. Pallas distingua nettement V Acarus de la gale de celui de la farine. Latreille admit cette séparation, et proposa, pour le premier, un genre nou-
veau, aouB le nom de Sarcopte {Sarcoptes) (1), Dés lors le CtVoit dont il s'agit fut appelé Sarcopte de la gale (2).
Les Sarcoptes différent des Acarv* par un corps non divisé en deuT parties, et dans lequel le céphalothorax ne se distingue pas de l'abdomen ; par des pattes disposées en deux groupes, celles de la pi^miére paire très grosses, celles de la seconde très petites, les antérieures terminées par des prolongements portant des caroncules en forme de ventouses. Cher les Aearet, ces caroncules sont rudimentaires el sans prolongement. Les Sarcoptes sont encore caraclérisés par l'absence des. yeux et par un rostre dans lequel on observe deux mandibules, deux mâchoires , deux palpes maxillaires et une lèvre inférieure.
a» Description. — Le Sarcopte de la gale (ûg. 96) est un petit animal presque pUDcliforme, visible cependant h l'œil nu, long de • 0~,33, large de 0~,25.
Son corps est subarrondi el déprimé. On l'a connparé à celui d'une tortue (P. Borel). Il est mou, luisant, un peu transparent, d'apparence aqueuse , d'une couleur blanchâtre légèrement laiteuse et un peu rosée. Le dos est asseï bombé, et la face ventrale Fig.9C. — Sareople femelle C). un peu moins. Le bord
parait légèrement sinueux; des rides transversales, plus ou moins parallèles, irrégulières, souvent curvilignes, se remarquent sur l'abdomen.
Le rostre est antérieur, petit, étroit, ovoïde-siAtriangulaire et ohlns ; h sa naissance, on observe deux poils.
(1) ïipï, chair, « ,;«„ï, coupr.
(1) Sarcoplti icaHei Latr, (Aatna (cnïiei Lion., ,1, Sirv. parlim, Linn.), vnlpircnwiil Pdu it la taie, IniecU de la gale, Cliwt de la cale, KUe de Ut gale, Axtn dt
La partie postérieure du corps est très obtuse, souvent même légèrement échancrée vers le milieu.
Les membres sont au nombre de huit, deux paires en avant et deux paires en arrière assez éloignées des deux autres < Ces membres sont courts, conoïdes, assez nettement articulés et munis de quelques poils roides, plus ou moins longs. Les deux paires antérieures ont des hanches écartées Tune de Tautre ; ces pattes sont terminées par une partie très déliée, droite, subcylindrique, tubuleuse, roide, onrant au bout une pelote vésiculeuse ou ventouse. On a désigné cette partie déliée et sa ventouse sous le nom à'ambulacre (arolmm). Les quatre jambes postérieures sont terminées par une soie longue, arquée, sans ventouse, pointue et de couleur brune ; ces jambes sont abdominales et non thoraciques, caractère di^tinctif très important. M. Bourguignon a reconnu, dans chaque patte, une hanche, un trochanter, un trochantin, une cuisse, une jambe et un tarse.
Le Sarœpte de la gale présente quelques poils rares, isolés. Il offre de plus, à sa région dorsale, de petits appendices cornés, espèces d'aiguillons organisés d'après trois types : les premiers symétriquement rangés dans la partie moyenne et postérieure, au nombre de quatorze, coniques-oblongs, creusés d'un canal, et munis d'une dilatation ou follicule basilaite ; les seconds, plus petits, placés dans leur voisinage; les derniers, encore plus petits, disposés en lignes concentriques, sans canal, et semblables à «^es tobercules coniques et pointus. . , \ . .;
L'animal étant mou, la nature lui a donné des parties résistantes ou apodèmeSy qui lui servent de squelette. Ces apodèmcs sobI, à' apparence cornée, d'un rouge de brique, et forment comme une .cluar' pente solide à laquelle les muscles viennent s'attacher. En exami^ nant le Sarcopte par sa face ventrale, on. remarque en avant trois de ces apodèmes, dont un à la partie moyenne, placé longitudinalement et jouant le rôle de sternlim. Il est bifurqué ^intérieurement, et chaque branche se divise en deux^ l'interne concourant à farmer un anneau incomplet, l'externe se rendant à la basç de la jambe. Les apodèmes latéraux sont les analogues des pièces ècailleuses qui, chez beaucoup d'insectes, servent à donner insertion à la base des pattes {épimères), Ds sont composés d'une partie allongée un peu courbée, et de deux branches, l'interne allant joindre la patte antérieure, et l'externe se rendant à la patte delà seconde paire. Il existe aussi des ^piméres avec une organisation analogue, à la hase des pattes postérieures.
