ORGANES ET FONCTIONS
formation des animaux ou des plantes; elle compare entre eux les différents organes envisagés dans la série des espèces ou dans chaque espèce prise en particulier, et apprécie l’importance de chacun d’eux, au sein de l’économie, ainsi que le rôle qu’il y accomplit. Dans ces conditions, l’anatomie est donc inséparable de la physiologie, puisqu’elle nous fait connaître les instruments de la vie; elle est aussi la base principale de la classification naturelle, car c’est en l’étudiant que nous réussissons à distinguer entre eux les différents groupes d’espèces propres à chaque règne, et que nous jugeons des affinités respectives de ces espèces, soit éteintes, soit encore existantes. Sous ce double rapport, son importance ne le cède en rien à celle de la physiologie, et elle a l’avantage de nous faire comprendre les changements qui se manifestent dans le corps des êtres organisés pendant la durée de leur existence en nous montrant comment s’accomplit leur évolution.
Absorption. — La propriété la plus générale des corps doués de la vie, après celle inconnue dans son essence qui les soustrait à l'inertie caractéristique des corps bruts, est l'absorption. Pour vivre, s’accroître et exercer leurs différentes fonctions, les animaux et les végétaux doivent se procurer des matériaux nouveaux, qu’ils tirent du monde extérieur. Ces matériaux constituent les aliments, et c’est par le moyen de l’absorption qu’ils sont introduits dans l’économie. Des substances salines, des gaz et des principes immédiats entrent à tout instant dans le corps des animaux ou en sont rejetés, après y avoir subi certaines modifications en rapport avec les besoins de la vie et l’accomplissement de ses diverses manifestations. La vie ne s’entretient qu’au moyen de ces matériaux nouveaux ou de ceux que le corps renfermait déjà, et son activité est dans un rapport constant avec la consommation qu’elle en fait.
La propriété d’absorber est facile à démontrer chez les espèces les plus parfaites du règne animal comme chez les plus simples. Les empoisonnements par la respiration, par la peau ou par le tube digestif, nous en fournissent de terribles exemples tout aussi bien que les phénomènes ordinaires de la respiration et de la digestion elles-mêmes, s’exerçant dans des conditions normales. L’expérience suivante fera comprendre la manière dont se passent les phénomènes de cet ordre.
Si l’on tient un animal, soit une grenouille, plongé par ses extrémités inférieures dans une solution de prussiate de potasse, il y a absorption de cette substance à travers la peau, et elle circule bientôt dans les autres parties du corps, de telle manière qu’après quelques instants toutes en sont imprégnées. Que l'on touche alors avec une baguette de verre chargée de perchlorure de fer la langue, les yeux ou quelque autre région n’ayant pas participé au bain de prussiate de potasse, mais qui s'en est imbibée par suite de l'expansion du liquide au moyen de la circulation, il s’y formera aussitôt des
OSMOSK.
taches noires par le précipité d’une certaine quantité de prussiate de fer, résultant de la réaction du premier de ces sels sur le second. Ces taches sont une preuve irrécusable de la diffusion dans toute l'économie du liquide absorbé par les pattes de derrière. Le sang s’en est chargé, et il en a porté dans toutes les directions.
Des phénomènes analogues se passent dans tous les organes de l’économie, aussi bien à la surface externe du corps que dans ses différentes cavités ou dans l’intimité des parenchymes. Les cellules ellesmêmes, dont l’organisme est en grande partie formé, sont le siège de semblables actions.
Le fait encore inexpliqué de l’absorption particulière aux êtres vivants a été désigné sous le nom d 'osmose, et l’on appelle osmotiques les phénomènes qui en dépendent. Ce nom est tiré d’un mot grec (ào-pç), qui signifie passage ou action de pousser, parce que l’absorption s’opère essentiellement à travers les membranes organiques, telles que la peau ou membrane cutanée, les muqueuses de toutes sortes et les séreuses. L’enveloppe des cellules constituant les tissus sert aussi de surface
Fig. 27. — Endosmomètre (*).
absorbante, et il se fait à travers elles un semblable échange de liquides*
On démontre aisément les phénomènes de cet ordre au moyen d’un petit appareil facile à établir que l’on nomme osmomètre ou endosmomètre (fig. 27).
