LARVES DE MOUCHES
Andry, Panarolus, lieutaud, Bertrand, Bianchi, Alibert..., ont rapporté des exemples analogues.
Ces faits sont fort heureusement exceptionnels. Mais des ravages moins rares sont ceux qui sont produits par la Mouche hominivore. Les larves de cette espèce se développent assez fréquemment à la Guyane, dans les fosses nasales et dans les sinus frontaux. M. Coquerel en a observé une quantité considérable chez un condamné. Elles entraînèrent la mort de ce malheureux. Le docteur Saint-Pair a vu six cas analogues (4 855, 4 856). Trois malades succombèrent après de cruelles souffrances, deux perdirent complètement le nez, et le dernier en fu( quitte pour une déformation de cet organe (4).
Les malades n*éprouvent d'abord qu'un léger fourmillement dans les fosses nasales. Survient ensuite de la céphalalgie, puis un gonflement oedémateux dan$ la région nasale qui s'étend plus ou moins sur la face ; puis des épistaxis abondantes, une douleur sus-orbitaire très vive que les malades comparent à des coups appliqués avec une barre de fer. On voit naître des ulcérations sur le nez, par où s'échappent un certain nombre de larves. Des symptômes généraux indiquent une réaction inflammatoire très intense ; elle est suivie d'un érysipèle du cuir chevelu et dé la face, quelquefois d'une méningite et enfin de la moit.
Dans un des cas recueillis par M. Saint-Pair, on avait déjà fait sortir plus de 300 larves à l'aide d'injections, mais il fut impossible de les expulser' toutes. On les vit bientôt gagner le globe de l'œil et ramper entre les deux paupières. La paupière inférieure, gangrenée, tomba en lambeaux ; le bord inférieur de l'orbite resta nu. Les vers envahirent la bouche, corrodèrent les gencives et dénudèrent le maxillaire supérieur. Le malade succomba dix-sept jours après son entrée à l'hôpital.
Un autre individu, traité dans le service du docteur Ghapuis, n'a vécu que trois ou quatre jours. Plus de cent larves s'étaient développées dans ses fosses nasales et son pharynx. Les muqueuses de ces cavités ne présentaient, à l'autopsie, qu'une masse de chair putréfiée, qu'une bouillie infecte de couleur noirâtre.
Mais les larves des Mouches de nos pays ou des pays étrangers peuvent-elles s'introduire dans la peau, quand celle-ci n'est pas malade, et quand elle ne présente ni cavité morbide ou naturelle, ni solution de continuité ? Il existe des faits malheureusement cer-
(I) La docteur Danid a fiitt connaître un autre cas suivi de mort, dans lequel roraille ^uebe <(ait remplie de larves.
214 ANIMAIW NUKÎIBLES PENDANT LEUR VIE.
tains, desquels il résulte que ces animaux sont capables d'entamer IVnveloppe cutanée.
Leeuwenhoeck rapporte que des tumeurs dé la grosseur du bout du doigt étaient survenues à la jambe d'une dame, et avaient fini par rendre ce membre monstrueux. Dans une de ces excroissances, il découvrit quelques larves de Mouche carnassière,
M. Hope cite l'exemple d'un jeune homme de la Jamaïque qui en avait dans l'épaisseur des joues et dans l'intérieur des gencives. On vient de voir que les larves de la Mouche hominivore peuvent, dans quelques cas, après avoir rongé les fosses nasales, produire des ravages exactement semblables.
Saltzmann a vu, à l'hôpital de Strasbourg, un jeune homme dont la peau était labourée sur tous les points par des milliers de larves, A l'aine et aux jambes, des plaques entières de chair avaient été détruites. L'œil gauche était dévoré. Le malade succomba.
M. Roulin raconte qu'en 4 829, dans le Lincolnshire, un mendiant s'étendit un jour sous un arbre par un temps très chaud , ayant placé entre sa chemise et sa poitrine un peu de pain et de viande, restes de son dernier repas. La viande fut bientôt couverte de larves de Mouches; ces larves passèrent dans, la chair vive. Bientôt cet homme fut tellement dévoré, que sa mort paraissait inévitable. On le transporta à Altorney, et l'on fit venir un chirurgien qui le pansa et déclara qu'il ne vivrait pas longtemps. Il mourut en effet peu d'heures après. Son aspect était horrible. De gros vers blancs se voyaient dans sa peau et dans sa chair profondément dévorée.
M. J. Cloquet a publié un fait encore plus remarquable. Un chiffonnier d'environ cinquante ans fut trouvé endormi dans un fossé du boulevard, à Paris, près de Mojitfaucon et porté à l'hôpital Saint- Louis. Il avait le cuir chevelu soulevé par des tumeurs arrondies, avec des perforations irrégulières, à travers lesquelles on voyait la chair devenue purulente et fétidie. Une énorme quantité de larves de Mouches se remuaient, grouillaient dans ces tumeurs. Quinze à vingt de ces vers s'échappaient de ses paupières singulièrement gonflées et rapprochées. Les cornées, devenues opaques, avaient été perforées, ainsi que la sclérotique. Les yeux paraissaient presque vides. D'autres larves sortaient par le nez et les oreilles. Il y en avait aussi à l'orifice du prépuce et au pourtour de l'anus. Ce malheureux reproduisait, dans toute son horreur, la maladie de Job, Jamais, dit M. Cloquet, il n'avait vu un spectacle plus horrible et plus dégoûtant que cet infortuné dévoré tout vivant par des larves de Cctdavre.
Les faits qui précèdent permettent de ne plus révoquer en doute