Dans le système digestif du Sarcopte, on trouve une bouche située à la partie antérieure du rostre ; elle^ a des mandibules et des mâ-^
choires que je décrirai bientôt. Ce sont probaUeineot ces inaudibules et ces mâchoires que Leroy et Vandenkeck ont s^alées comme de Mie» et bonnet dents.
La bouche communique avec un œsophage étroit et allon^. Arriré vers le tiers antérieur du corps, ce canal se rend dans un estomac oblique, réniforme, transparent et très diflicite à obserrer (Wieger). L'intestin est court et peu sinueuï ; il contient des granules brunâtres, lesquels s'accumulent quelquefois vers l'origine dureclum. Ce-dernier est un canalâ peu près droit. L'apus se voit sur la face dorsale, au milieu de l'échencrure du bord postérieur.
On ne trouve, dans le Sarcopte, ni stigmates, ni trachées. M. Boui^ignon croitque cel animal respire par la bouche. Il est plus rationnel d'admettre que ces arachnides respiront tout simplement parla surface delà peau.
Vers te quart antérieur du corps, au centre, contre l'cesophage, ou découvre un petit renflement transversal, oblong, d'où parlent en rayonnant des titaments très déliés. C'est le système nerveux.
Pendant l'état de repos, les Sarcoplet tiennent les pattes rétractées sous le corps, comme sous une carapace. Quand ils marchent, ilsallongentces oi^anes, étendent leurs amhulacres et collent leure ventouses. Ils cheminent asse^ vite. M. Boui^ignon croit qu'un individu pourrait arriver de la main à l'épaule dans moins de dix mi-
Les Sarcoptes sont unisexués.
Les mâles (Hg. 97) sont plus rares que les femelles. La proportion est 4 peine d'un sur dix. On doit la découverte des mâles k MM. Bourgogne et Lanquetin. Ils diffèrent dèsTemellespar les caractères suivants: Ils sonl plus petits (0"'~,2Î), plus obloi^s, plus plats, plus bruns, plus vifs; ils ont un roslrc proportionnellement plus petit et moins triangulaire ; ils manquent Fig. 97. — Sarapie mâSe. d'uoe grande partie des appen-
dices cornés dorsaux; leurs apodèmes antérieurs dépassent le tiers du corps et arrivent jusqu'au milieu; leurs pattes postérieuros sont moins écartées l'une de * l'autre, et leurs épiméres se trouvent unis ensemble h droite et i ganrhe ; la troisième paire pertp des poils plus longs; enfin, la der-
• SARCOME. 289
niére paire est beaucoup plus courte et possède des ambulacres terminés par une ventouse.
L'appareil génital mâle existe vers la partie moyenne du corps, contre la troisième paire de pattes. Il est soutenu en avant par un apodème médian, qui s'articule avec ceux de ces dernières pattes ; il se compose d'un canal déférent, de trois parties bifurquées représentant les testicules, d'un ou de deux corps glanduleux'médians qui remplissent probablement le rôle de prostates, et d'un pénis assez long, protégé par un fourreau. L'orifice masculin s'ouvre un peu en avant du bord postérieur.
. La vulve se trouve sur la face inférieure, à une faible distance de Tapodème sternal : c'est une fente un peu sinueuse, longue de 0mm 035 ^Qjj^ Robin). Elle communique avec un corps granuleux à peine distinct hors du temps de la reproduction.
A l'époque du rut, les mâles quittent leur gîte pendant la nuit pour aller à la recherche des femelles. Ils sont beaucoup plus agiles que ces dernières; ils courent à droite, à gauche; ils se battent même de temps en temps. M. Bourguignon a trouvé une fois, dans un endroit, une femelle et deux mâles. Ceux-ci se livraient un combat à outrance. Dès qu'ils se virent découverts, ils prirent la fuite en toute hâte.
