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MIEL

Il nous a appris que la trompe est une sorte de langue velue, laquelle, en léchant ou lapant, se charge de la liqueur miellée ; que cette liqueur passe entre les pièces extérieures ou mâchoires, et gagne ainsi une ouverture basilaire qui avait échappé à Swammerdam.

D'après ce qui précède, on voit que l'instrument dont se servent les Abeilles pour recueillir le suc des fleurs ne doit pas porter le nom de trompe. Les entomologistes le désignent sous celui de languette.

La languette est un corps allongé, étroit, lancéolé, linéaire, obtus, déprimé, strié transversalement, et couvert de poils dirigés de la base au sommet. Cette espèce de langue se rétrécit vers son origine, et semble articulée sur un pédicule court tronqué en avant, atténué en arrière, puis brusquement et considérablement dilaté. A droite et à gauche de la partie atténuée naissent .deux appendices ou paraglosses en forme d'oreillettes très courtes, à peu près lancéolées, obtuses et légèrement velues. Plus en arrière, à l'endroit dilaté, se remarquent les palpes labiaux. Ceux-ci sont beaucoup plus longs que les oreillettes, mais plus courts que la languette ; ils se dirigent d'arrière en avant et de dedans en dehors ; ils sont subulés et composés d'articles inégaux. Encore plus en arrière se trouvent les deux mâchoires, qui sont lancéolées, subulées et comme pourvues d'une nervure médiane.

L'ouverture buccale existe tout à fait à la base supérieure de la langue ; elle paraît assez grande f elle est fermée par un petit lobo charnu triangulaire, nommé langue par Réaumur (1). Cette ouverture, qui est l'entrée pharyngienne, communique avec un œsophage délié. Quand on presse une Abeille entre les doigts, on fait souvent sortir par cet endroit une gouttelette de miel .

Le nectar des fleurs et les divers sucs visqueux et sucrés des végétaux, léchés et avalés par VAVeille, se modifient dans son estomac (Réaumur) et se transforment en miel. Celui-ci est dégorgé et déposé par l'animal dans des alvéoles particuliers , préparés à cet effet dans les rayons de leurs gâteaux.

3" Miel. — Le miel {mel) est une substance sucrée et parfumée, demi-fluide, de consistance sirupeuse, jaune ou jaunâtre, presque toujours un peu dorée.

La récolte du miel se fait dans les mois de septembre et d'octobre. Pour obtenir ce produit, on procède de plusieurs manières différentes. Anciennement le moyen mis en usage n'était pas sans danger pour les opérateurs et pour les Abeilles. On se couvrait la tête

(1) Épipharynx ou épiglosse (Savigny).

MOO.-TAND. 10.

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avec ua masque, les mains avec des gants et les jambes avec des serviettes. On enfumait ensuite la ruche. Lorsque letAbeilleSy chas* sées par la fumée, s'étaient retirées au sommet de leur habitation, on renversait la ruche sens dessus dessous. On coupait alors les gâteaui, et pour que les insectes ne fussent pas blessés par Tinstrument tranchant, on les forçait à s'éloigner en les enfitmant de nouveau, au moyen d'un linge qu'on enflammait au bout d'un bâton et qu'on dirigeait vers le gâteau où ils se trouvaient. Cette mauvaise habitude d'étouffer les i46^t7lM dans leurs ruches portait une atteinte très forte à leur multiplication. Aujourd'hui on s'y prend différemment. La veille au soir, on a détaché doucement la ruche de dessus la table, on l'a renversée sur le côté et on Ta laissée pendant la nuit dans celte situation. Le lendemain, de grand ipatin, on fi*otte de miel une ruche vide ; on l'assujettit fortement de manière que son ouverture soit en haut. On place ensuite sur elle la ruche où se trouvent les rayons et les Abeilles, de façon que les deux ouvertures iê trouvent en contact. Gela fait, on retourne les deux ruches, sans les séparer. Alors celle qui est pleine se trouve au-desfous de l'autre et renversée. On frappe â petits coups répétés avec une baguette sur la ruche qui renferme les Abeilles, Ces animaux passent dans la ruche supérieure. Quand on suppose que toutes les Abeilles, ou le plus grand nombre, se trouvent dans la ruche vide, on détache ceUeH^i et on la place sur la table oA était la ruche pleine. On renverse cette dernière sur un linge, sur lequel on fait tomber les gâteaux. On force les Abeilles retardataires à s'éloigner, en les balayant avec une plume ou en leur envoyant de la fîimée. Quelques personnes recommandent la fumée de tabac, d*autres l'emploi dti chloroforme.

Pour extraire le miel des gâteaux, on prend la partie supéri^e des rayons, et on les place sur des claies ou dans des sacs de toilt grosdère, exposés à une douce chaleur ou simplement au soleil ; il en découle un liquide visqueux, qui est le miel vierge ou miel â* goutte. C'est le plus pur et le plus estimé.

Lorsqu'il né s^écoule plus de miel, on divise les rayons et on les laisse égoutter de nouveau. On peut augmenter un peu la chaleur. On presse ensuite les rayons, après avoir eu soin d'en séparer le couvain. On en. retire un autre miel plus abondant, mais de qualité . inférieure. Ce dernier tient toujours en suspension des matières hétérogènes, qui surnagent ou tombent au fond. Il faut le ^panier es repos pendant quelque temps, TécumOT et le décanter.

Le miel est d'autant meilleur en géaéral, ^'11 a fall^j, pour l'extraire, moins de chaleur et moins Se pression.

