‹ Eléments de zoologie médicaleChapitre 26 sur 144 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

I. Les anciens, — Les anciens divisaient les animaux en ceux qui ont du sang et ceux qui n'en ont pas. Ils considéraient comme pourvues de ce fluide toutes les espèces dont le sang est rouge ou rougeâtre, telles que les Oiseaux et les Poissons, et croyaient qu'il n'existait pas chez celles qui offrent ce fluide très pâle ou tout à fait décoloré, telles que les Insectes et les Moules. Ces derniers animaux étaient désignés par eux sous le nom à'exsatiguia.

Les premières classifications générales doivent êtj'e regardées comme des systèmes très arbitrairement conçus. Les caractères sur lesquels elles reposent, sont tirés tantôt du séjour ou de la nourriture, tantôt des membres ou des téguments.

Les essais taxinomiqucs tentés, après ces ébauches, sont un peu moins mauvais, parce que la connaissance de l'organisation commençait à faire des progrès. Toutefois on est forcé de convenir que si ces classifications présentent çà et là quelques rapprochements heureux, ils sont plutôt le fruit d'une sorte d'instinct ou du tâtonnement que celui de l'observation rigoureuse et de la réflexion.

IL Linné. — Linné est bien certainement le premier qui ait groupé les animaux d'une manière rationnelle. Cet immortel naturaliste les a divisés en six classes : les Mammifères, les Oiseaux, les Amphibies, les Poissons, les Insectes et les Vers.

Les Mammifères {Mammalia) sont des animaux à corps couvert de poils , à mâchoires au nombre de deux, une supérieure et une inférieure, souvent garnies de dents et recouvertes par des lèvres; à respiration pulmonaire; à cœur quadriloculairc ; ils ont presque toujours quatre membres (avec des pieds ou des mains); ils sont vivipares.

Tels sont les Singes, les Chauves- souris, VÙurs, le Castor, le Musc, le Sanglier, la Baleine.

Les Oiseaux (Aves) sont des animaux à corps couvert déplumes; à mâchoires au nombre de deux, une supérieure et une inférieure, sans dents et sans lèvres, mais converties en mandibules formant un bec ; à respiration pulmonaire ; à cœur quadril oculaire ; ils ont toujours quatre membres (deux ailes et deux pieds) ; ils sont ovipares.

Tels sont les Vautours, les Pics, les Canards, les Hérons, les Faisans, les Grives,

Les Amphibies (Amphibia) sont des animaux à corps généralement couvert d'écaillés; à mâchoires au nombre de deux, une supérieure et une inférieure, quelquefois garnies de dents imparfaites, avec ou sans lèvres; à respiration pulmonaire, rarement branchiale; à cœur triloculaire ou biloculaire; ils ont tantôt quatre membres, très rarement deux (des pieds), tantôt point; ils sont presque toujours ovipares.

Tels sont les Tortues, les Lézards, les Grenouilles, les Vipères^ les Couleuvres, les Esturgeons,

Les Poissons (Pisces) sont des animaux à corps couvert d'écaillés ; à mâchoires au nombre de deux, une supérieure et une inférieure , quelquefois avec des dents et recouvertes par des lèvres; à respiration branchiale ; à cœur biloculaire ; ils ont généralement quatre membres essentiels {nageoires paires) et des membres accessoires {nageoires impaires); ils sont presque toujours ovipares.

Tels sont V Anguille, la Morue, la Sole, le Thon, le Saumon, la Carpe,

Les Insectes {Insecta) sont des animaux à corps couvert d'une peau coriace ou calcaire ; à mâchoires au nombre de quatre, latérales ; à respiration trachéenne ; à cœur uniloculaire ; ils ont généralement six membres (toujours des pattes, quelquefois deux ou ({waXre ailes) , rarement davantage ; ils présentent des antennes; ils sont très habituellement ovipares.

MOQ.-TAND. 3

38 ZOOLOGiS MSDICAUS.

TqIs sont les^ Cantharides^ les Moml^es, la Puce^ la Tarentule, la Scorpion, YEcr&vhse,

Les Vera ( Ferm^a) sont des animaux à corps couvert d'une peau molle, quelquefois pourvue d'une pièce calcaire ; à mâchoires variables quant au nombre et à la disposition, souvent nulles; à respiration s'eflectuant avec ou sans organe spécial ; à cœur unilocuîaire ou nul ; ils ont des membres rudimentaires ou n'en possèdent pas; ils présentent dea tenUkeules; ils sont ovipares ou se repro«duisent sans génération.