Ces Acariens s'accouplent ventre à ventre (Worms). Un seul accouplement suffit à la fécondation. Quand les œufs grossissent, ils s'étendent dans toutes les régions du corps. Ces œufs(fig. 96, a) sont énormes, comparés au volume de la mère;.ils offrent, au moment de la ponte, au moins le tiers de la longueur de l'animal. La femelle en pond ordinairement un par jour et fait plusieurs pontes successives ; elle peut en donner une vingtaine dans im mois. Ces œufs sont rarement groupés par trois ou quatre. Au moment de la ponte, ils paraissent ellipsoïdes ou ovoïdes, à peine déprimés, lisses, demi4ransparents, blanchâtres et comme nacrés. Ils ressemblent parfaitement aux perles de VUnio margaritifer. Ils ont Omm 2 de grand diamètre et ©'""jl de petit. On a remarqué qu'ils se développaient en partie dans l'intérieur . du corps. Après la ponte, il leur faut de dix à douze jours pour donner un nouvel individu.
A leur naissance, les Sarcoptes n'ont qu'un sixième de millimètre de longueur. Ils offrent six pattes au lieu de huit, ujie des paires postérieures manquant. Ces larves sont très agiles; elles s'abritent sous des pellicules d'épiderme soulevé et ne paraissent pas capables de se creuser un sillon. Au bout de quelques jours, elles s'engourdissent un peu; leur peau se plisse, se déchire et
XOQ.-TAND. t7
290 ÉPIZOAIRES VIVANT DANS lA PEAU. .
tombe. Une nouveUe paire de pattes se dévetoppe, et ranimai arriïe
à l'eut parfait.
i" Appareil BUCCAL (f^. 98). — M.Ch. ttobïn a très bienobsené le TMlra du Sareople {UU, BourguigooD). On y remarque d'abord deux mandibules oÛongues, asseï fortes, portant vers leur extrémité, du c6té supérieur, un petit crocbet (ffrt^e) mobile, pointu et légèrement arqué , qui est refu pendant l'état de repoi dans une sorte de gouttière oblique à bords irr^ulièrC' mentdenticulés, situéeducAté opposé dans le prolongement de l'organe. Ce prolongement forme, avec le crochet dont il s'agit, une sorte de pince à deux doigts (/brcipule didaepi(. B8.— B(i»i«('). lyl»). Viennent ensuite les
deux mâchoires ; celles-ci sont peu grandes, étroites, arquées de dehors en dedans. Leur base t'articule sur une très petite pièce carrée {menton). Leur entrémilé libre se dirige brusquement de dedans en dehors. Les palpes sont d'énormes pièces portées par le dos des mâchoires qu'ils dépassent, arqués, pointus et composés de trois articles inégaux. L'article terminal, qui est le plus petit, présente extérieurement un long poil; l'article médian en a deux. La lèvre inférieure esta peu près triangulaire etun peu pointue. A droite et it gauche, vers la base, elle oflre un grand poÛ; en dessus, vers la partie moyenne, elle porte une petite languette lancéolée. L'eusenÂle du rotlre est entouré, à sa naissance, par un rebord mince et sinueux (camérostome). Ce rebm-d s'avance sur les cAtés des palpes, sous forme de joues membraneuses, transparentes, aussi longues que ces derniers. Ce sont ces deux prolongements qu'on a regardés à tort, taotdt comme des faux palpes, tantût comme des lècreg. .
S* Action sur l'hohhe. — Les Sarcoptes se rencontrent particulièrement aux mains, dans l'intervalle des doigts, à la face antérieure du poignet, au pénis, aux avant-brai dans le sens de la flexion, aux seins et au «entre chez la femme, aux malléoles, et
I') .1, nulit iiolé, ayqnd on a enlarj lu
SARCOPtÉ. J9<
enfin plus rarement aux autres parties dn corps, la' figure presque toujours exceptée (Lanquetin).
