CLASSIFICATION DES OISEAUX
Malgré les analogies de structure qurles relient entre eux et en font un des groupes les plus compactes du règne animal, les oiseaux présentent de nombreuses différences secondaires en rapport avec leur genre de vie et le rôle que chaque espèce esL appelée à remplir. Beaucoup se nourrissent de graines, d’autres mangent des insectes; et il en est un certain nombre qui sont de véritables carnassiers, vivant de rapine à la manière des mammifères auxquels nous avons donné le nom de carnivores. Il faut également remarquer que tous ne sont pas destinés à chercher leurs aliments dans les mêmes conditions, et que certains d’entre eux habitent les endroits secs, se tiennent dans les bois ou sur les montagnes, grimpent sur les arbres, sautillent de branche en branche, ou marchent à terre, tandis que d’autres préfèrent les marécages ou même les eaux de la mer. Ces derniers s’éloignent plus ou moins de la terre ferme, et la puissance de leur vol ou la facilité avec laquelle ils nagent en font des animaux pélagiens. Certaines espèces continentales ont aussi une puissance de vol remarquable : tels sont entre autres les martinets.
Aux différences d’appétit des oiseaux et à leur habitat aérien, ter-
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restre, palustre ou aquatique, correspondent des particularités anatomiques, pour la plupart faciles a saisir, auxquelles on a eu recours pour classer ces animaux. Leur bec est fort et crochu s’ils vivent de proie, et leurs ongles constituent alors des serres puissantes, également destinées à lacérer la chair. Ceux qui fréquentent les marécages ont les tarses longs et le bas des jambes dénudé : les espèces nageuses ont, d’autre part, les doigts réunis par une membrane et sont palmipèdes. Beaucoup d autres particularités de valeur secondaire caractéîisenl aussi les oiseaux et servent a les partager en ordres ainsi qu’en familles. On a également recours à la conformation de leur sternum, qui est, dans quelques cas, dépourvu de brechet, tandis qu’il en possède le plus souvent un, et présente alors des échancrures inférieures dont la dimension et le nombre fournissent aussi d’excellentes indications.
Ln général, on partage les oiseaux en six ordres, sous le nom d ' Accipitres ou oiseaux de proie, Passereaux , Grimpeurs , Gallinacés , Échassiers et Palmipèdes , groupes principaux auxquels de Blainville en a ajouté trois autres, savoir: les Préhenseurs , ou perroquets, qu’il sépare des grimpeurs ordinaires tels que les a définis G. Cuvier; les Pigeons , retirés des gallinacés parce qu ils n’en ont pas le genre de vie polygame et que leurs petits gardent le nid au lieu de pouvoir suivre les parents dès l’éclosion ; enfin les Coureurs , ou brévipennes, comprenant les autruches et genres voisins, ordinairement réunis aux échassiers à cause de la longueur de leurs tarses, mais qui se distinguent de ces derniers par 1 état rudimentaire de leurs ailes et par l’absence de brechet a leur sternum. D’autres changements ont également été proposés.
Tout en reconnaissant la justesse de ces modifications, mais tenant compte de ce qu’elles ont encore d'insuffisant, nous conserverons la division en six ordres; toutefois nous partagerons chacun de ces
groupes en catégories secondaires, de manière à en faire comprendre les affinités, en attendant qu’il soit établi une classification des oiseaux réellement conforme aux principes de la méthode naturelle et susceptible de rendre compte des affinités que leurs principaux groupes présentent quand on les compare les uns avec les autres. L’ordre des aceipitres, ou oiseaux de proie, est celui dont nous parlerons en premier lieu.
Fig. 37G. — TiUe île Ilarpye.
Ordre 1. Accoutres. — Les Accipilres , aussi appelés rapaces ou oiseaux de proie, sont faciles à reconnaître. Ces oiseaux ont tous le bec fort et crochu (fig. 376), cl leurs ongles sont en forme de griffes ou serres acérées (fig. 367), ce qui leur permet de saisir leur proie et de la déchirer avec facilité. Ce sont les mieux armés de tous les animaux
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de la classe qui nous occupe. Ajoutons que la base de leur bec^esl toujours garnie d’une membrane particulière, appelée cire (tig. 3/6).
Un premier sous-ordre comprend les Vulturidés (vautours, cathartes (fig. 377), condors, etc.), oiseaux qui recherchent les cadavres, les gypaètes, qui vivent dans les grandes chaînes des montagnes et enlèvent des agneaux ou des animaux plus grands encore ; enfin les Falconidés, ou faucons de toutes sortes, tels que les faucons proprement dits, les gerfauts, les aigles, les aigles-pêcheurs, les balbusards, les harpyes (fig. 376), les autours, les milans, les busards, les crécerelles (fig. 378), les buses et beaucoup d’autres.