Tels sont les Sangsues, les Limaces, les Limaçons^ VHuitte^ les Mci4répQre8t les Cùraux.

Voici un tableau synoptique des caractères prineipaui de ces six clasaes :

^^ • (Des mandibules , , , 2, Oiseaux.

rottfi J f Des poumons 3. Amphibies.

Swj I ^ iroia. j p^ brancliics .... 4. Poissons.

. ^ r Dea aatonnes .... S. iNstern*

" ■" j Dv tcniwirfes . , . . 6. Vers.

La classification de Linné est très importante, à cause de son caractère tout à fait scientifique, de sa simplicité et de sa commodité. Elle résume assez nettement les connaissances taxonomiques acquises jusqu'à son apparition ; elle a servi, pour ainsi dire, de point de départ à toutes les distributions proposées depuis ce grand naturaliste.

Il est facile de voir, cependant, dans celte classification, que les quatre premières classes se ressemblent plus Centre elles que la quatrième ne ressemble à la cinquième, et la cinquième à la sixième. En second lieu, cette dernière se trouve composée d'éléments tout à fait hétérogènes. On y rencontre, par exemple, les Sangsues et les Lombrics^ qui ont les plus grands rapports avec les Insectes; on y trouve aussi les Sèches et les LimaceSy dont l'organisation est plus compliquée que celle des Vers proprement dits, et qui, très certainement, se rapprochent beaucoup plus des Poissons que des Coraux»

lU. LvMARCK. — Lamarck a distingué les animaux, d'après leur squelette et d'après leurs nerfs, en deux grandes séries, les animaux sans vertèbres bu Invertébrés^ et les animaux pourvus de vertèbres ou Vertébrés (1). Les premiers sont divisés en apathiques (lesquels embrassent une partie des Vers de Linné), et en sensibles (lesquels

(1) Aristotc a^ait appelé cos derniers animatlX) animaux pourvtti de sang»

CLASSIFICATION DE» ANIMAUX. 39

comprennent les autres Fers du mémd auteuf et ses Iniecleê), Les animaux vi^tébréty qui sont dits intelligente, correspondent exactement aux quatre premiers groupes linnéens.

Dans cette classification, Ljimarck commence par les animaux les moins élevés dans la série ; il marche du simple au composé, et suit par conséquent un ordre inverse de celui de Timmortel naturaliste suédois.

Le céMbre auteur français avait parfeitement compris les défauts de la distribution de son illustre devancier; c'est pour les éviter, qu'il a réuni ensemble les quatre premières classes linnéenncs, et cherché à grouper plus exactement les animaux qui composent les dernières*

IV. Guvifin. — Profitant des observations de ses prédécesseurs et de ses propres recherches sur Torganisation animale, 6. Cuvier a repris la classification de Linné, Ta corrigée et Ta perfectionnée. Gomme Lamarck, il a senti les ressemblances qui unissent les quatre premiers groupes ; il les a réunis ensemble , ce sont ses Vertébrés ; mais il donne à cette nouvelle association le nom à* embranchement. Il sépare des Yen tous les animaux mollasses, voisins par leur structure et par leurs mœurs, tels que \e%Sèeheè, les Umaçonêy les H%Mre^ » ei en forme un second embranchement , celui des jlfo^> lH9que%, Il reconnaît que, parmi les Verê, se trouve un petit groupe d'espèces à corps annelé et à sang rouge (les Safi^^sues, les LombrioM) ; il réunit ces animaux aux Ineectes, et en constitue un troisième embranchement, qu'il appelle Articulé». Et, comme le reste des Vers se trouve composé, en grande partie, d*animaux dont I«b organes sont disposés autour d'un centre commun, duquel Us divergent en rayonnant, il donne à ces derniers le nom de Rayonnes,

Ainsi, dans la classification de Cuvier, nous avons quatre grands embranchements, les VeriébréSy les Molïnsques^ les Articulés et les Ray&nnés. Le premier groupe renferme les Singes, le Chien, le Castor, la Baleine, les Oiseaux, les Lézards, les Tortues, les Grenouilles, les Poissons, Le second comprend les Poulpes, les Sèches, les Calnutrs, lesLi'fiwieM, les Limaçons, les Huîtres, les Moules* Dans le troisième on trouve les Sandfaiitfs, les Lombrics, les EorevisseSi les Crabes, les Araiffnées,\9isChporteSi les Cantharides, les Abeilles. Enfin, dans le quatrième, nous avons les Étoiles de mer, les Aèearidei, les Ténias, les Coraum, leisÉfkmges.

Voiei les caractères qui distinguent chacun [^de ces embranchements.