On reconnaît leur présence à celle des sillons. Nous parlerons bientôt de ces derniers, sur l'importance desquels, dans le diagnostic, MM. Biett, Cazenave et Piogey ont insisté av^c raison. . Les Sarcoptes déterminent un prurit extrêmement vif, qui porte les malades à se gratter avec force et à aiigjDfientér, par suite, les désordres de la peau. La maladie engendrée par les Sarcoptes a reçu le nom de gfate (4).
Le Sarcopte de la gale est un animalcule nocturne et fouisseur, admirablement organisé pour entamer nos tissus et pour s'y (oger. Sa grande préoccupation, quand il se trouve suf la peau, c'est de découvrir un lieu convenable à son habitation. Il explore, avec soin, les replis*et les anfractuosités de l'épiderme. 11 tâte surtout la base des poils' dont le follicule soulève la tuiiique cutanée (Bourguignon), et si Tendroit lui semble convenable, il se met aussitôt àl'œuvre.
Dans le creusement d'une galerie, on vient de le voir, le Sarcopte montre des préférences mar^iuées. Il a une prédilection pour les mains. On Ta trouvé, dans cette partie, soixante et dix fois sur cent; on Ta observé én^«ll« sût^nfi^él^è'lfdftîfdfs'^ûr'lÈBKltPr^^
M. Bourguignon rapporte que, le 4 février 1846, il aidait placé une femelle sur son ffvant*bras gauche. L'animal ayant rencontre entre la base de deuiil poils une pellicule toute détachée, s'y blottit et, en moins de dix minutes, il disparut sous Tépiderme. Mais comme l'avant-bras n'était pas de son goût, le malin Sarcopte profita, pendant la nuit,^^i sommeil de l'expérimentateur, pour sortir de sa retraite et pour aller chercher fortune dans une autre région. ; * ''^^
Quand un Sarcopte, âpYès bieii des tâtonnements, a fait élection d'un endroit à sa cotiVenàricëJ'ôn lé* voit se souîevei'j à l'aide des longs poils de ses pattes postérieurs, de iaçon à former avec la peau un angle très ouvert, le rostre en bas. Cette position lui est favorable pour inciser la première pellicule (2). Bientôt son rostre disparait dans l'épiderme incisé et détaché. Notre petit fouisseur continue ce travail pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps ihse retire ; on croirait qu'il va chercher une autre région. Pas du tout, c'est une manœuvre calculée et nécessaire. L'animal entame alors la peau, à droite et à gauche de l'ouvrage déjà fait (Bourgui-
(1) Psora (Liun.), scabies {Samases), xoopsordermie (Piorry), vulgairement graitelle, rogne*
(3) f Arant enim $emper inter cutkulam et cutem, » (Casai.)
392 BPIZOAIRBS VIVANT DANS lA PKÀU.
gDon). Le but de cette opératioD est facile & concevoir. Le trou n'était pas suffisant pour donner passage au corps beaucoup plus lar^e que le rostre. Le Sareopu avait donc besoin d'élsi^ la vote pour pouvoir ; pénétrer tout entier. A partir de ce moment, il s'enfonce dans la peau et n'en sort plus. Il creuse en portant son rostre à droite, b gauche, et décriTant ainsi une courbe. Dans ce travail, les mâchoires et les palpes se meuvent horizontalement, et les mandibules à peu près verticalement. Je ne pense pas que le crochet de ces dernières, à cause de sa petite taille, soit employé au creusement (je parlerai plus tard des fonctions supposées de cet organe); mais la branche inférieure de la pince didactyle peut agir comme une sorte de cuiller.
Ces premières difficultés vaincues, notre parasite avance rapidement (i). Ses appendices cornés et ses poils roides se soulèvent et lui fournissent des points d'appui, dans sa petite galerie. Ils se redressent quand il force ; ils se couchent quand il avance.
C'est <»vliaairement le soir que les Sorc^fra s'occupent à creuser.
Les liUonê (cuntcult, HouOet) (fig. 99) apparaissent comme des lignes bl anchStres, longues de S à 5 milUmètres <2), et larges d'un demi.
