IV. Applications agricoles de l’entomologie
. La b*’ai?,che de la zoologie qui s’occupe spécialement des insectes s appelle 1 entomologie.
Le nombre des animaux dont elle a entrepris l’histoire est véritablement immense ; en effet, il y a plus de cent mille espèces dans le seul ordre des coléoptères, et plusieurs autres ordres de la même classe ceux des diptères et des lépidoptères, par exemple, présentent aussi des formes tres-multipliees. Quoique tous les insectes envisagés dans leur organisation et dans leurs mœurs méritent une égale attention de la part des naturalistes, il en est qui offrent pour le but que nous nous proposons plus d’intérêt que les autres, à cause des désagréments qu’ils occasionnent ou des avantages que l'on peut en tirer. C est ce qui a conduit a des recherches plus spéciales que celles de 1 entomologie ordinaire, recherches qui servent de base à l'entomologie appliquée.
Le but de cette branche de la science est plus particulièrement de taire connaître les insectes utiles, et ceux, en beaucoup plus grand nombre, qui nous sont nuisibles, soit qu’ils attaquent noire propre personne, nos substances alimentaires et les objets dont nous nous servons dans nos habitations, soit qu’ils exercent leurs dégâts sur nos animaux domestiques, ou bien encore qu’ils nuisent aux végétaux que nous cultivons et aux produits que nous employons dans l'économie domestique, dans l’industrie ou dans les arts.
(iliaque mammifère, chaque oiseau ou chaque sorte de plantes est souvent tourmenté par plusieurs espèces d'insectes. Les produits organiques que nous lirons des différentes classes d’êtres vivants pour noire nourriture, ou que nous employons, soit à nous vêtir, soit à
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omer nos appartements, sont aussi exposés aux attaques de ces animaux. En observant avec soin les mœurs des insectes et les condition*
de leur multiplication, on a plus de chances de les arrêter dans leur développement et d’empêcher leurs dégâts; on réussit aussi à obtenir plus aisément leur reproduction et leur multiplication s’ils nous sont utiles. Mais celte élude fournirait à elle seule la matière de plusieurs volumes; et nous devons nous borner à quelques exemples seulement.
Le premier sera tiré des insectes qui font du tort à la vigne.
Des cantons vignobles d’une étendue considérable sont parfois ravagés par des coléoptères, contre lesquels le vigneron doit lutter.
L 'Attise (fi g. 443) dévore les bourgeons de la vigne au moment où ils vont s’ouvrir; l 'Evmolpe (fig. 444), à l’état de larve, perce les feuilles en traçant à leur surface des découpures qui lui ont fait donner le nom d 'écriva in: le Rhyn ch ites l ’iacchus , vulgairement
Fig. 443. — Rhijncliite et Attise.
Fig. 444. — Eumolpe écrivain.
nommé cigareur (fig. 443), les roule en forme de cigare pour y abriter ses œufs.
Ces dégâts, joints à ceux que produisent des insectes encore différents et à la maladie redoutable occasionnée par le petit champignon appelé oïdium , diminuent singulièrement la récolte ; ils empêchent souvent le propriétaire de retrouver, lors de la venflange, les dépenses
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I 1 <1 faites pour la culture de ses vignes. Dans d’autres circonb ances, ce sont de petites chenilles appartenant à un lépidoptère nocturne du genre des Pyrales (fig. 445) qui font tout le mal. On n’a guère d autre moyen de les combattre que d’en détruire les œufs avec soin, afin de les gêner dans leur propagation.
Ajoutons que la vigne est attaquée depuis plusieurs années par un insecte analogue aux pucerons, que l’on appelle 1 ePhylloxère (fig. 446).
Les dégâts occasionnés par cet insecte ont déjà ruiné les vignobles de plusieurs départements du midi ; il s’en prend surtout aux racines et ne tarde pas à faire périr les souches.
Le blé nourrit de son côté plusieurs parasites qui sont aussi de la classe des insectes.
La teigne des grains (fig. 447) est fort redoutée ; il en est de même pour nos autres plantes alimentaires.
Les fruits, les graines diverses, qui servent à notre nourriture ou cà celle des animaux domestiques, sont infestés 4e la même manière; il en est également ainsi de nos plantes fourragères. La luzerne est parfois dévastée par la larve du Colaspis atra (fig. 448), espèce de l’ordre des coléoptères, et beaucoup d’autres espèces d’insectes sont également nuisibles aux récoltes.
