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CHAPITRE XIII

DES HELMINTHES VÉSICULEUX.

On a désigné sous le nom à* Helminthes vésiculeux ou cyatiques (1) des entozoaires terminés par une ampoule ou contenus dans une poche, ou bien réduits à cette dernière. Les anciens auteurs les ap* pelaient collectivement Hydatides ou Vers hydatiques. Tous ces Helminthes sont agames, c'est-à-dire privés d'organes sexuels. On en verra bientôt la raison.

Les zoologistes ont distingué trois genres d'Helminthes vésicttleux: 4® les CysticerqueSy t'ies Echinocoques, 3® les Acéphalocystes.

(i) Cystica î^nd., Vers vésiatMres Unn,, Blasenvûrmer de» MlfUMnàa,

HBLMINTHPS VBSICULEUX. 367

i I. — Det Cystlecrf net.

Les Gystigerques {Vysticercus) (i) sont des helminthes h ampoiilo caudale. • . : .. -

Ils se développent dans le tissu cellulaipe des musc]é^ (f) ; 'Oii;les a observés aussi dans leloie (3)> le cœur (4), le plexus^horoïdè (5), le cerveau (6), entre ia sclérotique et là cojyoiiçtiy^(7), dans la chaoïbre antérieure de r-ceil (8)' ..

Ces animaux sont ti^ès petite ; on les trou^^e dans un kystç e|Up-> soïde ou arrondi, un petiiibreux, formé auxdépeijs de. l'organe qui ' nourrit le parasite. G^k^te coiilientiinâ tii^éflQâe.:v^si£ulé.pôur«n^ d'une ouverture au pourtour de laquelle adhère une troisième poche qui renferme le ver, attaché à cette dernière (Follin et Robin). Cette poche paraît globuleuse, ovoïde ou pyriforme. Ses parois sont minces, lisses ou granuleuses, demi-transparentes, à peine blanchâtres, et plus ou moins résistantes .

La tête et le cou sont habituellement enfermés dans l'ampoule ; mais ils peuvent en sortir en entier ou en partie, suivant la volonté de l'animal. La tête présente quatre suçoirs placés sur autant de mamelons, et une proboscide terminale entourée d'une double couronne de crochets, exactement comme dans les Ténias. Le cou est plus ou moins long et formé d'articles serrés.

Quand la tête est rentrée, l'ouverture apparaît sous la forme d'un petit ombilic, qui semble entouré d'une sorte de sphincter plus ou moins blanc. Sous cette tache se trouvent contractés la tète et le cou.

On connaît trois espèces principales de Cysticerques : 4° le Cysti' cerque de la cellulositë^ 2° le tàiuicolle, 3" le triarmé,

4 ** Le Cysticerque de la cellulosité ou ladrique (fig. 4 4 9) (9) li'estpas cooomun dans l'homme ; on croit que c'estle même ver qui se développe si fréquemment dans le cochon, où il produit quelquefois l'affection connue sous le nom de ladrerie ; on Ta observé aussi dans le bœuf.

Ses kystes offrent un grand diamètre de 4 5 à 20 millimètres et un petit de 5 à 6. La tête porte 321 crochets (10). Quelques auteurs

(i) KvvTt;. vewie, et xcpxoç, queue.

(2) Werner, Himly, Demarquay.

(3) Leuckart.

{A) Morgagni, Rudolphi, BouiHaud, Andral, Leudet.

(5) Treutler, Fischer.

(0) Ruysch, Chomel, Dubreuil, Leudet, Calmeil, Bouchut.

(7) Estlin, Hsrin;, Siebold, Gunier.

' (8) Soemnierin;, Lugan.

(9) CutticerctitceUulosœ Rud. (Tœnia celluloiœ Gmel., Hydaitgera celluloiœ Lamk). (10) Himiv, Gervais, Gh. Robin.

Fi(. iiO. — Ctilicerqut (•).

MS ENTOZOAIREfi HKI.HINTHES.

pensent que Tespèce pariiculiére aux auUnaui, qui présente de 86 à 28crochels((),est différenle de celle de l'homme.

Il existe une variété (albopunclatut) avec une forte tache blanche i l'orifice de l'ampoule (2).