Ils ressemblent en ' général à celie , traînée que pn>- ,< duit une épin^e ' [voménée légèrement sur la peau (Cazenave, Lanquetin). Leur coin- Fig-ae.— SiilonCl- paraison avec une
( , ^ratignure n'est
pas exacte (3). Ces sillons sont courbés, sinueux ou même aoguleui ; quand ils suivent un pli naturel de la peau, ils se monlrenl
(I] I Pngridamtur qmii Cvnlcua. ■ (Ciul.)
J3) On dit qn'i l'époqna de la ponte, l'iniinil creiue ivec beiiicoup d'KtliIld, cri qw nm gillan penl lUdndn jiuqul 1 millimèlm.
{3) ■ CanalicMumloagvm instar lubMlireUa^aunt. • (Caul.)
itillDn, — b, peiu Oëlrie, liùnëe > hdcmlln m
droits. Leur direction, du reste, n'a rien de ûxe» lis ne s'ouvrent jamais l'un dans Tautre.
Leur couleur varie avec l'état du malade. Chez ceux dont la peau est fine et qui sont propres, les sillons paraissent blanc grisâtre ; il en est de même dans les jeunes enfants ; chez ceux qui sont sales et dont la peau est dure et cornée, ils deviennent plus ou moins noirâtres. Enfin Us se colorent aussi dans certaines professions (Lanquetin). De distance en distance, et généralement aux endroits où les linéoles épidermiques s'entrecroisent, les sillons sont percés de pértuis qui donnent accès à Tair extérieur, et qui marquent les diverses stations ou les repos du petit fouisseur. Ces ouvertures prennent quelquefois l'apparence de très petits points noirs ; c'est par elles que sortentjes petits.
Sur le trajet du sillon ou dans son voisinage, existent les vestcules.Ce sont des éminences de la grosseur d'un grain de petit millet, arrondies, acuminées et transparentes au sommet, d'une teinte rosée dans l'enfance, d'une couleur rougeâtre et quelquefois brunâtre dans l'adulte. Leur base est tantôt entourée d'une aréole inflammatoire, tantôt placée sur une portion de peau plus ou moins pâle. Ces vésicules sont parfois discrètes, d'autres îoïè un peu rapprochées, souvent confluentesau bout d'un certain temps. On trouve, dans leur intérieur, un liquide séro-visqueux, transparent, jaunâtre ou rosé, et même un peu de^ang; c^est alors que la vésicule paraît brunâtre. Quelquefois le sillon passe sur la vésicule, et se superpose k cette dernière; ce qui est facile à comprendre, le sillon étant 80U8-épidertniqtiey et la vésicule souê-dermtque (Piogey, Lanquetin).
La vésicule n'existe pas constamment, ce qui tient à ce qu'elle subit son évolution dans quatre ou cinq jours, tandis que le sillon dure plusieurs mois.
Par une de leurs extrémités, les galeries correspondent à une bosselure très importante à étudier. Cette bosselure (4) apparaît comme un petit point blanchâtre, assez nettement circonscrit; à l'endroit où elle communique avec la galerie, cette dernière semble interrompue ; ce qui résulte de ce qu'elle est plus profonde à son extrémité, et, par suite, moins apparente. C'est dans cette blessure que se trouve blotti le Sarcopte; car il ne se tient jamais dans la vésicule (Renucci). La peau légèrement soulevée indique la partie postérieure de l'animalcule. C'est parce qu'on a cherché pendant longtemps le Sarcopte dans la vésicule même, qu'on ne l'a pas rencontré, et qu'on a été conduit à nier son existence (2).
<4) Éminettce acarienne (Bazin).
(8) c Boe oblter ot^$ervandum S^renett *>^ ^^ H'^ piMiuItf, 9ed propc habi-
Les mâles ue produisent pas de sillon ; ils se bornent à creuser la place nécessaire pour se cacher ; ils se blottissent sous une très petite élevure de répiderme, à peine visible à l'œil nu. Leur gîte se trouve habituellement à une très faible distance de celui de la femelle (Lanquetin).
Pour obtenir un .Sarcopto, il faut déchirer Tépiderme, avec une épingle ou une aiguille, à un millimètre environ du point blanc, disséquer la partie délicatement en se dirigeant vers le centre de la bosselure, passer l'instrument par-dessous l'animalcule et le soulever avec précaution (Renucci). La seule difficulté que présente cette petite opération, c'est de percer de manière à ne pas tuer le Sarcopte. Ainsi mis à nu, notre parasite parait comme un grain de fécule ; il tient le rostre et les pattes cachés sous sa caparace, il fait le mort. IMacé sur l'oûgle, il reste quelque temps immobile ; mais bientôt il se ranime et marche avec assez de rapidité (Renucci).