Ce sont là les oiseaux de proie auxquels on donne le nom de diurnes, parce qu’ils chassent de jour.
Les falconidés étaient autrefois partagés en oiseaux de proie ignobles et oiseaux de proie nobles, suivant la faci- . Fig. 377. — Catharte alimoclie. « lité de leur vol. Les uns ont
la première des pennes alaires presque aussi longue que la seconde qui dépasse les autres, tandis que chez les seconds elle est plus courte. C’est cependant parmi ces derniers que se placent les faucons véritables, dont on a fait si longtemps usage pour la chasse. L’art de la fauconnerie, qui ne subsiste que chez quelques peuples de l’Afrique et de l’Asie, a été beaucoup pratiqué en Europe pendant le moyen âge ; il était déjà en usage chez les anciens. On préparait le faucon en le retenant dans l’obscurité et en l’épuisant par un jeûne réglé, après quoi on l’accoutumait à suivre tel ou tel gibier. Un mois suffisait souvent pour son éducation.
La famille des falconidés est très-nombreuse en espèces et elle a des représentants sur tous les points du globe. On y a établi un assez grand nombre de genres, dont un des plus curieux est le serpentaire (fig. 397), appelé aussi secrétaire ou messager, qui ressemble aux échassiers par la longueur de ses tarses.
Il faut rapporter au même ordre, mais en les plaçant dans un sousordre à part, les espèces nocturnes connues sous les noms de chouettes, harfangs, effraies, chevêches, hiboux, ducs, grands-ducs, etc.
Ce sont encore des oiseaux de proie, mais ils chassent de nuit, et les
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S^SdSsPréSentent diffèrent à PlUSieU,‘S é^ds de ceux des
Leurs yeux sont volumineux, et ils redoutent toute lumière un neu vive, ce qui fait employer certaines de leurs espèces pour la chassé à !a pipee. Leur plumage est aussi plus tin et plus moelleux que celui
des oiseaux de proie diurnes, et envolant ils ne font pas le même bruit que ces derniers, ce qui leur permet de surprendre plus sûrement leur proie.
Une des espèces les plus connues de cette division est l’effraie
(fig. 379), qui se tient le jour sur les grands batiments inhabités, sur les combles des églises, dans les tours, etc. La plus grosse est le grand-duc. La chouette harfang présentement confinée dans les régions arctiques a vécu autrefois en France; on en retrouve particulièrement les débris associés aux fossiles de 1 époque du renne.
Oiumi; U et III. Passereaux et Grimpeurs. — Ces deux ordres ne possèdent ni 1 un ni l’autre des caractères bien tranchés; mais leurs nombreuses espèces ne sauraient être placées dans aucune des autres divisions de la classe des oiseaux, qui sont plus nettement définies. Les passereaux ont trois doigts dirigés en avant et un en arrière; les grimpeurs, nom qui rappelle une de leurs principales aptitudes,
I ig. 380. — l'allc de Perroquet.
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celle de grimper le long des arbres, ont deux doigts en avant et deux en arrière (fig. 368 et 380).
On peut, dans l’état actuel et purement provisoire de k classification ornithologique, associer leurs espèces à celles qui forment la
série des passereaux véritables et en établir la division en familles de la manière suivante :
1 l.En tète, les Perroquets (fig. 381), qui ont élé appelés les singes de la classe des oiseaux. Ce sont les plus intelligents de ces animaux, et, de même que les singes, ils habitent de préférence les pays chauds. On en trouve toutefois en Australie, où il n’existe aucun quadrumane. Leur distribution géographique est assez régulière. Les genres les
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plus connus do colle division sont les aras (fi g. 381), les kakatoès les amazones, les perruches, ele.
2 Les Grimpeurs ordinaires, comme les pics (fig. 382), les coucous et les torcols, genres dont il y a des représentants dans nos pays - les barbus, les toucans, les couroucous, ainsi que les fouracos, dont
toutes les espèces sont exotiques.
Ces oiseaux et ceux de la division qui précède ont également deux doigts dirigés en avant et deux en arrière.
3. Les S vndactyles, qui ont surtout pour caractère d’avoir le doigt externe soudé à celui du milieu dans une grande partie de sa longueur. Ce sont principalement les calaos, gros oiseaux propres à 1 Inde, dont le bec a des formes si singulières et devient si volumineux dans quelques espèces.