Le docteur Frédault en a décrit une autre, sous le nom de Traehélocampyle, à col légèrement courbé eu arc. . La Cysticergue dicytie (3), qui a été décoUTert dans le cerreau d'un homme mort d'apoplexie, et dont le corps est terminé par deui ampoules, doit ilre regardé comme une monstruosité. . i' Le Cf/iUeerque triarme ou (uanlhotn*e(i)aété trouvé, en 18i5, ik Richmond, en Vii^inie, par le professeur JefTriesWyman, dans le& muscles d'une femme de cinquante ans morte pblhisique. : U est long de (0 millimétrés environ sans la vésicule, qui ressemble & celle du Cytticergue de la cellulosiîé.

U est caraclérisÉ par trois sortes de crochets disposés sur trois rangs (lia chaque rang) ; ses suçoirs sont visibles à l'œil nu, et son cou est nettement articulé.

. H. Weiflland voudrait en faire un genre séparé, sous le nom de ^cahtholrias.

, 3° Le Cytlicerque ténukolte (S) a été observé dans le mésentère et dans le foie, mais rarement. Bosc et H, Cloquet ont eu l'occasion de l'étudier. Il se rencontre aussi dans les singes, les chevaux, les porcs et lesb(euÊ...

Il a pour caractères un cou étroit, téréte et rugueux. Sou aotpoule paraît petite; chez les animaux, elle devient énorme (6).

(1) DaniDB, Follin.

(I) TteaiaalbopiHietiiliiTieal]., Cirtlifcrcui altopiincfalirtljienn.

(8) (^llccrciudfctilui Lkhh,

(<) C. Acanlhalriiu Weinl.

(S) C. IcmUctllU Rwl. [Tioita Hydiillaena Pill., Cvilieercui Unealuf Licun., HadalU iMilua Lunk).

(0} Lt Ténia qu'il produit (renia ItituicoU'u Gunilierl ai irtt cnmmim duu lei uiimut de boticheria. On 1* Irouvc luiai daiu ]e diien de boucher el du» céhii d* baritr.

(*) A, mimil retira diiu un iniiinnla. — H, aninwl d^lnfifié. — CMeMnm

HELMINTHES VÉSICULEUX. 369

Les espèces suivantes sont caractérisées d'une manière trop insuffisante pour ne pas èite regardées comme douteuses.

4° Le Cysticerque hépatique (1), qui vit dans le foie et dont le corps est ovale-allongé.

• 2* Le Cysticerque viscéral (2), qui habite dans l'abdomen, le thorax, et dont le corps est globuleux.

' 3* Le Cysticerque Fischérien (3), dont le corps est très grêle et 'ràmpoule pyriforme.

4° Le Cysticerque aortique (4), dont le corps est ovale et qui porte des crochets filiformes.

5** Le Cysticerque vésical (5), dont le corps est rudimentaire (6).

g II« •— Des Éclitnocoqacs.

Les ÉcHiNOGOQUES (Echinococcus) (7) sont des vers enfermés, en nombre plus ou moins considérable, dans une vessie membraneuse (sporocysté).

UÉchinocoque de Vh(mme{tig, 1 20) (8) a été l'objet de plusieurs mémoires importants.

Cet helminthe se rencontre dans les divers organes, particulière- 'ment dans le rein et le poumon. Zeder en a trouvé dans le cerveau d'une jeune fille. Rudolphi, Eschricht et Lebert en ont vu dans le foie. Adam Schmidt en a retiré un de la glande lacrymale. Morgagni en a trouvé un autre dans le cœur. Ludersen parle d'un homme âgé de quarante ans, mort d'hydropisie, dont la rate, transformée en un sac très dilaté, contenait une quantité prodigieuse à'Echinocoques, €ollet raconte qu'une femme de quarante-sept ans évacua, en toussant, dans l'espace d'environ quatre mois, 1 35 Échinocoques. Albers et Bock ont chacun observé un goître occasionné par un Échinocoque (Forster). M. Gescheidt en a signalé entre la choroïde et le cristallin.

La vésicide ou capside des Échinocoques varie beaucoup pour

{i) Cytticercut hepaticus l>tXïe Chia^e {Tnckosoma hqpatictia Bvera),

(2) C. vitcerali» Rud. {Tmnia viêceralU Gmel.).