Le Sarcopte de la gale est41 un animal venimeux? Je n'hésite nullement à le penser. Ses mandibules sont organisées, en minia* ture, comme les antennfis-pinces des Araignées, avec un crochet mobile et pointu, qui se cache dans une rainure à bords denticulés, et qui se redresse au besoin. Chez les Araignées, les deux crochets, qui sont extérieurs, se meuvent à peu près horizontalement de dehors en dedans, avec antagonisme, pour saisir et percer la victime. Chez le Sarcopte^ ces deux oiyanes, qui sont supérieurs, agissent de haut en bas, sans antagonisme, pour s'enfoncer dans le tissu et pour inoculer le venin. On n'a pas constaté, il est vrai, si le crochet de notre parasite est perforé à son extrémité (4 ) ; mais on doit le supposer. Car celui de certains Acariens, animaux très voisins, dont l'appareil buccal diffère sensiblement de celui des Araignées, présente un petit trou manifeste (Raspail).
. Quand le Sarcopte travaille à son sillon, il ne se sert pas de son venin ; aussi dans cette petite galerie, on ne remarque rien qui no rappelle un creusement physique ; mais lorsque l'animalcule s'arrête, dans un endroit, soit pour manger, soit pour déposer ses œufs, il perce le tissu avec ses mandibules, et inocule quelques gouttelettes de liqueur. Ce fluide agit comme le poison des Cynips, et donne naissance à une boursouflure ou vésicule qu'on pourrait regarder comme une galle animaJe (2). On conçoit pourquoi les vésicules ont plus de profondeur que les ^ons. Quant à celles qui
tant. » (Mouffet, 4634.) — « Aearui iub ipêa piutûla minime quosrendtii est ^ $€i longius recetsitt teqtiendo rugam cuticulœ obtervatur, * (Linn.)
(i) Je crois y avoir tu, une fois, une petite fente?
(8) « In ipsa puêtula progeniem depoêvit. » (Linn.)
AGÂROPSE. S95
ne sont pas sur le trajet de ces derniers, elles sont produites probablement par absorption de l'humeur venimeuse dans les endroits où il s'est rencontré quelque rameau lymphatique.
6° Autres espèces. — On a cru qu'il existait, en Norwége, une autre espèce de Sarcopte^ particulière à l'homme, produisant une gale un peu différente de celle de la gale ordinaire, à croûtes épaisses répandues sur presque tout le corps. Le professeur Boeck, de Christiania, observa, en 1852, trois. cas de cette maladie. Les croûtes dont il s'agit présentaient des masses de Sarcopte$ grands et petits, des excréments et des œufs ; M. Boeck reconnut que ces Sarcoptes ne constituent pas une espèce distincte de celle qui vient d'être décrite. Cette manière de voira été confirmée par les observations de MM. Cazenave, Chauzit, Lanquetin, Bourguignon, Hébra.
Les Sarcoptes des mammifères diffèrent plus ou moins de celui de l'homme i ainsi l'espèce du cheval, très bien figurée par M. Gohier et par M. Raspail, présente un rostre fort étroit; toutes ses pattes ont des caroncules et en même temps deux poils roides plus longs que l'ambulacre...
La gale des animaux peut-elle se communiquer à l'homme?
M. Duméril croit avoir constaté qu'un Phascolome de la Nouvelle- Hollande avait transmis sa gale à plusieurs employés du Muséum d'histoire naturelle.
D'autres exemples paraissent établir que les Sarcoptes du cheval, du chameau, du bœuf, du lion, du chien, du chat, peuvent se développer sur l'homme, et lui donner une maladie cutanée analogue à celle où l'animalcule a pris naissance.
On a, du reste, découvert, dans ces derniers temps, que le Sarcopte de la gale humaine, qu'on supposait particulier à notre es* pèce, se rencontrait dans le porc et dans le lama (Lanquetin, Robin).