MIEL
Pensylvanie, près de TOhio. Pendant son voyage au Brésil, Auguste de Saint-Hilaire est resté dans le délire plusieurs heures pour avoir pris, deux cuillerées à café seulement d'un miel d'une douceur agréable , recueilli par 'V Abeille Lécheguana {\ ) sur une sapindacée(2).
Beaucoup d'auteurs ont publié des faits qui établissent que les miels puisés sur des plantes narcotiques ou vénéneuses déterminent des nausées, des coliques et même de véritables empoisonnements. Lambert dit que le miel recueilli sur un certain arbre de la Colchide occasionne des vomissements. Labillardière soupçonne que des empoisonnements sont causés dans l'Asie Mineure par le Coccnlns suberosus. Au Brésil, on compose avec du miel sauvage et des fruits un breuvage nommé grappe, lequel provoque le vomissement (Roulox Barro). Le miel de la Pensylvanie, de la Caroline méridionale, de la Géoi^ie et des deux Florides, lorsqu'il a été recueilli snr les Kalmia angustifolia, latifolia, hirsuta et sur VAndromeda mariana, occasionne des maux d'estomac, des vomissements, des convulsions et quelquefois la mort, llaller a cité deux bergers des Alpes qui furent empoisonnés par du miel recueilli sur des fleurs d'aconit. Seringe raconte que deux vachers suisses qui avaient mangé du miel sucé sur les Aconitum Napellus et lycoctonum (3) éprouvèrent de violentes convulsions, furent atteints d'un horrible délire, et que l'un d'eux, qui ne put vomir, mourut en rendant par la bouche une écume teinte de sang.
Les qualités et les efifets du miel sont très variables. Telle qualité excellente à une époque de l'année peut devenir nuisible à une autre époque. Tous les agronomes savent que la même ruche donne, pour ainsi dire, chaque mois des produits un peu différents ; ce qui dépend des fleurs sur lesquelles les Abeilles ont butiné.
Le miel est un mélange, en proportions très variables, de deux sucres différents : la glycose, qui est solide, cristalUsable efr tout à fait semblable au sucre solide de raisin; l'autre qui est liquide, non cristalUsable, et qui possède un pouvoir rotatoire vers la gauche presque double de celui du sucre interverti. Soubeirany a reconnu un troisième sucre qui se distingue du sucre en grains en ce qu'il est intervertible par les acides, et du sucre liquide, en ce qu'il exerce la rotation vers la droite. On y découvre aussi une faible quantité d'un acide végétal et des principes colorants et odorants qui ont
(1) PoUstes Lécheguana A. Sl-Hil. {Cfiarlegns Brasiliensia Blanch.).
J2) Le PauUinia atutralit.
(3) C'était du miel de Bourdon commun {Dombus terrestris Fabr.).
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une assez grande inOuence sur les qualités de ce produit. D'uprès M. Guibourt, certains miels semblent renfermer aussi delà mannite.
On falsifle le miel en y ajoutant de Teau et de ramldon, de la pulpe de châtaignes, de la farine de baricuts ou de mais jaune ; on y mêle aussi de la gomme adragante et du sable. On reconnaît la falsification en le dissolvant dans l'eau: Tamidon se dépose. On peut la mettre en contact avec Tiode, qui lui donnera une couleur bleue r On falsifie encore le miel avec le sucre de fécule. Dans ce caS) il oiïra un aspect particulier et une saveur peu agréable. Sa solution dans Teau se précipite abondamment par Toxalate d'ammoniaque et lo8 sels de baryte, k cause du sulfate de ehamc qui s'y trouva.
On vood souvent, sous le nom de miel de Narbonne, divers miels blanchâtres, de mauvaise qualité, auxquels on a donné le parfum pirUçulier «ui miels du Midi en les coulant sur des fleurs de
remaria*
§ Xt, — De la cire,
Les animaux cériféres ou producteurs de la cire par excellence f^mXlH Abeilles {^),
ÛQ sait depuis longtemps que plusieurs végétaux, par exemple le CmfOyhn andieôla et le Benineoêa cerifera, produisent unç tn'^Mére qui Ht un mélange de cire et de quelques autres principes (3). On sait aussi que les tiges, les feuilles et les fruits de l)a&uçoup de plantas sont revêtus d'une poussière appelée glauque, qui n'est autre chose qu^une matière cireuse peu différente de celle des Abeilles é On avait eonclu de ces faits que ces dernieri ipsectes reeueillent la eire toute faite sur les végétaux; il est démontré aujourd'hui quç eette matière est une production animale. Sans doute l'Abeille en puise les éléments sur les plantes, mais elle les modifie et les transforme.
Bonnet et Hunter avaient avancé que la cire était unç sécrétion, Mais c'est aux expériences de Huber (de Genève) qu'on doit la démonstration matérielle de ce fait. Il renferma un essaim d'Abeilles dans une ruche neuve, et ne lui donna pour toute nourriture que du miel et de Teau. Au bout de quelques Jours, ces insectes avaient construit des rayons formés d'une cire extrêmement pure. MM. Du-
(2) La cire du Japon se trouve dans le fruit du Bhtu tuccedaneum. La cire du Myrka est fourni* par les boi« du Mytica ctrifera. D'autres eire^ fçnl extraites du Croton sebiferum^ du Celattrut cerifmis, du Myrittica te^Ura ù\ 4» H^/ritHca Bicuhyba.