(3) C. Fischerianut Laenn.

(4) C. aor tiens liolar,

(5) C. vesicœ Crépi.

(6) M. Kœbcrlé a communiqué tout récemment (mars i859), à la Société d'histoire naturelle de Strasbourg, la description de deux autres Cytticetqués qu'il croit nouveaux, le C, turbinatut ei le C. melanocephalut. Le premier lui paraît suffisamment caractérisé par soii mode d*enroulement et par la prince de 38 crochets, et le second par une tache céphaliqiie et par 24 crochets seulement. L'un et Taulre ont été trouvés danft le cerveau.

(1) Éxîifozt hérisson, et xoxxoç grain.

{B) Echinœoceui hominis Rnd. {Polycephahn humanus SCedcr).

MOQ.-TAND. 21

370 ENTOZOAIRES HBLHIHTHES.

la |ro&scur. Il j en a de la lailIed'uD grain de moutarde et d'autres du volume d'un œuT de poule. Cette vessie refoule le pareachyme de l'organe malade, et détermioe autour d'elle une production do tissu nouveau, de telle sorte que lliydatide est comme euÂoItée dans un kyste adveolif plus ou moins résistant. Cette ampoule n'est pas toa> jours sotitaire.

Fi(. ( îO. — Échhtocoqtu (•). La vésicule est glo-

buleuse, ovoïde ou pfriforme. Elle est formée de deux membranes embotlées l'une dans l'autre. L'extérieure (hydatide des auteurs) est constituée parime pellicule semblable en apparence au blanc d'œuf coagulé, sans libres ou fibrilles, ni cellules, et disposée par lames stratifiées (Davaine). La vésicule intérieure (membrane germinale, Goodsir) est formée par un stratum Gbrilleui, parsemé de granulations élémentaires. Dans l'intérieur on trouve un liquide limpide, diaphane, tantât incolore, tantôt légèrement jaunâtre ou roussâtre.

Des corpuscules petits comme des grains de sable (I) flottent librement dans le liquide ; ils sont d'abord adhérents à ta face interne des vésicules par un très mince pédicule qui se rompt avec une extrême facilité (Davaine). Vus au microscope, ces corpuscules sont allongés, plus ou moins ovoïdes, subglobuleux, pyriformes el déprimés. Ce sont autant de petits vers intestinaux. Leur extrémité antérieure est organisée comme celle des Cysticerques ou des Ténias, avec quatre suçoirs et une double couronne de crochets. D'autres gemmes se développent aussi i la surface externe de la première membrane, et quelquefois dans son épaisseur. Elles se détachent généralement comme les premiers corpuscules, quand elles ont atteint le volume d'un grain de chénevis. Au bout d'un certain temps, il se forme à leur intérieur la seconde membrane, el plus lard cette membrane produira de petits Eehinocoquet (Davaine).

(1) jli>AMiJ>cA,wloarciprMdMila Lanaitk.

(*J A, Mtnul ■lltchë k II pwai ÎDIiriH di ipanicjtl*, li UW et la m relii^ d*u la cotjK : — a, la Me. — t, 1m OKnlsi. — a, laa coinnnn île erocbett. — 4, la pnilHMcide. — t, le coq». — f,h pédicale. — B, tninnl dëielappd : — a, la IMa. — », In «cala. — e, lai coaroiiini de cncbdi.— <j, la proboMJda. — «, la aa). — f, h FDfp*. — C. nn dn {rraheti : — n, li (riflb. — t, la (farda. — r, le nunclw.

lieLMINTHES VÉSICULEUX. .174

Quelques auteurs regardent les Eehmocoquei du singe, du chien, du bœuf, du mouton, cammo constituant uno espèce dïstÎDCte de celle de l'homme, qu'ils appellent Echinocoque des vétérinaires (1),

D'autres vont plus loin, ils admettent que chacun des anjmauf nommés possède son espèce particulière,

1 III. — DM AttHt»\OtTHn.

Les AcÉPHALOCYSTES {AcêphahcyatU) (flg. ISt) (3), décrites par Laennec, sont des dilatations en forme de vessies membraneuses, sans tSte, ni bouche, ni tube digestif niSme k l'état de rudiment.

