OPHIDIENS
ment par Fontana, qui a fait à ce sujet plus de 6000 expériences.
La quantité de venin que contient chaque appareil d'une Vipère est évaluée par Fontana à 5 centigrammes, ce qui fait 1 centigrammes par animal. Mes évaluations m'ont donné un chiffre un peu plus élevé. Il est vrai que j'ai tenu compte, non-seulement de la liqueur renfermée dans les crochets, dans le canal excréteur et dans sa dilatation, mais encore de celle qu'on peut retirer des glandes en les pressant. J'ai trouvé 7 centigrammes par appareil, et par conséquent 4 4 par Vipère, Dans chaque piqûre 4' animal en dépose environ 2 centigrammes.
Le venin de la Vip^e {venenum Viperœ) présente, lorsqu'il est fraiSf une consistance presque oléagineuse. Redi le compare à l'huile d'amandes douces. Ce venin est presque incolore, très légè« rement opalin, par reflet, ou d'une couleur jaunâtre pâle. Celui des Crotales est vert, et celui du F^-d«-tonc« transparent (Guyon).
Au moment où il vient d'être sécrété, le venin des serpents n'est ni acide, ni alcalin. Cependant, d'après le docteur Rousseau, celui des Crotales rougirait un peu la teinture de tournesol.
Le venin de la Vipère ne présente pas de saveur bien déterminée. Il est d'abord fade, mais il finit par laisser dans l'arrière-bouche un goût un peu astringent, suivant les uns, une âcreté insuppor» table, difficile à définir, suivant les autres (4 ). Son odeur est presque nulle. Il tombe au fond de l'eau, dans laquelle il conserve quelque temps sa viscosité ; après quoi il se dissout. Desséché sur une lame de verre, il offre l'aspect d'une couche gommeuse, pleine de fissures réticulées.
A l'état sec, ce venin se dissout dans l'eau ; mais il est insoluble dans les acides sulfurique et chlorhydrique, dans lesquels il ne fait que se diviser un peu, en prenant une consistance de pâte liquide. Il se conduit de la même manière dans l'acide azotique, si ce n'est qu'il devient plus jaune. Les acides végétaux, les alcalis et les huiles ne le dissolvent pas. Soumis à l'action de la chaleur, il ne se fond pas; il se gonfle et bout. Mis en contact avec la flamme, il ne s'allume pas; et, jeté sur un charbon rouge, il ne prend feu que lorsqu'il est carbonisé, comme cela arrive, en général, aux matières végétales.
Le prince Lucien Bonaparte a montré que le venin de la Vipère est essentiellement constitué par un principe particulier auquelil a donné le nom d*écMdnine ou vipérine. Ce principe se présente
(i) 11. L.-A. de MonleMiuiou assure en avoir goiMo plnsieurs Ma, snn« avoir jamais pu apprécier rien de notable dans sa saveur.
SOUS l'aspect d'un vernis goinmeux incolore et transparent. Il n'a ni odeur, ni saveur déterminées. 11 ne rougit pas la teinture de tournesol et ne verdit pas le sirop de violette. 11 offre une certaine ressemblance avec la gomme arabique; mais il contient de l'azote. Dissous dans une solution de potasse caustique, l'hydrate de bioxyde de cuivre le colore en beau violet, phénomène que présentent aussi, comme on sait, la gélatine et l'albumine.
Le venin des Vipères paraît agir bien plus vivement sur l'homme que sur les animaux.
Il est funeste à tous les vertébrés à sang chaud. Les grandes espèces n'en meurent pas; les petites succombent ordinairement. Ainsi, un cheval résiste presque toujours (1), un mouton souvent, un chat quelquefois (2), un pigeon meurt en huit ou dix minutes, çt un moineau en cinq (3).
Les animaux mordus à la poitrine, au ventre, au foie, aux intestins, périssent en un espace de temps plus ou moins court.
Les animaux blessés sur les oreilles, dans le péricrûne, le périoste, la dure-mère, le cerveau, la moelle des os, la cornée transparente, l'estomac, n'offrent souvent aucun phénomène sensible.
Le venin de la Vipère, appKqué sur la peau légèrement écorchée des lapins et des cochons d'Inde, n'est pas suivi de mort; sur les fibres musculaires et sur les nerfs, il reste sans effets
Le venin de deux Vipères injecté dans la veine jugulaire d'un gros lapin détermine la mort en moins de deux minutes, après avoir fait naître des cris et des convulsions. Le sang est coagulé dans les ventricules du cœur. Le mésentère, les intestins et les muscles du bas-ventre sont enflammés.
Le venin de la Vipère ne détermine aucun changement appréciable sur les parties encore palpitantes ^ui viennent d'être détachées d'un animal.
■ Les vertébrés à sang froid résistent plus qtie les vertébrés à sang chaud. Un lézard de muraille succombe au bout d'une demiheure; chez la tortue, la mort n'arrive que très difficilement, quelle que soit la partie mordue.
La couleuvre et l'orvet n'en souffrent pas. Il en est de même de l'anguille, des limaces, des escargots et des sangsues.
(i) D'après Bosc, deux chevaux furent mordus, en Amérique, par une Vipère fioire, Tun k la jambe, l'autre à la langue. Le premier en fut quitte pour une enflure de.quelqucs jours et une faiblesse de quelques semaines; le second mourut en moins d'une heure.
(S) Est-il vrai, comme l'affirme Lenz, que le Hérisson peut être mordu impunément au museau, aux lèvres et même à la langue?
(3) Fontana dit que les petits animaux meurent «q bout de quinze è vingt second^.