L’olivier n’est pas moins exposé. Les larves de deux autres sortes de coléoptères (. Hilimius oleiperda et Phloiotribus oleœ) vivent sur ses branches et sur ses rameaux qu’elles dessèchent. Le Coccus oleœ , vul- (*)
Fig. 445. — Pijrale de la vigne (*).
gairement nommé pou de l'olivier , est une sorte de cochenille qui suce la sève des oliviers et les fait périr. Un puceron du genre des psylles s’en prend aux Heurs et fait avorter les fruits. Un diptère du genre Dacus passe son état de larve dans les olives mêmes et gâte la qualité de 1 huile; en outre, deux lépidoptères viennent se joindre à
(*) n, a , œufs; b, chenilles ; — c, c', chrysalides; — d, <l', papillons mâles; — e, e. papillons femelles.
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ces différents parasites, et leurs chenilles occasionnent encore de nouvelles pertes.
Nous ne finirions pas si nous voulions rappeler tous les dommages
que les insectes font éprouver aux horticulteurs et aux agriculteurs.
ainsi que le torl qu'ils causent aux inlérêls engagés dans la
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tonne ailée. Ces ligures sonttoules trés-grossics <CS a,,Mi— f, femelle adulte,
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ture. Ceux dont l’économie domestique a également à soulfrir ne sont pas moins nombreux, et, pour rembrunir encore le tableau, nous n’aurions qu’à parler des insectes qui vivent sur le corps même de l’homme et dont quelques-uns, comme le pou du phthiriasis ou la puce pénétrante, sont l’occasion de maladies parfois mortelles; mais nous préférons nous arrêter sur deux animaux de cette classe qui
sont au contraire une source de richesse. Ce sont le Bombyce ou Ver à soie et Y Abeille, auxquels on pourrait ajouter la Cochenille du nopal et quelques autres espèces.
Bombyce du mûrier ou Ver à soie. — Le bombyce du mûrier (. Bombyx Morï), dont la chenille fde une soie destinée à former le cocon dans lequel elle passe son état de chrysalide, est un lépidoptère de la division des nocturnes. 11 vient de Chine, où son espèce est domestique depuis un temps immémorial. Sous Justinien, au ive siècle, des missionnaires grecs rapportèrent de l’Inde à Constantinople les œufs des premiers vers à soie cultivés en Europe. La graine en fut transportée plus tard à Naples, vers l’époque des croisades. A la fin du xvie siècle, on commençait à élever de ces bombyces en France. Sully encouragea cette industrie nouvelle, qui devait bientôt prendre une si grande extension, et qui est aujourd’hui une source de richesse pour toute la région méditerranéenne. Nos départements du Midi produisent annuellement plus de 30 millions de kilogrammes de cocons, ce qui, en portant le prix moyen du kilogramme à 3 francs seulement, donne un revenu total de 150 millions de francs.
La graine des vers à soie, c’est-à-dire les œufs de ces insectes, était autrefois produite dans le pays ou apportée de divers points de 1 Espagne, dont le climat diffère peu de celui des Cévennes; on la tire aujourd’hui en grande partie de l’Italie , de 1 Orient et du Japon; mais il est préférable de la produire chez nous en tenant compte des procédés de sélection dont on dispose maintenant, et il faut en faire l'examen microscopique avant de l’employer. Pour faire éclore celle que l’on destine à une même éducation et avoir des vers qui monteront simultanément sur les bruyères qu’on leur apprête dans les magnaneries pour former leurs cocons, on a recours à une incubation artificielle qui dure quelques jours.
Les vers une fois éclos, on leur donne immédiatement à manger. Leur unique aliment consiste en feuilles du mûrier, arbre dont il existe (*)
Fig. 448. — Colaspis (le la luzerne (*).
(*) Larve et état adulte.
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de grandes plantations dans tous les pays séricicoles. L’éducation dure environ trente-quatre jours. Pendant ce temps les vers subissent plusieurs mues, appelées maladies par les personnes qui se livrent ii cette intéressante industrie. Le nombre des mues est ordinairement
Fig 449. — Bombyce du mûrier (Ver à soie).
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Li. soie dont il forme son cocon est une substance de composition
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quaternaire renfermant une petite quantité de soufre et qui a beaucoup d’analogie avec les principes albuminoïdes. Elle est sécrétée dans une paire de longues glandes tubiformes (fig. 451, A), plusieurs fois repliées sur elles-mêmes, qui suivent intérieurement la face ventrale du corps.
La soie (fig. 451, D) y est à l’état liquide. Elle est filée à travers un petit appareil percé à son sommet d’un orifice unique et très-fin. Cet appareil (fig. 451, B et C) est placé auprès de la bouche, dont il con-
Premier âge. Deuxième âge. Troisième âge.
Fin du quatrième âge.