Les Acèphaloci/gUi se rencontrent dans le fofe, la raie, le rein, Béclard en a trouvé dans la vessie, Gullerier dans le tissu des os, M. Bostan dans l'arachnoïde. Le docteur Carrère en e observé nne du poids de 1 < 9 grammes, dans le cerveau d'un jeune bomme.

Plusieurs naturalistes ont regardé ces vessies comme de vrais Helminthes, mais d'une oi^nisation simple (3), appartenant â la tribu des Honadaires (Btainville) et voisins des Volvoces (I.euckarl).

Goeie el Rudolphi ue croient pas il leur animalité; il en est de même

de CuTier et de Fi^. it\.- AcépMl^.u.

' Mecket. Cette divergence d'opinions parait tenir h ce qu'on a confondu, sous le nom d'Acéphatocystes, des productions différentes. On rencontre quelquefois, dans le corps humain, des expansions vésiculiformes qui doivent Stre regardées comme des modifications de tissu el des cas pathologiques*. Par exemple, les Hydrùmètres hydatiques ou Aeéphahcy»Us rameusM (i) développées dans l'utérus ne sont bien certainement qu'une altération hyperlropliique des vaisseaux du pla-

is) . pri..lif. «tM. u (S) Himly, BnniHr.DtlIe Chiqe.

jt) Acqiliahcftlit romua H. C1«iuat {UniTmMra hgiaUet Ai eilarii Oiea).

d7l ENTOZOAiftES HELMINTHES.

centa (Cruveilhier). Ce qui s*est passé dans la matrice peut arriver dans d'autres cavités et même dans des tissus, et Ton voit s*y former des phlyctènes et d'autres dilatations hydatiformes. On a pris aussi pour des Acéphalocystes certains corps albuminoîdes qui se concrètent dans plusieurs points de l'économie , par exemple, autour du poignet, entre les tendons et les muscles. Ces prétendus vers ne présentent aucune cavité ; ce sont des corps compactes etnon des sacs membraneux (4). Mais les vésicules membraneuses tremblantes, demi-diaphanes, qu'on découvre enkystées dans divers organes, doivent être considérées comme des vers intestinaux, comme des Helminthes hydatiqueê. Ces vésicules ont une vie indépendante dont on peut suivre toutes les phases (Dujardin).

Généralement ces vraies Acéphalocystes sont sphériques, simples, libres de toute espèce d'adhérence, et contiennent souvent d'auti*es vésicules emboîtées les unes dans les autres ; tandis que les expansions morbides sont plus allongées, atténuées ou pédiculées à une extrémité, quelquefois aux deux, d'autres fois rameuses et toujours adhérentes, c'est-à-dire plus ou moins dépendantes des organes; elles ne renferment jamais d'autres vésicules.

Dans l'état actuel de la science, les Acéphalocystes ne doivent pas constituer un genre particulier d'Helminthes; ce sont des Cystieerqtieê ou des Échinocoques incomplètement développés, c'est-àdire arrêtés dans leur évolution. Il.n'est pas rare de rencontrer de ces poches qui contiennent à la fois des vésicules inertes et des larves pourvues de leurs crochets, le^uelles, par conséquent, tiennent de VAcéphalocyste et de VEchinocoque (Yan Beneden).

Laennec distingue trois espèces à'Acéphalocytes, VA. à œufs^ VA, à grains et 1'^. à bourgeons (2). Ce sont trois états à peine distincts de cette forme vésiculeuse des deux genres précédents.

8 IV. «- TraDBfoniMitloafl ûtB HeUnlnUieft véstcnieiix.

Les Helminthes vésiculeux ou hydatiques, c'est-à-dire les Cysticerques et les Éehinocoques^ se transforment en Helminthes rubanés. Les premiers sont des états incomplètement développés, de jeunes individus, des larves des seconds.

La connaissance de ces transformations a jeté le plus grand jour sur l'origine do l'infection vermineuse.

L'histoire de leur découverte est du plus haut intérêt pour le mé-

(i) Voyez page 389.

