SINGES ET LÉMURES
Comme on l’a vu plus haut, ces animaux, que Linné appelait Primates, pour indiquer leur supériorité sur tous les autres, et qu il réunissait dans un même ordre avec l’homme, les chauves-souris et même les paresseux, ont, en général, une certaine ressemblance, soit extérieure, soit anatomique, avec notre espèce; quoique déjà trèsinférieurs à nous, même sous ce rapport, les singes sont plus particulièrement dans ce cas.
Ces animaux forment une division particulière des Primates, que l’on regarde souvent comme constituant un ordre distinct, et Blumenbach ainsi que Cuvier, qui ont établi un ordre à part pour l’homme,
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' «‘lui des bimanes, réunissaient les singes et les lémures sous le nom commun de quadrumanes, qui rappelle la conformation ordinaire de murs extrémités.
§ !• — Ordre «Ion MngoM.
Les Singes mammilères, si nombreux en espèces et si curieux par la vivacité de leurs allures ainsi que par la mobilité de leurs instincts, sont répandus dans l’ancien continent aussi bien que dans le nouveau ; mais leurs traits principaux sont différents pour chacune de ces deux grandes régions du globe.
Ils ont les mamelles constamment pectorales et au nombre de deux, (.liez la plupart les quatre pouces sont opposables aux autres doigts, ce
quia fait dire qu’ils étaient pourvus de quatre mains. Leurs pouces de derrière possèdent toujours ce caractère; mais il n’en est pas constamment ainsi pour ceux de devant, qui manquent même dans certains d’entre eux. Leur dentition est appropriée à un régime presque exclusivement frugivore et ils ont une formule dentaire analogue à la notre ou peu différente. Enfin, leur cerveau, qui est presque constamment pourvu de circonvolutions, a, comme le cerveau humain, ses lobes olfactifs plus pelits que ceux de la plupart des autres quadrupèdes.
Les Singes sont, comme l’espèce humaine, des animaux mammifères pourvus d un placenta et ils rentrent avec elle dans la grande sousclasse des monodelphes qui comprend aussi les Lémures, les Chéiroptères, les Insectivores, les Rongeurs, les Léporins, les Carnivores, les Ongulés, les Edentés et les espèces aquatiques, la plupart marines, dont nous parlerons sous le nom dcThalassothériens, par opposition aux placentaires précédents qui, joints aux Marsupiauxet aux Monotrèmes, sont au contraire des animaux Géolhériens, c’est-à-dire terrestres.
S i n c; K s DE l’ancien continent. — Plus rapprochés de l'homme que ne
SINGES
le sont ceux de l’Amérique, les singes de 1 ancien continent, ou les Pîlhécins , ont, comme lui, les dents au nombre de trente-deux et disposées suivant la même formule. Ils ont la cloison qui sépare leurs narines étroite, ce qui se remarque aussi chez l’homme ; leurs fesses sont le plus souvent garnies de plaques épidermiques recouvrant les tubérosités ischiatiques, et nommées callosités; leur queue, qui n est
Fie. 205. — Onuifj-outan (inàlc vieux).
jamais prenante, est parfois courte ou même tout a fait nullê à 1 extérieur. Dans ce cas, on retrouve sous la peau un coccyx rudimentaire, comme cela existe aussi dans notre espèce.
Les singes connus sous les noms d’orang, de chimpanzé et de gorille, sont plus grands que les autres, et le gorille dépasse lui-même ceux des deux premiers genres en dimensions. Le sont des animaux fort intelligents, mais qui deviennent farouches avec l’âge, et comme leur force est alors très-grande, ils sont extrêmemént redoutables. Les gibbons appartiennent au même groupe qu’eux, mais ils restent plus petits et leur caractère conserve plus de douceur; ils habitent quelques parties de l'Inde ainsi que certaines îles de la même région.
MAMMI F tilt KS
Los premiers singes sont souvent appelés anthropomorphes, à cause de la ressemblance qu'ils ont avec l’homme. A leur tôle se place Y orang-outan (fig. 265 à 268), qui vit à Sumatra et à Bornéo, où il se lient de préférence sur les arbres, dans les endroits marécageux.
Comme l’orang-outan est essentiellement un singe grimpeur, ses membres antérieurs sont plus longs que ceux de derrière. Son corps
Fig. 2CG. — Orang-outan ^femelle cL son petit).
est trapu et il a le ventre gros. C’est un animal frugivore. Lorsqu'il chemine au milieu des forêts et qu’il a à franchir de longs espaces dépourvus d’arbres, il est embarrassé et comme chancelant dansfsa démarche. Sa station est. inclinée, au lieu d'être droite comme celle de l’homme. 11 en est d’ailleurs ainsi des espèces dont nous parlerons ensuite, et c’est à tort qu’on représente souvent ces animaux debout comme des hommes. Ils n’ont quelque aplomb qu'en s'appuyant sur les membres antérieurs en môme temps que sur ceux de derrière, et alors c’est la face dorsale des doigts qu’ils font poser sur le sol, leurs mains antérieures se repliant comme des crochets.