On rapporte aussi cà cette catégorie les momots et les martinspêcheurs, bien qu’ils soient trèsdifférents des précédents.
Une espèce de martin-pêcheur habite l’Europe; c’est un de nos
Fie. 382. - Pic verl . P'f j°lis 0if aUX'
Les manakins, espèces fort élégantes qui vivent dans l’Amérique méridionale, rentrent aussi dans la même division, si l’on ne tient compte que de l’apparence de leur sternum.
4. Les Déodactyles, ou passereaux à doigts libres (trois en avant et un en arrière) et à sternum le plus souvent pourvu d’une seule paire d échancrures à son bord inférieur. Cette quatrième catégorie renferme des espèces bien plus nombreuses que celles qui précèdent.
C’est à elle que répondent les grands groupes de passereaux désignés par Cuvier sous le nom de fissirostres [engoulevents (fig. 383), martinets et hirondelles], conirostres (corbeaux, pies, moineaux, mésanges, allouettes), dentirostres (pies-grièches, tangaras, merles, grives, becs-fins) et ténuirostres (huppes et souïmangas).
ô. Les Colirris (fig. 374) et les oiseaux-mouches, subdivision également importante du grand groupe qui nous occupe, ne vivent qu’en Amérique; c’est dans les parties les plus chaudes de ce continent qu’ils abondent. Ils se rapprochent des ténuirostres par la gracilité de leur bec, mais leur sternum ne présente pas d’échancrures.
Ce sont les plus petits de tous les oiseaux et en même temps ceux dont le plumage est le plus brillant. On en connaît près de quatre
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cents espèces bien caractérisées. Elles sont recherchées comme objets d'ornements à cause des reflets métalliques qui les distinguent , toutes
Fig. 383. — Engoulevent.
sont remarquables par l'élégance de leurs formes ainsi que pai la légèreté de leur vol. Les naturalistes en font maintenant plusieurs
Fig. — 384. — Faisan commun.
genres; on les divisait autrefois en colibris, ou espèces à bec courbe, et oiseaux-mouches, ou espèces à bec droit ; on en possède plusieurs belles monographies.
Beaucoup de passereaux sont granivores, et il en est aussi un grand nombre qui se nourrissent d’insectes. Ce n’esl que par exception que
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commeewL0rl *** carrtassiers- 0n doit cependant citer
comme elles les pies-grièches, qui, bien qu’insectivores, attaquent
quelquefois d autres oiseaux ou même de petits mammifères.
1 ig. 385. — Lagopède des Saules.
Ordre IV. Gallinacés. — La plupart des oiseaux de cet ordre offrent avec le coq (G allas) une analogie évidente, et c’est à cela qu'ils doivent leur nom. Ainsi ils ont en général le vol lourd et les échancrures sternales très-grandes; leurs doigts sont réunis, mais seulement à la base,
1' ig. 386. — Colin de Californie.
par une très-courte membrane; leur bec est voûté et leurs narines •''Ont recouvertes par une sorte d’écaille molle. Cependant les pigeons piésenlent des caractères assez différents; aussi partage-t-on les gallinacés en deux groupes, les Gallinacés proprement dits et les Pigeons.
I . Les Gallinacés proprement dits forment plusieurs tribus. La premi(M e est celle des phasianidés, comprenant les genres faisan (lig. 384),
celle des lioccos, pauxis et pénélopes, qui habitent tous menque . • i- j__i caiiI rlAin à demi domestiauees.
et les lagopèdes (fig. 385) ; enfin les perdrix, au groupe desquelles
rattachent les colins (fig- 386), aujourd'hui recherchés par les personnes qui s’occupent d’acclimatation. Les cailles rentrent dans la même
famille que les perdrix et les colins.
C'est également auprès de ces oiseaux que se placent les gangas et les at t agis ; mais ceux-ci s’écartent déjà, a quelques égards, des gallinacés ordinaires, pour se rapprocher des pigeons.
Tous les vrais gallinacés vivent par troupes , ils nous ont foui ni la plupart de nos oiseaux de basse-cour et peuvent nous en donner encore d'autres. Dans toutes ces espèces, les mâles ont plusieurs femelles, et, contrairement à ce qui a lieu pour les ordres précédents, ainsi que dans une partie des deux ordres dont il nous reste a parler, les petits sont assez forts au moment de leur éclosion pour suivre la mère ; ils sont déjà en état de chercher leur nourriture (fig. 372).
L’Hoazin précédemment rangé parmi les passereaux paraît devoir être rapproché des gallinacés ; c est un oiseau de 1 Amérique équatoriale que Buffon appelait le faisan de la Guyane. Son sternum est trèsdifférent de celui des vrais gallinacés.