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I^ miel d6 benne qualité est ijdou, d^un blanc jaunâtre, grenu, formant quelques masses plus denses dans une partie demi-liquide. Il est soluble en totalité dans Teau, et auseeptible de la fermentation akoolique. Sa saveur est douce, sucrée, agréable et plus ou moins aromatique.

Les auteurs distinguent six espèces de miel : 4^ celui du mont Hymette, du mont Ida, de Mahon et de Cuba, f,° celui de Biarbonne, 3** celui du Gâtinais, i*" celui de Saintonge, 5*^ celui de Bourgogne, ù*^ eebii de Bretagne .

Le miel du mont Hymette était connu dès la plus haute antiquité. Martial, Horace, Siliua italicus entrante sa douceur et son parfum. Ce miel est Hqcdde, blanc et transparent.

Le miel de Narbonne jouit en pharmacie d'une réputation bieii méritée. Il parait un peu compacte. Il est blanc, très grenu, très odorant et d'un goût aromatique quelquefois légèrement piquant. B renferme un peu dé eire et d'acide. Ce miel vient presque exclusivement de la petite ville de Gorbières.

Le miel du Gâtinais est le plus estimé après celui de Narbonne. Il paraît moins grenu que ce dernier, plus coloré et moins aroma<* tique. Sa teinte est d'un jaune très pâle et son goût très suave. Il provient de la partie du département de Seine^t-Marne située at) sud de la Seine et d'une partie de rOrléanais. On le vend souvent à Paris sous le nom de miel de Narbonne. C'est du reste le meilleur pour la préparation des sirops.

Le miel de Saintonge est d'une consistance très grande ; on le trouve moins grenu que celdi de Narbonne, mais preique aussi blanc. 11 a une odeur très aromatique et une saveur très agréable. Il oifre une grande analogie avec celui du Gâtinais, mais il n'est pas aussi etAofé, On emploie ce miel principalement dans le pays qui le produit.

Le miel de Boui^egne a moins de réputation que ceux dont il vient d'être question.

Le miel de Bretagne passe pour le moins bon. Il est d'un roiige brun plus ou moins foncé. H présente une saveur un peu acre et une odeur caractéristique de pain d'épice, quelquefois peu gracieuse. Il renferme une substance granuleuse fusible, soluble dans l'eau et dans l'alcool. On l'emploie rarement en pharmacie. On le réserve plus spécialement pour l'usage vétérinaire.

La nature des fleurs influe sur la couleur du miel, sur son goût, sitr son parfum et sur ses qualités.

11 y a des miels presque blancs ; il y en a d'un beau jaune doré, de rougeâtret, de fauves, de bruns et mèine de noirs. Une Àbeilk^de

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Madagascar et de Tile Bourbon {Apis unicolor Latr.) produit du Diiel vert (\).

Toutes choses égales d'ailleurs, le miel préparé avec le nectar des labiées est un miel très parfumé ; celui du midi de la France paraît devoir ses bonnes qualités au grand nombre de ces plantes qui se trouvent dans la campagne, surtout dans les garrigues. L'odeur aromatique qui caractérise le miel des environs de Montpellier, particulièrement celui de la source du Lez, paraît due à cette circonstance. Sauvages rapporte qu'ayant planté une haie de romarin devant un rucher dont le miel n'offrait aucune odeur particulière, depuis cette époque ce produit fut parfumé. M. Biot a observé dans les îles Baléares, et de GandoUe dans les Corbières, près de Narbonne, que le miel de ces pays devait sa supériorité à la même labiée. Olivier a constaté que celui de la haute Provence, dont la qualité est excellente, est récolté sur la lavande. On assure que la bonté du miel de Cuba est déterminée par la fleur de l'oranger. Bosc assure qu'une cause semblable rend délicieux le miel élaboré dans le voisinage de l'orangerie de Versailles. On dit que c'est le blé noir ou sarrasin qui donne au miel de Bretagne ses qualités infé- Heures. On prétend que les fabricants de pain d'épice, à Reims, payent plus cher le miel du printemps, provenant du saule marceau, que celui d'automne, formé aux dépens du sarrasin (Allaire). L'odeur et la saveur aromatiques que possède le miel du Gâtinais semblent produites par les fleurs de safran que ce pays fournit en quantité. L'if, selon Virgile, et le buis, selon Pline, procurent une saveur amère au miel de Gorse. Dioscoride attribuait l'amertiune de celui d'Ogliastra, en Sardaigne, à l'abondance de l'absinthe.

Aristote a prétendu qu'en un certain temps de l'année, le miel des contrées voisines du Gaucase rendait insensés ceux qui en mangeaient. Xénophon et Diodore de Sicile racontent que des soldats devinrent ivres furieux pour avoir pris du miel aux environs de Trébizonde. Ges récits ont été confirmés par plusieurs auteurs modernes. Tournefort croit que les propriétés délétères dont il s'agit viennent des fleurs de VAzalea Pontica; d'autres pensent que le Rhododendrum Pcnticum y est pour une très grande part. Guldenstaedt a goûté lui-même du miel recueilli sur un de ces arbrisseaux. Il l'a trouvé d'un brun noir et d'une saveur amère; il a constaté qu'il occasionnait des étourdissemenls et- des vertiges. Smith-Barton a décrit en détail les effets produits sur l'économie par un miel vénéneux qui se trouve dans la partie occidentale de la

(i) Il est récolté sur le Mimosa heterophyUa et sur le Weinmannia glabra^

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