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CHAPITRE VI

DU TRÉIIALA.

Le tréhala ou tricala (I) est une coque singulière, bien connue à Constantinople et dans une partie de l'Orient.

A la dernière exposition universelle, figuraient un cei-tain nombre de ces coques envoyées de Turquie par M. Délia Sudda, comme une manne particulière, sans autre indication que le mot de tréhala.

Cette production se trouve décrite dans la Pharmacopée persane du frère Ange, de Toulouse, sous le nom de schakar el ma-aschcr. Elle est comparée à une dragée formée sur un noyau de pistache. La matière agglomérée, blanche et douce, qui entre dans la composition du tréhala est appelée par les Persans schakar tigal, ce qui veut dire sucre de nids.

On avait cru d'abord que le tréhala était récolté sur une onopordone. On a découvert plus tard qu'il se trouvait sur une échinope syrienne (Decaisne). Il est attaché aux rameaux de cette plante. On le rencontre principalement dans le désert qui sépare Alep de Bagdad (Bourlier).

Le tréhala est produit par un insecte dont je vais dire quelques mots.

i°LARiN. — Cet insecte n'est ni un Cynips, ni un Puceron, mais un Goléoptère tétramère, de la famille des Rhynchophores, voisin des Charançons. Il appartient au genre Larin {Larinus). Il n'est pas très éloigné du Larin de Vonopordone (2). M. Ghevrolat l'a nommé Larin subrugueux (3).

Le Larin subrugueux (fig. 45) est oblong et noir. Il porte une trompe assez saillante; ses antennes sont attachées vers le milieu de cette dernière. Sesélytres recouvrent exactement la partie postérieure de l'abdomen ; ils sont oblongs, à peu près de la largeur du corselet et terminés chacun par une pointe mousse un peu recourbée. Leur surface est marquée de dix lignes ponctuées qui partent du bord antérieur et vont se joindre avant d'être arrivées à l'autre extrémité.

2° Coque (fig. 46). — Qu'on se figure un renflement à peu près ovoïde, appliqué dans le sens de sa longueur contre un rameau.

(1) Les Arabes de Syrie l'appellent thrânef d'où l'on a fait, par corruption, thrale, trélMla et tricala.

(2) Larimis Onopordonis Gerni.

(3) Larinus siibrvgostis Clicvrol, {L, nidificans Guib.}.

MOQ.-TAND. 8.

138 ANIMAUX liABITlIRI.LEMENT EMPLOYÉS EN MÉDECINE.

Ce renflement orTrc un grand diamètre de 1 5 à 20 millimétrés ; il a une surface externe très grossièrement rugueuse ou praliniie, et une couleur d'un hlanc grisâtre. On y reiiiar<|ue un aplatissement

Fig. *S. — lartn du tréhala ('). Pi(. *9, — TrihaU (").

du côté du rameau, et un fort sillon à l'endroit où se trouve ce dernier. Quand od détache le rameau, on voit que la coque est fendue. A l'une des extrémités existe, quelquefois, un grand trou circulaire par où l'insecte est sorti. La coque ressemble alors à la cupule tuberculeuse de certains glands (ûg. i5, u.)

La capacité du trékala est grande. On y découvre souvent un insecte parfait près de sortir.

Sa surface interne paraît lisse, blancliitre ou rougeâtre.

Son tissu est un peu épais, inégal, d'apparence amylacée, dur. n craque sous la dent; il ofire une saveur sucrée; il fournit du mucilaKe.

A la température ordinaire, l'eau tuméfie le tréhala. mais elle ne le dissout qu'incomplètement ; elle le cliange en une bouillie mucilagineuse. L'iode le colore en bleu foncé, et dans quelques cas en ronge vineux.

L'analyse y a montré de la gomme, un amidon particulier, beau-

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coup moins attaquable par Teau que celui de la pomme de terre, et un sucre nouveau cristallisable, analogue au sucre de canne, mais beaucoup plus stable, que M. Berthelot a désigné sous le nom de tréhalose.

C'est pendant son état de larve que le Larin subrugueux se construit cette curieuse coque.

Le tréhala se forme-t-il tout seul à la suite de la morsure de l'insecte? Est-ce une excroissance analogue aux galles des Cynips et aux coques des Pucerons ? ou bien est-ce un nid fabriqué par le lann lui-même ? M. Guibourt admet le second mode de formation. Ce qui fortifie cette manière de voir, c'est que le tréhala n'est pas attaché par un point ou un pédicule, comme les expansions galliques; il est appuyé dans le sens de sa longueur contre un axe qu'il embrasse avec une sorte de gouttière. Il paraît que la larve du Larin récolte des quantités considérables de matière amylacée et sucrée, qu'elle tire de l'échinope même, et qu'elle maçonne sa demeure en dégorgeant cette matière et en la façonnant avec le bec.

M. Bourlier pense que la formation du sucre de la coque pourrait être expliquée par la présence des matières albumineuses dans la salive dont la larve s'est servie pour réunir les parties féculentes.

Le frère Ange et M. Guibourt supposent que ce nid sert au Larin pendant toute sa vie; je suis tenté de croire avec M. Bourlier que l'insecte en sort après sa transformation en animal parfait. Gomment pourrait-il s'accoupler, s'il en était différemment, puisque chaque coque ne contient qu'un seul individu ? Du reste, la plupart des nids que j'ai examinés étaient percés à une extrémité et vides.

On recueille généralement le tréhala avant que l'animal soit éclos.

En Turquie et en Syrie, on concasse 15 grammes environ de coques de ÏMrin; on les met dans un litre d'eau bouillante, on agite pendant un quart d'heure, et l'on obtient ainsi un décocté que l'on donne aux personnes dont les organes respiratoires sont affectés, principalement à celles qui sont atteintes de bronchites catarrhales.

Le tréhala est employé encore dans l'alimentation. Son usage est aussi répandu en Orient que le sont en France le salep et le tapioka (1).

(1) Ua insecte voisin, le Larinus odontalgicus de Dejean, donl on a forme le genre Hhinocelltu, est réputé odontalgiquo (Gerbi, Latrcille). On a préconisé comme jouissant de la même vertu, des Carabes, des Chi'ysomèles et des Coccinelles (Garadori, Hirseh.)

HO ANIMAUX D'lN emploi ACCESSOIRE EN MÉDECINE.

SECTION IV

DES ANIMAUX OU PRODUITS ANIMAUX d'un EMPLOI ACCESSOIRE

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