2. Les Pigeons, que la plupart des auteurs classent néanmoins parmi les gallinacés, font exception sous presque tous les rapports à la caractéristique de cet ordre. Leurs moeurs ainsi que 1 état sous lequel naissent leurs petits sont en particulier très-différents de ce que nous voyons pour les poules et les autres gallinacés. Les pigeons ne vivent que par paires, et leurs jeunes (fig. 3/3) sont très-déhiles lorsqu ils naissent: aussi gardenLils le nid pendant un certain temps. C’est ce qui a conduit les ornithologistes modernes à faire de ces oiseaux un sous-ordre distinct de celui des gallinacés proprement dits, quelquefois même un ordre, et ce nouveau groupe a reçu de Blainville la dénomination de Sponsores, signifiant épouseurs, qui fait allusion aux habitudes monogames des espèces qui le constituent.
Ordre Y. Échassiers. — Comme leur nom l’indique, ces oiseaux ont habituellement les pâlies fort longues. Cela leur permet de marcher à gué le long des cours d'eau ou dans les marécages sans se mouiller le corps. Le bas de leurs jambes est dénudé, et leurs tarses sont le plus souvent fort élevés ; beaucoup ont également les doigts allongés: aussi, lorsque leur poids est peu considérable, peuvent-ils courir avec rapi-
oi si; a i:\.
dite sur les herbes inondées, sans enfoncer. Mais, parmi les espèces SS? cetle caractéristique s'applique, il en est qui ont des Lu-
le les d !f l’reSe"tent cerlaines Particularités qui permettent
(le les distinguer aisément. 1
On peul donc parlager les échassiers en plusieurs sous-ordres parfaitement naturels, dont nous parlerons successivement, ainsi que nous
Fie. 387. — Autruche d'Afrique.
1 avons fait pour les oiseaux des ordres précédents : ce sont les Brèvipennes, les Hérodims, les Limicoles et les Macrodactyles.
1. Les Brévipennes ou Coureurs (ordre des Cursores de niai n vil le) sonl des échassiers à ailes rudimentaires, et, par suite, incapables de voler.
Ces oiseaux ont tous le sternum dépourvu de brochet (lig. 152). Ils ne recherchent point les lieux inondés, et se tiennent au contraire dans les plaines arides ; leurs longues jambes en font d’excellents coureurs.
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C'ost parmi aux que nous trouvons les plus grandes espèces d'oiseaux connues. L'aulruehe d'Afrique («g. 387), les nandous ou autruches d'Amérique, les casoars propres aux Modiques (fig. 388) i a la Neuve e- Guinée, etc., et les émeus ou dromées.de la Nouvelle-Hollande, ren-
trent en effet dans la division dès brévipennes.
L’aptéryx de laNouvelIe-Zélande est le plus souvent classe dans celle
Fig. 388. — Casoar à casque.
première catégorie des échassiers qui a possédé autrefois le genre des dinornis, oiseaux actuellement anéantis dont on trouve les débris à la Nouvelle-Zélande, et le genre épyornis, connu par des ossements et quelques œufs recueillis i\ Madagascar. Une des espèces du genre dinornis approchait de la girafe par ses dimensions, et les œufs de l’épyornis ont une capacité de neuf litres. Les os du même oiseau qu’on a observés indiquent aussi un animal très-robuste. On les trouve enfouis dans des terrains sableux appartenant à l’époque quaternaire.
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Les chefs malgaches se servent des œufs d’épyornis pour conserver des liquides. C’est à ces oiseaux que le voyageur Flacourt fait allusion lorsqu’il parle du vourou-patra : « Grand oiseau qui habite les Ampa- Ires et fait des œufs comme l’autruche. » Il ajoute : « Ceux des dits lieux ne peuvent le prendre ; il cherche les lieux les plus déserts. » On n’a aucun document qui permette de supposer que le vourou-patra
Fig: 389. — Dronte, de l'ile Maurice.
existe encore, et il en est. sans doute de lui comme des dinornis ; il est même probable que son extinction est plus ancienne que la leur, car ceux ci n’ont disparu que depuis quelques siècles et l’on trouve dans le sol, mêlés à leurs os et aux instruments en pierre qui ont servi à les détruire, des débris de leur trachée ainsi que de leurs plumes.
Les habitants de la Nouvelle-Zélande savent que les os de dinornis qu’on trouve dans leur archipel proviennent d’oiseaux dont les espèces sont perdues ; ils les indiquent sous le nom de Moa.