‹ Eléments de zoologie médicaleChapitre 70 sur 144 · DES ANIMAUX NUISIBLES GOMME ALIMENTS · texte numérisé non relu

DES ANIMAUX NUISIBLES GOMME ALIMENTS

On a beaucoup parlé de plusieurs animaux dont la chair est nuisible lorsqu'elle est prise comme aliment, et peut déterminer des effets funestes regardés comme toxiques, tant ils ressemblent aux empoisonnements; mais ces animaux ne sont pas, à proprement parler, des animaux venimeux ou toxicczoaires; aucun d'eux ne po&* séde ni venin ni organe producteur de venin. Ainsi qu'on va le voir, la plupart ne présentent le caractère dont il s'agit que dans des circonstances particulières. D'autres sont plutôt indigestes que malsains.

Ces animaux nuisibles sont : 4"* des Poissons, 2° des MoUusques^ 3® des Crustacés,

t. — Poissons dangereux. *— Il est bien constaté, depuis longtemps, que diverses personnes ont éprouvé des accidents plus ou ^oins graves après avoir mangé certaines espèces de Poissons, Ces accidents, dans quelques cas, ont été suivis de mort. Adanson a vu périr des nègres à la suite de vomissements et de convulsions terribles, trois ou quatre heures après avoir mangé des Ostracions ou Coffres. Le docteur Praêger signale quatre exemples d'empoisonnement suivis de mort arrivés à des matelots de divers navires danois, hollandais et français, qui s'étaient nourris d'une autre espèce. L'un d'eux n'en avait mangé que le foie.

Cependant les Poissons ne sont pas des animaux venimeux* Quelle est donc la cause de leur action malfaisante ?

i*^ On a pensé qu'elle tenait à une altération morbide de leur chair, qui la disposait à une prompte putréfaction (Burrows), et par suite à des effets qui simulaient V empoisonnement. Cette opinion est fondée sur ce que l'on a vu la moitié d'un Poisson, mangée fraîche, ne produire aucun inconvénient, tandis que l'autre moitié, le lendemain ou le surlendemain, a déterminé des résultats funestes. On connaît les effets terribles occasionnés par le Thon (4), lorsque sa chair commence à s'altérer (Cuvier et Valenciennes).

2° D'autres ont cru que l'animal, à l'époque du frai ou à toute autre époque, acquérait certaines parties plus ou moins actives qui ne pouvaient pas être mangées impunément, tout le reste ne présentant aucun danger. Ils ont expliqué ainsi la différence des effets observés.

(1) Thymnut'ifulgariB Cttv; {Scwnber Thymnut Lion.}.

POISSONS DA^GEtlEUX. 219

Par exemple, le Barbeau (4) est extrêmement nuisible au moment de la reproduction. Il doit ses propriétés délétères à ses œufs (2). J'ai connu un jeune homme à Toulouse qui ressentit des douleurs stomacales très aiguës, et vomit même un certaine quantité de sang, après avoir mangé la moitié d'un Barbeau,

3" Quelques naturalistes ont émis l'idée que les effets funestes des Poissons tenaient essentiellement aux substances dont ils s'étaient nourris; qu'ils avaient avalé des matières minérales, végétales ou même animales dangereuses: On a4)arlé de cuivre sous-marin, de sels de baryte, de- «ulfate de fer, d'iodures...; on a signalé des fruits ou des plantes narcotiques...;. on a indiqué des Crabes, des Annélides, de petites Étoiles de mer, des Méduses microscopiques,

des œufs On dit que les Solistes sont très réfractaires aux

fonctions digestives, même vénéneux, quand ils ont mangé certains Zoophytes.

4° Plusieurs médecins ont cru reconnaître que la préparation dont les Poissons étaient l'objet suffisait pour faire naître dans leur chair des propriétés plus ou moins dangereuses. On a cité des per* sonnes qui ne pouvaient pas manger du Poisson frit sans le vomir (Louy ef-Willermay) .

5*^ Enfin, d'autres médecins ont soutenu que les effets dont il s'agit dépendaient d'un état particulier des organes des individus affectés, et non de la nature même du Poisson mangé.

Il est très probable qu'il y a du vrai dans toutes ces assertions. Plusieurs des causes qui viennent d'être résumées peuvent même se rencontrer simultanément...

Mais existe-t-il des Poissons dangereux dans tous les temps et dans tous les états? Si l'on en croit les voyageurs et les liaturahstes, certaines espèces présenteraient ce caractère au moment même où l'on vient de les pêcher, à l'époque du frai et en dehors de cette époque, quels que soient leur âge et leur genre d'aliments, et quel que soit leur mode de préparation. Les espèces signalées comme les plus dangereuses appartiennent aux genres Méletie (3), Sphyrène (4), Cara/ngue (5), Scare (6), Diodon (7) et Gnéion (8).

(i) Cyprinus Barbus Linti.

(2) Ovacholeram catisêant (Tim.).

(3) Par exemple, la MéUtte vénéneuse (Meletta venenosa Valenc), et le Cailîeu-' tassart {M. Thrissa Valenc).

(4) La grosse Sphyrène (Sphyrœna Caracuda Guv.), et la Bécune {S. Becuna Lac(>p.).

(5) La fausse harangue {Caranx faUax Cuv.).

(6) Le Scarus capitaneus Cuv.

(7) Le Diodon orbicularis Bloch. (D. tigrinus Cuv.).

(8) Le Gneion mMculatum Bibron.

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