CIRE. HJi
mas et Milne Edwards ont répété cette expérience, soit atec dit miel, soit avec du sucre, et ont obtenu le même résultat.
4 * Organes de la ciae. -^ Hunter et Huber ont prétendu que Télâ* boration de la cire avait Heu par huit petites poches placées éfttré les segments inférieurs de l'abdomen. M. Léon Dufotir a constaté que ces prétendues poches céripares n'existent pas. Quelques auteurs, se fondant sur ce que Ton rencontre dans beaucoup d'autres insectes des produits sécrétés de la nature de la cire^ oui transsudem à travers la peau, sans que ces animaux possèdent d appareil glanduleux spécial, ont supposé que la cire dés Abeilles s'accumulait par exsudation à la face interne des membranes minces qtii relient entf e elles les difTérentes parties des pattes . SuivantM .Léon Dufour , l'Abeille avale du pollen et d'autres matières végétales qui contiennent les éléments de la cire* Elle rend ensuite cette matière tout élaborée par la bouche, à l'état de pulpe. Cette pulpe est déposée, et en quelque sorte jetée au moule, dans des aireê cirièréê placées Sur les parties latérales de l'abdomen. Elle y prend la forme et la éonsistance de petites lamelles.
Les pattes des AbeUles, et surtout Itf paire postérieure (flg. ttS), sont admirablement organisées ; elles présentent une dilatation du premier article ^ des tarses. Cette dilatation est surtout re* ^K^ marquable ches les ouvrières ; on l'appelle l|^^^ pièce carrée» Cette pièce offre A sa face j^ ^iSk interne plusieurs rangées transversales de jBt' ^^^
poils roides, parallèles, qui ont fait donner ^nl ^ ^H /^
a cette face le nom de broiêe. La jambe wf^-- ^K^'
est dilatée et forme une paUite triangu^ > \^^^
laire; sa face externe paratt légèrement '^^^l^lf^^
concave et bordée de longs poils un peu ^
recourbés; on la désigne sous le nom de t\g. H.^paited'Àbeiitei*)^ corbeille.
C'est au moyen de cet appareil très simple qiie les ouvrières font la récolte du pollen et de la poussière glauque des plantes. Ce poU len, fourni par les étamines des fleurs, et ce glauque, qui tapisse les feuilles et les fruits, s'attachent naturellement aux poils de l'Abeille. Ils sont balayés à l'aide des brosses qui les rassemblent en globules ou pelotes déposées successivement dans la corbeille par la seconde paire de pattes* On voit soutent des Outriéfes l*ëvéni^
PaUe postérieure d'une ouvrière : a, corbeOlê tttè dtt GÂt^ eaitVfXl {bUé est représentée vUhà^tis , do eêté concave). *» >j ^$H.
180 ANIMAUX d'un emploi ACCESSOIRE EN MÉDECINE.
de la récolte, portant leurs corbeilles pleines. Réaumur a calculé que 8 pelotes de pollen égalent le poids de 5 centigrammes. Chaque Abeille peut faire quatre ou cinq voyages par jour ; elle porte 2 pelotes par voyage; par conséquent, \ 8 000 ouvrières, dans l'espace d'un mois, peuvent ramasser plus de 40 kilogrammes de cette matière.
Tels sont les organes qui servent aux Abeilles à recueillir et transporter les éléments de la cire, et telle est la manière dont ces insectes balayent, accumulent et charrient ces précieux matériaux.
On a vu plus haut comment l'animal prépare, dégorge la cire élaborée, et comment il la place dans les moules de son abdomen.
Les lamelles de cire sont petites et comme formées de fibres perpendiculaires (Dujardin).
Les Abeilles présentent à leurs palettes un petit crochet, à l'aide duquel elles retirent de leurs flancs les lamelles dont il s'agit. L'insecte dépose ces dernières les unes sur les autres, comme des briques de champ, les assujettit et en forme ainsi les parois de ses alvéoles.
Dans ce travail, l'Abeille ^e sert de ses mandibules {\). Ces derniers organes, très petits chez les mâles et chez les femelles, se trouvent assez développés chez les ouvrières. Ils sont creusés d'une fossette, divisée en deux portions par une arête longitudinale. Lorsque les mandibules sont rapprochées, il en résulte d'un côté une pince tranchante, et de l'autre une sorte de gouttière. C'est avec ces instruments que ces animaux construisent les admirables cellules de leurs rayons.
Je disais plus haut que 4 8 000 ouvrières, dans l'espace d'un mois, peuvent apporter dans leur ruche plus de 40 kilogrammes de pollen. Or, au bout d'une année, le même nombre d'insectes n'a donné que 1000 grammes de vraie cire. Que sont devenus les autres 39 000 grammes? Évidemment ils ont été consommés comme aliment ou rejetés comme inutiles.
2° Cire. — La cire est donc cette matière combustible dont les Abeilles composent les rayons ou gâteaux qui doivent recevoir dans de petites loges leurs larves et leurs aliments.
Quand on a extrait le miel de ces rayons, on les fait fondre à une douce chaleur; il leur faut -{- 62° à 63^. On les coule dans des moules et l'on en forme des pains : c'est la ciré jaune ou brute. Elle doit sa couleur et son odeur à des corps étrangers (2).
(i) Voyez page 172, fi^^. 51, B.
(2) On la falsifie quelquefois avec la fécule de pomme de terre (Delpech).