{%) Acephaloeyttit vwMen, granuhtn et tvrculiçfra Laenn.

rtELMINTHES VÈSICL'LEl'X . 373

(tecîn comme pour le naturaliste. Âbilgaard avait observé, il y a plus d'un siècle, qu'une espèce particulière de parasite, appelée aujourd'hui Schiitocéphale dimorphe (4 ), qui vit dans certains poissons nommés ÉpinocheSy se rencontrait quelquefois dans les canards nourris avec ces derniers, mais alors offrant un second degré de développement. M. Gréplin, ayant étudié, en 4 829, comparativement, les vers intestinaux des épinoches qui, tous les ans, remontent de la mer Baltique dans les rivières afQuentes, et ceux des oiseaux piscivores des bords de ces rivières, û mis hors de doute que lé Schistocéphale dimorphe n'acquiert ses organes sexuels (c'està-dire ne devient animal parfait) que lorsqu'il s'est développé dans un oiseau.

Les modifications dont il vient d'être question se réduisent k une plus grande taille et à l'apparition des organes génitaux. Des développements plus curieux, de véritables métamorphoses ont été observées, dans d'autres vers, par M. Van Beneden. Ce senties divers états par lesquels passent les Bothriocéphales des poissons. Dans un grand nombre de ces derniers, habitent de petits entozoaires connus sous le nom de Seolex, Ces vers ne possèdent ni crochets, ni trompes, et sont privés d'organes sexuels. Plus tard, les Sco/err présentent quatre petites trompes céphaliques, manifestement échinulées ; ce sont alors des Tétrarhynques,- Ceux-ci restent dans leur coque, jusqu'à ce que le poisson dans les entrailles duquel ils s'abritent soit mangé par un poisson plus volumineux. Alors le ver sort de son enveloppe, perce l'intestin du ravisseur, et va s'établir dans son mésentère. Plus tard, si le poisson est dévoré à son tour par un autre poisson encore plus gros, par un requin par exemple, le ver s'allonge, son corps se rubane, des anneaux se dessinent, des organes sexuels s'organisent, et l'entozoaire devient un Bothriocéphale!,,,,

Ces faits si remarquables ont expliqué la grande ressemblance que M. de Siebold avait observée entre la tète du Cystieerque fascio^ laire (2) qui vit chez la souris, et la tête du Ténia crassicolle (3) qui habite chez le chat. On a été porté à conclure que ces deux parasites pourraient bien être identiques. Ils ne diffèrent, en effet, que par la présence, dans le premier, d'une petite vessie caudale et par la longueur plus grande du second. M. de Siebold a introduit diverses espèces de Cysticerques dans l'estomac de plusieurs chiens, dans des lapins

(1) Schistoceptmlut dimorphiu Crépi.

(8) Cytticerctu fateiolarit Rud. {Hydatigera faâciolarit Lamk^

(3) Tœnin craMieoUiM Rud.

374 ENTOZOAIRES HELMINTHES.

et dans des cabiais ; il a reconnu que ces vers, au bout d*uu certain temps, perdaient leur vessie caudale, s'allongeaient, se rubanaient, s'articulaient et se transformaient en Ténias,

M. de Siebold a fait manger à des chiens des Eehinocoquet avec leur enveloppe membraneuse. 11 a constaté, sur plusieurs individus, que le dernier anneau se dilatait en vésicule, et que i*animal devenait Cysticerque; mais, il a vu, sur un plus grand nombre, que le ver s'allongeait en ruban articulé et se changeait en Ténia.

Enfin, on a eu l'idée d'opérer sur l'homme, et d'essayer si, dans notre propre espèce, on n'arriverait pas à des résultats semblables. M. Kûchenmeister, de Zittau, a démontré, en 4 835, par de curieuses expériences, sur une femme condamnée à mort pour assassinat, que le Cysticerque de la cellulosité donne naissance, lorsqu'il est ingéré dans nos intestins, au Ténia ordinaire. Le savant professeur allemand a fait avaler à cette femme, à son insu, un certain nombre de Cysticerques fournis par un porc : \ % dans du boudin et \ 8 dans du riz, quatre-vingt-quatre heures avant la mort ; \ 5 dans un potage au vermicelle, trente-six heures avant; 4 2 dans des saucisses, vingt-quatre heures avant; et 4 8 dans de la soupe, douze heures avant. Cette femme prit donc 75 Cysticerqaes, L'autopsie de la malheureuse fut faite quarante-huit heures après l'exécution. On trouva dans le duodénum, fixés à la muqueuse, 4 petits Ténias ordinaires^ munis de leurs crochets. On découvrit, dans l'eau qui avait servi à laver les intestins, 6 autres jeunes Ténias^ mais sans crochets.