Les phénomènes de cet ordre jouent un grand rôle dans la physiologiequel que soit le groupe d êtres organisés que l’on examine, un nombre considérable d actes vitaux dépendent des différentes manières dont
(*) a, vase rempli d’eau; - b, récipient rempli de gomme ou de sucre. Sa partie inférieure a été fermée par une membrane à travers laquelle s’opère le phénomène osmot,que et la partie supérieure garnie d’un tube (c), qui reste béant. Le liquide s’élève dans
TlTZltlTTT fUnC CCrtainc quantité d’cau Changée contre du sucre ou de la gomme provenant du récipient.
ORGANES
l’absorption s’exécute. Leur étude n’est pas moins utile à la connaissance des maladies ou à la guérison de ces dernières qu’à l’explication des fonctions envisagées dans l’état de santé. C’est à un savant français, nommé Dutrochet, que l’on doit en grande partie la connaissance de l’osmose.
Graham, chimiste anglais, a plus récemment indiqué le moyen de tirer parti de la propriété osmotique des membranes pour la séparation des substances qui constituent les différents liquides de l’organisme, et il a imaginé, sous le nom de dialyse , un procédé d’analyse fort commode dans certains cas.
Il a montré qu’on pouvait partager les substances solubles de l’organisme en deux classes : celle des corps qu’il nomme cristalloïdes et qui sont doués d’une grande solubilité, et celles dites colloïdes ou analogues à la colle, au gluten et à l’albumine, lesquelles n’ont ni le caractère cristallin ni la solubilité prononcée des autres. Les substances cristalloïdes, qui sontessentiellement de nature saline passent à travers la membrane du dialyseur qui est faite de papier parcheminé, et les substances colloïdes ou substances organiques restent au-dessous. On arrive par là à une séparation presque aussi complète que si, dans un autre mode bien connu d’analyse, on soumettait à l'action de la chaleur un mélange de substances volatiles et de substances fixes pour séparer les secondes des premières.
Diversité des fonctions des animaux. — La faculté d’absorber et d’exhaler, c’est-à-dire le pouvoir qu’ont les tissus d’emprunter au monde extérieur les particules chimiques nécessaires à leur activité et de rejeter celles qui leur sont devenues inutiles, suffirait, dans certaines circonstances, à l’entretien de la vie, et elle est, avec la facultc de produire de nouveaux individus destinés à continuer l’espèce, la principale manifestation vitale des êtres inférieurs dans 1 un ou dans l’autre règne. Il s’en faut cependant de beaucoup que tous les végétaux et tous les animaux restentdans une condition aussi simple. La nutiition, réduite chez les espèces placées au bas de 1 échelle organique aux seuls actes physiologiques occasionnés par l absorption et 1 exhalation, s’opère d’une manière d’autant plus compliquée qu'on l’étudie dans des plantes ou des animaux plus parfaits, et de nombreux actes nutritifs, exécutés par autant d’organes distincts, interviennent alors pour en assurer l’accomplissement. La chimie et a physique ne sont pas toujours en état d en expliquer entièrement a nature; mais le secours de ces deux sciences et 1 emploi simultané de l'observation, ainsi que de l’expérimentation, ont déjà permis » e comprendre bien des phénomènes de cet ordre que leur complexi e semblait devoir rendre inexplicables. La propriété de reproduction c> comme la nutrition une propriété commune aux deux règnes anima
et végétal.
Classification des fonctions. — A mesure que ces fonctions se perfectionnent et se compliquent par le fait d'une sorte de division du