Parmi les orangs qu'a possédés la ménagerie de Paris, un de ceux
SINGES
qUi ont fait le plus d’impression sur le public yavécu enl83G(Prg. 267).^
Il était jeune et provenait de Sumatra.
Remarquable par sa douceur et par un mélange de maniérés a la fois gauches ou intelligentes, selon que les actes qu on lui faisait
Fie. 267. — Orang-outan (jeune).
accomplir étaient plus ou moins en rapport avec la nature de son organisation, ce singe aimait beaucoup à jouer, surtout avec les enfants. 11 vivait en quelque sorte avec la famille de son gardien, suivait le régime du petit ménage auquel on l'avait confié, et recevait tour à tour les réprimandes ou les caresses de son tuteur, selon qu’il s'était bien ou mal conduit. Jouait-il avec brusquerie, avait-il été gourmand, essayait-il de briser les vitres de son logement ou de mordiller, comme le fait un jeune chien, les personnes qui le visitaient.
MAUMIFÊKES.
une carrée lion en rapport avec la gravité de sa faute lui était administrée, et il la recevait, sinon de bonne grâce, du moins avec résignation, cachant sa ligure dans-ses mains lorsqu’on le menaçait, et, quoiqu il fût peu douillet, versant parfois des larmes s’il avait fallu en arriver aux coups, 11 grimpait avec facilité à la corde disposée auprès de lui et il eût pu répéter un bon nombre des exercices du programme de gymnastique. En s’asseyant, il croisait* ses jambes, et, son gros \ entre aidant, il rappelait assez bien, dans celle posture, les figurines chinoises auxquelles nous donnons le nom de magots. Lorsqu’il mangeait, il le faisait assez proprement, et, suivant la nature des aliments, il se servait de la cuiller ou de la fourchette ; il aimait aussi à boire dans un verre. Ici, comme dans tous ses actes, on reconnaissait des preuves de son intelligence.
Nous n’en citerons qu’une seule. Un jour qu’on lui avait donné pour déjeuner de la salade, que sans doute il trouvait trop vinaigrée, l’idée lui vint d’en ôter l’assaisonnement en la frottant sur. les poils de son bras; mais ce moyen ayant, été insuffisant, il prit les feuilles de la salade et les pressa pour les éponger, entre les plis d’une couverture qui lui servait de tapis. Cet, animal était curieux et gourmand, mais les nombreuses corrections que lui avait administrées son gardien n'avaient pas tardé à lui apprendre qu'il devait avoir un peu plus de réserve ; aussi avait-il soin d’exécuter ses petits coups lorsqu’on ne
Fie. 268. — Crâne d’ Orang-outan (vieux).
faisait pas attention à lui. 11 ne pouvait rester seul. Le voisinage d un chien rendait d’abord son isolement moins triste; mais il ne lardait pas à s’en fatiguer; il lui fallait une société humaine, et, quoiqu’il affectionnât plus particulièrement un petit nombre de personnes de son entourage, il se liait néanmoins fort aisément avec tout le monde.
Les savants ne sont pas d’accord si le premier rang parmi les singes anthropomorphes doit être accordé au chimpanzé ou à l'orang. Cependant, a en juger par la conformation du cerveau (fig. 4 1>9) , il semble
sinc.es. 365
quo l’ o rang doive remporter; et en effet on le regarde généralement
comme étant le plus intelligent des deux.
Le Chimpanzé (fig. 269) habite la côte occidentale dAfnque. Ses proportions sont moins différentes de celles de l’homme, mais il ne se lient pas nonplus debout dans la marche. Au heu de posséder la station
Fig. 269. — Chimpanzé (jeune).
droite qui caractérise l’espèce humaine, il a le corps incliné et, lorsqu’il avance, il est obligé de s’appuyer sur ses membres de devant, ce qui lui donne beaucoup de ressemblance avec les animaux quadrupèdes.
On a vu plusieurs chimpanzés en Europe : tous étaient jeunes. Les 'adultes de celte espèce, comme ceux des deux autres, orangs-outans et gorilles, ne supportent pas la captivité; et si, après s'en être emparé au moyen de quelque piège, on leur donnait dans nos habitations la liberté dont peuvent jouir sans inconvénient les petits singes
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