11 parait donc que le Cysticerque de la cellulosité devient, dans le tube digestif de l'honmie, un Ténia ordinaire,.

Des expériences semblables ont été tentées par le professeur Leuckart ; il a donné à un jeune homme d'une trentaine d'années (qui s'y était prêté de bonne grâce), un certain nombre de Cysticerques tirés d'un porc ladre. Au bout de deux mois, ce jeune homme avait le Ténia!

M. A. Humbert, de Genève, a fait mieux; il a opéré sur luimême. Le 4 4 décembre 4854, il se procura, dans l'abattoir de la ville, de la graisse de porc fraîche, farcie de Cysticerques. 11 détacha ces vers avec soin, et en avala 4 4, en présence de MM. Yogt et Moulinié. Dans les premiers jours du mois de mars 4 855, il sentit la présence des Ténias et en rendit des fragments considérables (I)! (Bertholus.)

D'un autre cêté, on a reconnu que les œufs murs des Ténias

(1) Des expériences analofpies, faites avec d'autres Cysticerques sur des chiens, ont pleinement confirmé ce résultat.

HELMINTHES VÉSIGULEUX. 375

donnent naissance à des Cysticerques, quand ils se développent dans les tissus des animaux (4). On a nourri des cochons avec des œu& de Ténia ordinaire, et ces pachydermes sont devenus ladres.

Les Cysticerques pris chez les bouchers et chez les charcutiers (2) sont donc une des principales origines du Ver solitaire. Ces hydatides pénètrent avec l'usage de la chair de Porc (qui en est si souvent infectée), surtout quand cette viande est mangée crue et sim-< plement salée ou fumée, ou bien quand elle a été mal cuite. Ils arrivent aussi, mais plus rarement, avec la chair du bœuf et de quelques autres animaux.

D'après le rapport des médecins de Vienne, les personnes employées dans les boucheries et dans les cuisines sont très souvent affectées du Ténia (3). £n Abyssinie, où Ton mange beaucoup de chair crue, ce parasite est très commun (Auber, Siebold). Les char» treux, qui ne prennent ni viande, ni laitage, ne connaissent pas ce ver (Ruppell, Reinlein). On a trouvé, à Stettin, des Ténias chez sept enÈmts auxquels on avait prescrit Tusage de la viande crue (Scharlau).

Passons en revue, maintenant, les transformations successives qu'éprouve le Ténia ordinaire, avant d'arriver à son état parfait.

Son œuf renferme un embryon court, inarticulé, et pourvu au moment de Téclosion de trois paires de crochets (heanicanthe), dont les deux médians sont destinés à entamer les tissus de Thôte que le parasite choisira.

Une fois établi dans le parenchyme d'un animal, d'un porc par exemple, cette espèce de larve rudimentaire devient, ou pour mieux dire engendre, par voie agame^ un nouvel individu engainé dans sa propre mère, lequel s'enkyste dans le sujet infecté, comme une chenille dans le cocon où elle doit se transformer en chrysalide (Van Beneden).

Cette seconde larve présente une tête avec quatre suçoirs, une double couronne de crochets et un cou médiocrement long, lequel se termine par uuç ampoule membraneuse, immense phlyctène à parois délicates, rempUe de sérosité, dans laquelle le jeune animal peut, en se contractant, s'enfermer et s'abriter. Ce petit ver. se loge en abondance au milieu du tissu cellulaire, dans la graisse, sous la peau, entre les mi|3cles, dans la région intercostale, dans Je péritoine

(1) Kûchenmeister, Van Beneden, Gurlt, Escliricht, Leuckart, RoN, Hubner, etc.

(2) Un morceau de porc du poids de 4 drachmes et demie, que M. Kûchenmeisler avait fait acheter chex un charcutier, en Saxe, contenait 133 Cytticerquei.