4« Virt^rét. «*^ Animaux sjrméti*ique8) formés de deux moitiés

semblables, sauf quelques anomalies. Corps soutenu par un squelette intérieur osseux, composé d'une série de pièces empilées (vertèbres), offrant une colonne épinière et un canal, se terminant en avant par une tête et en arrière par un coccyx ou une queue.

Canal digestif complet; mâchoires au nombre de deux, une supérieure et une inférieure. Organe respiratoire spécial souvent double ; poumons, quelquefois branchies. Cœur épais, musculaire, souvent à quatre cavités, jamais avec moins de deux ; sang rouge , chaud ou froid. Système nerveux cérébro-spinal ; cinq organes des sens très développés. Membres ordinairement au nombre de quatre, jamais davantage. Sexes presque toujours séparés.

2" i/oWusgues. — Animaux très rarement symétriques, c'està-dire formés de deux moitiés souvent inégales. Corps très mollasse, n'offrant pas de squelette intérieur, mais revêtu d'une enveloppe cutanée pourvue d'un repli (manteau), offrant le plus souvent des pièces calcaires (coquilles) simples ou doubles.

Canal digestif complet ; mâchoires au nombre de deux , de trois ou d'une seule, cornées, quelquefois rudimentaires, d'autres fois nulles. Organe respiratoire spécial, tantôt pulmonaire (poche), tantôt branchial, dans quelques cas intermédiaire. Cœur à deux ou trois cavités; sang incolore ou violacé, toujours froid. Système nerveux ganglionnaire, rarement symétrique, sans chaîne abdominale; organes des sens peu développés. Membres imparfaits ou nuls, souvent un large disque charnu, d'autres fois un byssus, jamais des ailes. Sexes séparés ou réunis dans le même individu; dans ce cas, un double accouplement ou bien l'animal se suffisant à luimême.

a*» Articulés. — Animaux symétriques, c'est-à-dire composés de deux moitiés exactement semblables , offrant une série d'étranglements transverses qui les séparent en articles et les font paraître comme annelés. Corps n'offrant pas de squelette intérieur, mais revêtu d'une peau solide (dermato- squelette) calcaire ou cornée.

Canal digestif complet ; mâchoires souvent au nombre de quatre, toujours latérales. Cœur remplacé par un vaisseau dorsal; sang incolore ou rose, froid. Organe respiratoire le plus souvent trachéen. Système nerveux ganglionnaire , toujours symétrique , avec chaîne abdominale ; organes des sens peu développés. Membres parfaits, s'articulant par ginglyme, ordinairement au nombre de six, quelquefois deux ou quatre ailes. Sexes presque toujours séparés.

4" Rayonnes, — Animaux symétriques, mais non formés de deux moitiés semblables, composés généralement de parties disposées comme des rayons. Corps moa , n'offrant ni squelette intérieur, ni

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extérieur ; ils vivent quelquefois en société et sécrètent des axes cornés ou calcaires.

Système digestif le plus simple possible : c'est tantôt une poche à deux ouvertures, tantôt un sac à un seul orifice ; mâchoires généralement nulles. Point de cœur. Système circulatoire réduit à quelques rudiments de vaisseaux; sang incolore et froid. Point d'organe spécial pour la respiration. Ni encéphale, ni collier œsophagien, rarement des ganglions , cpielquefois des nerfs ; organes des sens nuls; membres représentés par des barbillons. Organes sexuels très imparfaits , réduits souvent à un simple ovaire ; plusieurs se reproduisent par gemmes ou par ûssiparité.

On pourrait résumer cette classification de la manière suivante :

i binaire. / non ( Un gqueletle. .... i, VcRTéBRés.

Corps ) segmenté. ( Point de squelette : . 2. Mollusques.

V segmenté 3. Articules.

radi<5e 4. BAYONNés.

Cette classification marche du composé au simple , comme celle de Linné ; mais elle est plus égale, plus régulière, plus naturelle. Si les Mollusques étaient tous formés de deux moitiés dissemblables, comme les Limaçons , et si tous les Rayonnes offraient rigoureusement la symétrie radiée , la classification de Cuvier pourrait être caractérisée par les quatre figures ci-après, répondant chacune à un embranchement :

(\j 1" Vertébrés.

r M 2" Mollusques.

3** Articulés.

4° Rayonnes.