Fig. 450. — Différents âges du Ver à soie.
stitue la lèvre inférieure ; on lui donne le nom de filière. Le ver attache d’abord quelques brins de soie aux corps environnants pour s’assurer des points d’appui. Il trame ensuite son cocon, qui est d un seul fil, contourné et replié de telle manière qu’il enveloppe bientôt l’animal comme dans une sorte de prison, au sein de laquelle ce dernier passera son état de chrysalide (fig. 449). On a calculé que le fil de chaque cocon n’a pas moins de quatre à cinq cents mètres de longueur.
Si l’on veut, utiliser les cocons pour la soie, on y étouffe les chrysalides. On les dévide ensuite plusieurs ensemble, ce qui donne les écheveaux de soie grège , destinés à la fabrication des tissus. Les fils de soie sont naturellement recouverts d'une matière gélatineuse dont on doit débarrasser ceux que l’on destine à cet usage, surtout si on se propose d’en faire des étoffes souples et que l’on veuille teindre ces
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étoffes avec soin.. La soie encore recouverte de sa matière gélatineuse est la soie écrite; l’opération par laquelle on l’en débarrasse est appelée
décren sage.
Les cocons destinés à la reproduction sont mis a part jusqu a ce que la chrysalide y soit parvenue à l’état de papillon. L’animal perce alors
Fig. 451. — Appareil sécréteur de la soie (*).
son enveloppe et se montre au dehors. Sous sa forme ailée (fig. 449, 452 et 453) il n’a pas besoin de nourriture. Sa fonction principale est d’assurer la propagation de l’espèce.
Les vers à soie sont exposés à diverses maladies qui rendent singulièrement précaires, depuis quelques années surtout, les bénéfices (*)
(*) A, appareil de la soie, vu dans ses différentes parties et isolé du reste du corps. On V distingue la filière, en communication avec le tube sécréteur, qui se divise presque immédiatement en deux branches fort longues, en partie contournées et repliées l’une sur l’autre dans leur portion moyenne, ainsi transformée en réservoir. — B, tête du ver; vue en dessous pour montrer la filière et le fil de soie qui en sort. — ’c, la filière’ vue séparément, son orifice est dirigé inférieurement. ' — D, soie décreuséc, vue au microscope : les fils en sont irrégulièrement aplatis ; leur épaisseur varie entre O-rOO? et 0"“,015.
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2»"””01 leS,éIeVant- Plusieure dc «e» maladies sont aujour- II hui mieux connues dans leur nature, et Ion a trouvé le moyen de
combattre victorieusement quelques-unes d'entre elles, plus particulièrement la muscardine, qui résulte de l'invasion du corps de l’animal
par un cryptogame du genre Botrytù. Actuellement c'est la «ébrine qui exerce ses ravages. 1
La maladie des vers pébrinés est due à la présence dans leurs humeurs et dans tous leurs tissus de corpuscules mobiles de très-petite dimension, qui ont reçu le nom de corpuscules de Cornalia, en souvenir d un savant italien, M. Cornalia, de Milan, qui a beaucoup contribué a les faire connaître et qui a étudié avec le plus grand soin les questions qui se rattachent aux vers à soie et à leurs maladies (1)
Ce sont des microphytes, c’est-à-dire de très-petits végétaux, et ils paraissent voisins des algues inférieures. On les a comparés aux
psorospermies qui infestent parfois les poissons, et l’observation démontre qu il s en trouve non-seulement dans les vers ou les papillons malades, mais aussi dans la plupart des œufs d’où naissent les chambrées infestées ; c’est ce qui a conduit à faire de ces œufs un examen attentif et à observer avec soin l’état dans lequel se trouvent à cet égard les papillons qu on veut employer comme reproducteurs. Le microscope permet d’arriver sous ce rapport à des données trèsprécises.
La graine .envahie éclôt plus difficilement que celle qui est saine, et les vers qui en sortent meurent pour la plupart avant de filer leur cocon; aussi s’applique-t-on à employer de bonne graine, et le plus sur moyen est d’en vérifier préalablement la qualité par l’observation microscopique. La première règle à suivre est de n’employer que des œuts oblenus de papillons sains et exempts eux-mêmes de corpuscules infectieux.
(I) M. I.ebcrl les a décrits sous le nom de Paiiliistoplnjton ovatum.
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Parmi les causes qui ont amené l’état de souffrance dans lequel se trouve placée l’industrie séricicole,on doit citer le peu de soin donnés à la production de la graine, et la condition dans laquelle se trouve toute graine étrangère, apportée dans nos contrées, de supporter les chances d’une acclimatation nouvelle. Le retour a la graine du pays, faite avec des garanties suffisantes et au moyen de males pris dans d'autres chambrées que les femelles, afin d’éviter la consanguinité, permettrait sans doute de triompher de cette situation, ou du moins
Fig.