(3) Lee charcutien et les bouchers sont très sujets au Ver solitaire (Deslandes).

d76 ENTOZOAIRES HELMINTHES.

L*animal vit au sein de son kyste comme un Cynips dans sa doit de galle.

Ce second état constitue le Cysticerque de la cellulosi'té; c'est Tétai hydatiqw.

Cette larve peut produire de nouveaux individus semblables à eUe, mais par gemmiparité, et no^ par génération, attendu qu'èUe n'a pas d*organes sexuels. Quand le porc devient ladre, il en porte des milliers.

Si cette larve et sa lignée ne peuvent pas sortir du parenchyme dans lequel ils sont enkystés, leur évolution ne s'élève pas plus haut que l'état de Cysticerque»

Lorsque le Cysticerque passe dans le tube digestif de l'homme, il s'attache, avec ses crochets et ses oscnles, aux parois de la muqueuse. Bientôt il perd son ampoule, qui s*affaisse par exosmose et prend l'aspect d'un appendice aplati. L'animal devient plus transparent, s'allonge, se rubane, et produit une multitude d'arti* culations successives, d'organismes particuliers bout à bout et vivant d'une vie commune, quoique pourvus chacun de tous les éléments indispensables à son individualité (4). Cette longue cbatne de zooniles peut être regardée comme un autre mode de reproduction agame.

Ce troisième état est celui de l'animal parfait : c'est le Ténia!

On a vu plus haut que les larves, au sortir de l'œuf, ne sont ni rubanées, ni vésiculeuses, et que les Cysticerquès sont des vers ruba nés pourvus d'une Hydatide postérieure. On peut dire que les Acéphalocystes sont de grandes Hydatides sans corps rubané antt'"rieur, et que les Ténias sont, au contraire, de très longs corps rubanés, sans Hydatide terminale.

11 ne faut que deux ou trois mois pour que le ruban téniaire atteigne plusieurs mètres de longueur.

Chaque article est à la fois mâle et femelle. A l'époque de la génération, les ovaires se gonflent et se remplissent d'une énorme quantité de petits œufs. Alors un nouveau phénomène s'effectue : les articulations se désagrègent, se séparent, et les organismes particuliers deviennent indépendants.

Ce quatrième état est celui des CucurUtins,

Ces derniers sont entraînés par les matières fécales ; ils vivent quelques jour» isolés, puis se désorganisent, et les œiifs qui les distendent sont ainsi disséminés.

Ces œufs conservent longtemps leur propriété germinative ; h

(1) « Ténia nûtoà tUoi nepotes concaUtiata $€rie lontitudinaliltr protÊueunt. > (l.inn.) ..

HELMINTHES VÉSICULEUX. 377

résistent k Télévation et à rabaissement de la tempériature, à Taction de la sécheresse et à celle de rhiimidité, à celle de Teau, même à celle de Talcool. Enfin ils sont repris ultérieurement avec les aliments ou les boissons, par les' animaux ou par Thomme, éclosent et donnent naissance à de nouveaux Cysticerques qui produiront de nouveaux Tentas (4).

Ces quatre états de VHelminthe, le rudimentaire, le vésiculeuXf le rubané et le fragmenté ont été désignés par M. Van Beneden sous les noms de protoscoleXj de deutoscolex^ de strobih et de proglotlis (2). Ces dénominations avaient été employées comme génériques, à l'époque où chacune des formes dont il s'agit était regardée, dans diverses espèces, comme autant d'animaux particuliers. M. Van Beneden a voulu en faire des termes généraux, innovation assez inutile, puisque nous avions déjà les noms de larve ^ de Cysticerque, de Ténia et de cucurbitin (3).

Les premières larves ou protoscolex, et les Cysticerques ou deuto* scolex, vivent dans l'épaisseur des tissus. Les Ténias ou strobiles habitent dans les cavités digestives. Les cucurhitins ou proglottis sortent de ces dernières cavités. Les premières larves et les Cysticerques, gênés dans leur milieu, sont forcés de s'enkyster. Les Ténias et les cucurhitins, ne rencontrant ni gêne ni obstacle, ne produisent pasde poche. Les premiers s'allongent, se développent, mais demeurent adhérents ; les seconds se séparent, se meuvent et deviennent voyageurs.