41 SOOLOGIB MiDIGALB.

fondée par un homme illustre ^ qui connaisfiait si bien l'organi* sation des animaux, la distribution dont il s'agit devait être accueillie avec empressement et propagée avec ardeur. Elle a été confirmée par les travaux de plusieurs anatomistes contemporains, et, chose remarquable ! les essais de groupement différent tentée par quelques célèbres zoologues n'ont servi en quelque sorte qu*à prouver et son importance et sa solidité,

V, Garus. — A Tappui de cette dernière conclusion, je me bo^ nerai h rapporter la méthode de M. Garus.

Ce savant anatomiste part de Tidée que tous les animaux, naissant d'un muf, commencent par offrir une forme plus ou moins ovoïde. Il fait observer ensuite que, dans les diverses phases de leur développement, les organes digestife doivent d'abord dominer, ce qui donne à ra5i2omfft une sorte de suprématie. Un peu plus tard, ce sont les organes respiratoire et circulatoire, c'est-à-dire le tlwrax, et enfin le système sensitif, et par conséquent la tête. Or, si l'on considère les nombreuses espèces du règne comme un animal parfait qui aurait été arrêté à différents degrés de son évolution, il en résultera que l'on devra rencontrer, dans la série, des espèces qui ressemblent à un œuf, d'autres où l'abdomen prédomine, d'autres où le thorax est énorme, et d'autres où la tète est arrivée au maximum de développement. M. Garus appelle les premiers animaux Oozoaires, les seconds Gastrozoaires, les troisièmes Thoracozoaires et les quatrièmes Céphalozoaires, Les premiers sont les plus imparfaits en organisation, et les derniers les plus parfaits. M. Garus désigne collectivement les Gaslrozodres et les Thoracozoaires sous le nom de Corpozoaires,

Ghacune de ces Classes correspond à un des embranchements de Guvier. Les Oozoaires sont les Rayonnes, les Gastrozoaires les Mollusques, les Thoracozoaires les Articulés, et les Céphabzoaires les Vertébrés. Seulement le savant auteur allemand dispose ses groupes en sens inverse, suivant l'exemple de Lamarck.

Il y a quelque chose de très ingénieux dans cette classification. Beaucoup de rayonnes, par exemple les Infusoires, les Oursins, ressemblent à un œuf. Il en est même qui ont une nature à peu près albumineuse, et d'autres qui, à l'état parfait, diffèrent à peine de leur état de germe. Si l'on se rappelle la structure de V Huître, mollusque sans tête, on reconnaîtra que cet animal est tout ventre. L'huître présente un foie énorme qui enveloppe son tube digestif, et qui compose, avec ce dernier, à peu près tout le corps. Les Limctçons rampent sur un énorme disque charnu abdominal; chez eux,

CUSSinCATIOM DES ANIMAUX. 43

le venird marche (GoH^podM). Les ln$ectes et les Cruilacéê ofifrent un^ corselet ou thorax souvent très gros; cela est vrai surtout pour YEcreviite, C'est cette partie du corps qui, chez les Articulée^ porta les pattes et les ailes; c'est donc par le thorax qu'ils marchant et qu'ils volent. Dans certaines espèces, le thorax est tellement d«^ve« loppé, qu'il finit par absorber et le ventre et la tète (/ifomard). Ghea les Vertébrés^ il existe toujours un encéphale plus ou moins volumi» neux, et cet encéphale est logé dans la tète. Par conséquent, cette dernière partie présente ohea eux une importance qu'elle n'avait pas et ne pouvait pas avoir* dans les autres embranchements. M» Carus poursuit son idée dans l'établissement des classes. Il l'applique, par exemple, avec asseï de bonheur aux divisions des Vût^ tébrés. Les Potsaona ont presque tous une forme oi)(Mê. Il y a chea eux prédominance de l'élément albumineux et des agents reproducteurs. On sait qu'ils pondent des œufe par milliers. Les Reptile possèdent une asseï grande facilité digestive ; plusieurs avalent des proies énormes. Les Serpents et les Lézards ont l'abdomen qui traîne à terre. Les Oi8eau(r présentent un cœur très robuste et des poumons très développés. Leurs mœurs sont influencées par les ailes, organes puissants, portés par le thorax. Enfin les Mammifèrei sont, en réalité, les Vertébrés dont V encéphale est le plus volumineux, et conséquemment ceux qui ont la têts la plus grosse.

H. Carus est donc arrivé exactement aux mêmes résultats que Cuvier. Les deux classifications sont identiques; les noms seuls sont différents.