Les premières larves et les Cysticerques sont très courts, ont un cou subarticulé, et ne possèdent pas d'organes sexuels; ils se reproduisent gémmiparement. Les Tentas sont très longs, nettement zoonités et manifestement androgynes ; ils se reproduisent généra^ tivement. Enfin les cucurhitins sont des zoonités désagrégés, c'ést-àdire des individus simples formés aux dépens d'un individu multiple ; ils disséminent les œufs mûrs.

Ces remarquables transformations nous présentent donc , dans une même espèce, des germes qui émigrent, des larves qui se reproduisent, des appareils qui se répètent, des organismes qui s'individualisent et des zoonités qui s'isolent!

(i) D'après M. de Sicbold, le Cyslieerciu cellulotœ, suivant ranimai dans lequel il a été transporté, produit des Ténias d'apparence différente. Il devient Tœnia serrata dans le chien, Tœnia erassipet dans le renard, Tœnia marginata dans le loup, ei Tœnia crasiicoUit dans la marte. M. Van Beneden pense avec raison que le Cytticerquô de la cellulotité ne donne naissance qu'au Ténia ordinaire»

(2) Scolex t 0. F. Ilûllcr ; strobila, Saars ; proglottit, Dtyardln. — Le nom de strobile il<^igne, en botanique, l'espèce de fruit plus généralement appelé cône,

(3) Non^ «v'iom au!ts| ceux d'hydatide ei ()e noonite,

378 I^NTOZOAIRES HELMINTHES.

Ce qui se passe dans révolution du Ténia commun arrive aussi chez les autres Ténias, De même que le Cysticerque de la cellulosiié se transforme en Ténia solitaire, de même VEchinocoque des vétérinaires se métamorphose en Ténia éekinocoque (4). Malheureusement, dans Tétat actuel de la science, on n'a pas encore suivi les transformations de toutes les espèces. Il y a des Ténias dont on ne connaît pas les larves, et des larves dont on ne connaît pas les Ténias. Quels sont les Cysticerques producteurs du Ténia nain y du Ténia à taches jaunes et du Ténia inerme? Quel est le Ténia que donne le Cysticerqne triarmé?

De tous les faits qui précèdent, on peut tirer les conclusions suivantes :

4" Les Helminthes i>ésiculettx ou hydatiques sont les larves {scolex) des Helminthes rubanés,

2** Les Acéphalocystes sont des Helminthes vésiculeux très imparfaitement développés ou arrêtés dans leur évolution.

3° Les larves revêtent la forme Éekinocoque ou )a forme Cysti» cerque,

i'* Les larves se développent et arrivent à Tétat parfait ou rubané (strobile) en passant d'un animal à un animal plus élevé dans la série.

S"" La même chose a lieu d*un animal à Thomme.

6° La différence du milieu influe sur leur évolution. Le tube digestif est nécessaire à leur entier développement.

7" Certains Helminthes vésiculeux, fourvoyés dans leur pérégrination, n'arrivent jamais à Tétat parfait; ils vivent larves et meurent agames.

8° Les Helminthes vésiculeux ne présentent pas de sexe, parce que les larves n'en ont pas.

9® Les Helminthes vésiculeux se reproduisent par gemmes ou bourgeons.

\0° Les Helminthes ruhanés se reproduisent par sexes; ils sont androgynes, ils font des œufs.

4 4° Les cucurbitins ou zoonites {proglottis) sont les articles des Helminthes ruhanés, désagrégés et isolés à la maturité des œufe.

42*^ Les gemmes, œufs ou larves des Helminthes rubanés passent d'un animal à Thomme, ou d'un animal à un autre animal, avec les aliments et les boissons.

(i) Des transformations tout aussi curieuses ont lieu chez les animaux. Le Cy»ticereut faseiolarit de la souris produit le Tœnia cratticollii du chat ; le Cyiticerctu pitiformit du lapin, le Tœnia serrata du chien; le Cysticerctu UmgicoUit du Campagnol, le Tœnia craiêicept du renard; le Cœnuniê cerebralis du monion, le Tœnia cœnumt du loup, etc.

HBIjMINTHES POUTEPX, 370

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