VL État actuel. «^ Les travaux des anatomistes et des taxenomea modernes ont fait subir quelques légères modifications à la distribution cuviérienne ; mais ces modifications portent plutôt sur les ordres que sur les embranchements, sur les détails que sUr l'eusemble. Quoique les noms aient été souvent changés, il est facile de se convaincre que les groupes principaux sont restés les mômes ou à peu près les mômes» Tout le monde reconnaît les Vertébrés de Cuvier (ou de Lamarck) dans les Ostéozoaires de Blainville (4 ) , ses Mollusques dans les Malacozoaires du même auteur (3), ie^Artimlès dans les Entomozoaires (3), et ses Rayonnes dans les Actinosoaires, De telle sorte qu'on peut dire que c'est encore la classification de Cuvier qui règne dans les livres et dans les cours (4).

(i) Ce font les MyéUmeurés d'Ebrenberg et les Hypocotylét de M. Vsn Bencden.

(2) M. Van Benedcu les réunit aux Ray<mnét sous le nom à'AUoootifiéi.

(3) Ce sont les Epicotyîés de M. Van Beneden.

(4) M. Milne Edwards loi a fait subir quelques cbangements très heureux.

Cependant cette classification est loin d'être parfaite. Si les Mollusques semblent plus voisins des Vertébrés que les Articulés par quelques points de leur organisation, ces derniers s'en rapprochent davantage par leurs facultés et par leur embryogénie , ce que Lamarck et Blainville avaient parfaitement senti. L'embranchement des Rayonués surtout a été l'objet d'un très grand nombre de critiques. Il comprend des animaux fixés au sol , à la manière des végétaux, et des animaux locomotiles, des animaux qui ont des organes des sens et des animaux qui n'en ont pas. Il n'y a rien de radié dans les ^scandes et les Douves; cependant ces animaux sont placés dans le même embranchement, avec les Oursins el les Coraux, Les Ténias et les Bothriocéphales présentent des articles bout à bout; pourquoi ne sont-ils pas dans les Àrticillés?

Une considération de la plus grande importance, dont on n'a pas tenu peut-être assez de compte dans le classement des animaux, c'est, d'une part, leur état d'isolement ou d'association, et, de l'autre, l'unité des organismes ou leur répétition.

Tous les zoologistes ont constaté depuis longtemps, que certains êtres, jouissant de l'animalité, les Polypiers, par exemple, diffèrent des animaux ordinaires, en ce que, au lieu d'être isolés, ils sont groupés plusieurs ensemble et vivent en société. Linné les appelle animalia composita, Cuvier dit de ces associations : leurs individus sont réunis en grand nombre pour former des êtres composés. Il y a donc, dans la nature, des animaux isolés ou unitaires, et des animaux composés ou associés. Ëh bien , entre ces deux sortes d'animaux viennent se ranger, comme intermédiaires, d'autres animaux qui ne présentent ni Vunité parfaite des premiers, ni la multiplicité manifeste des seconds. Natura non facit saltus! Telle est, par exemple, la Sangsue, L'anatomie philosophique nous a appris que cette annelide est formée de segments ou articles placés bout à bout, dans lesquels on trouve les mêmes organes régulièrement répétés. C'est une suite d'organismes particuliers ayant chacun un centre nerveux, un système digestif, un système circulatoire, un système sécrétoire, un système reproducteur... On dirait une série d'animaux distincts, symétriquement alignés, mais intimement soudés et soumis à une vie conunune. Ces organismes particuliers ont été désignés sous le nom de zoonites (4826). Des expériences physiologiques variées ont fait voir qu'on pouvait artificiellement rendre chaque organisme plus indépendant de l'ensemble, et isoler, jusqu'à un certain point, les vies particulières des zoonites de la vie générale de l'association.

La nature va plus loin. Dans le Ténia (4), elle nous montre des zoonites nombreux, unisériés, qui se désagrègent et s'isolent à une époque de leur vie. Le même animal fournit ainsi à la science et la synthèse et l'analyse.

' Lamarck avait parfaitement compris la différence qui éloigne un Vertébré et un Insecte^ lorsqu'il groupait les animaux en deux séries : les Inarticulés (c'est-à-dire les isolés) ^ et les Articulés (c'est-à-dire les zoonites); mais cet illustre naturaliste parait avoir perdu de vue cette idée fondamentale, lorsqu'il a rapproché les Polypiers (ou ani^ maux composés) des Animaux inarticulés.

En conséquence, je diviserai le règne animal en trois sousrègnes : L les Animaux isolés, IL les Animaux zoonites, III. les Animaux agrégés. Je subdiviserai ces sous-règnes en six embranchements, d'après la nature de leur système nerveux, lequel peut être cérébro-spinal, ganglionnaire, rudimentaire ou nul. Je conserverai autant que possible les noms généralement admis, ceux surtout dû Cuvier et de Blainville.

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